Mister Arkadin

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POUR RÉPONDRE AUX INJONCTIONS DE MANU

23 Février 2014, 19:37pm

Publié par Mister Arkadin

Un mot d'ordre a manifestement été donné par le Pouvoir pour que toute la presse parle d'une même voix en ce moment d'Alain Soral. Ne pouvant me montrer moins docile que tous les "grands médias", je m'y plie sans barguiner. Voici donc un relevé des passages où il est question au cinéma dans les Chroniques d'avant-guerre d'Alain Soral (Paris, Éditions Blanche / Kontre-Kulture, octobre 2012, 280 p. ; reprise des chroniques parues dans Flash entre octobre 2008 et mars 2011) : 

http://img.livraddict.com/covers/114/114330/couv24139754.jpg- p.15-16 : « Dans les années 1960/70 où l’intellectuel, qu’il soit sartrien ou aronien, avait son rôle à jouer – et donc son prix – dans la Guerre froide, c’était même le bon temps… Pro-coco : prestige moral et petites pépées (Sartre, Godard…), pro-ricains : grillé auprès des jeunes, mais grassement rétribué par la CIA (Aron, Revel…). »

- p.16 : « […] pour m’affliger un peu plus sur ma condition, je pense aussi aux dissidents de l’autre camp : les fameuses victimes du maccarthysme ! Moi qui écris des livres, comme Alexandre [Soljenitsyne], mais qui ai aussi fait du cinéma, comme Joseph Losey, j’aimerais bien, pour changer de la conférence à Harvard sur "l’erreur de l’Occident", pavoiser aussi au festival de Venise avec mon dernier film tourné à Londres, réclamé par toutes les majors d’Europe sous prétexte que je me suis fait virer d’Hollywood pour sympathies communistes ! Au lieu de ça, dans mon goulag mou, je suis juste tricard dans le métier, aucun producteur ne me prend plus au téléphone et, malgré mon talent reconnu de dialoguiste, personne n’ose même sortir mon film en DVD… Bref, quand je vois la vie qu’on fait ici aux dissidents d’aujourd’hui, je n’hésite pas à dire, tout bien pesé, que face à cet assassinat en douce, je signe tout de suite pour la dissidence officielle soviétique et la liste noire du maccarthysme ! »

- p.18 : « […] je me méfiais de Jean-Paul Sartre, l’idole des étudiantes nunuches d’après-guerre. Sartre qui proposait à son tour, après la Révolution surréaliste passablement éventée, sa nouvelle révolution elle aussi plus révolutionnaire que la vraie : la Révolution existentialiste ! Cette fois, pour tout foutre en l’air, il ne s’agissait plus de dégoiser des poèmes à la con, allongé sur un divan, mais d’écouter du jazz sur un Tepaz, à huit dans une chambre de bonne, tous habillés en noir ! Autre arnaque pour jeunes verbeux fébriles – toujours issus des beaux quartiers – cette fois très bien décrite par le film Les Tricheurs de Marcel Carné (une petite dénonciation anti-jeune qui ne lui sera pas pardonnée par les nouveaux "révolutionnaires" de la Nouvelle Vague)… »

- p.39-40 : « Patrick Bruel a participé plusieurs fois à Paris à des galas de bienfaisance pour le confort du soldat israélien (sic). Confort du soldat israélien sur les corps délicieusement occis au phosphore blanc des Gazaouis ? Patrick Bruel, un moment pressenti, a déclaré qu’il aurait de toute façon refusé de jouer dans le Munich de Steven Spielberg (dangereux cinéaste antisémite), parce qu’il jugeait le film sur le sort réservé aux organisateurs de Septembre noir – tous assassinés par le Mossad – trop complaisant pour les Palestiniens ! »

- p.42 : « Obligé de gouverner avec l’extrême droite [Netanyahou et Libermann]… Pour ce peuple exemplaire, qui a quand même donné au monde des lumières du calibre d’Élie Wiesel, Marek Halter et Claude Lanzmann ces cinquante dernières années, ça ne doit pas être facile. Mais enfin, mettons-nous à leur place, si c’est le prix à payer pour qu’Israël reste la seule démocratie du Moyen-Orient… Mystère ou génie de la dialectique ? »

- p.42-43 : « Décidément, rien ne nous sera épargné. La même semaine, nouvelle attaque contre le pape et sortie de Coco de Gad Elmaleh… Pendant que le énième comique sépharade pas drôle (depuis Boujenah c’est un pléonasme) nous gratifiait d’un long et lourd spot de propagande pour nous faire accepter, à nous cinéphiles élevés aux chefs-d’œuvre de Duvivier et d’Autant-Lara, que le cinéma dit "français" soit désormais le privilège d’une caste réputée pour son élégance et sa culture… notre très saint père, Benoît XVI, subissait un nouveau lynchage médiatique. Le quatrième après le projet de canonisation de Pie XII, la réintroduction dans l’Église des lefebvristes et l’excommunication supposée d’avorteurs brésiliens… Tandis que Gad-le-pas-drôle déshonorait le 7e art de son regard torve et humide (spécialité pied-noir importée en métropole par Enrico Macias) avec la complicité servile des médias, ces mêmes médias, bêtes et vulgaires, s’acharnaient sur le berger d’un milliard des fidèles, sous prétexte que le représentant du Christ sur Terre refuse de se transformer en pourvoyeur de latex pour excités du sexe. »

- p.76 : « Après la division de la gauche par le gauchisme droitsdel’hommo-sociétal (Dany première formule), et avec l’aide du documentaire cucul Home de l’idiot utile Yann Arthus-Bertrand, produit par le très écologiste groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute)… voilà l’écologisme (entendez la haine des paysans et de la France enracinée par les bo-bios des villes…). Soit 16,28 % de mondialistes de gauche au service du mondialisme financier, puisque depuis Al Gore et son tout aussi fumeux Une vérité qui dérange (tu parles !), l’écologie – qui n’était pas grand-chose sous Madame Voynet – est devenue la justification "de gauche" d’un nécessaire gouvernement mondial. »

- p.84 : « […] moins mauvaise nouvelle, un mal pouvant parfois entraîner un bien, nomination au poste du ministre de la Culture de l’élégant et cultivé Frédéric Mitterrand… »

- p.87 : - […] quand le Nègre Dieudonné franchit la ligne jaune, il ne se trouve pas de Cali (Universal Music) ou de Frédéric Lefèvre (UMP) pour le défendre… [comme Orelsan] – Sans commentaire ! La lâcheté du monde du spectacle n’est-elle pas légendaire ? En 40, tous ces veaux beuglants auraient chanté pour les pour les Allemands… sauf deux. Un qui aurait rejoint la Résistance, comme Gabin, l’autre vrai collabo par conviction et pas juste pour la gamelle comme Fernandel, qui aurait fini comme Le Vigan… Deux êtres d’exception au milieu d’une horde de tapins. Quant à savoir si Dieudo est Gabin ou Le Vigan… ça dépendra de la fin du film ! »

- p.102-103 : « Frédéric Taddeï a fait très fort, sans se mouiller, à la Ardisson ancienne époque (la bonne) : il a fait contester par le cinéaste pour ados Matthieu Kassovitz (dit "Casse toi vite", dans les banlieues, depuis son film La Haine) la version officielle du 11 Septembre. Et ce sous les regards consternés du sous-Soljenitsyne albanais – et agent de la CIA – Ismaël Kadaré, de l’écrivaine féministe (ô combien vaine à l’écrit) Hélène Cixous et du producteur "de gauche", néoconservateur et sarkozyste, Marin Karmitz. Un Marin Karmitz qui, parlant sans doute au nom de la communauté, n’a pas hésité à expliquer à son jeune coreligionnaire naïf, et cela devant des millions de spectateurs, que contester la version officielle du 11 Septembre revenait à contester l’existence des chambres à gaz ! Kassovitz, lui, n’a pas du tout vu le rapport. D’autres si ! Merci Marin Karmitz ! »

- p.120 : « Par le rire, l’art de masse finit toujours par nous faire accepter une réalité tragique. Ainsi dans les années 1960, l’invention géniale du personnage de Louis de Funès – rompant avec la vieille France rurale du comique troupier Fernandel et de l’idiot du village Bourvil – poursuivait ce même but : nous faire accepter la nouvelle figure foncièrement minable de l’employé de bureau – lèche-bottes avec ses supérieurs, odieux avec ses subordonnés – mais si nécessaire à la nouvelle France des cadres et des PDG. »

- p.121 : « Dans les années 2000, le rôle d’une Bridget Jones est identique : passer un peu de baume narcissique sur cette nouvelle figure « psychologico-économique » ô combien nécessaire au système : l’employée de bureau hyperactive au bord de l’hystérie. Femme libérée par le travail des charges traditionnelles qui pesaient sur elle : mari, enfant, foyer, pour tomber dans le stakhanovisme (abrutie de travail) et la consommation (d’objets transitionnels), afin de supporter sa solitude extrême. »

- p.151 : « BHL […] cinéaste nul »

- p.153 : « Bosnia ! (1993) Contenu objectif : Sarajevo = cosmopolitisme, donc Bosnie = gentils et Serbes = méchants. Point. Au même moment, ses deux comparses Finkielkraut et Glucksmann prendront parti, l’un pour les gentils Croates d’Ante Pavelic, l’autre pour les gentils Tchétchènes islamistes. Trois partis pris parfaitement contraires à leur supposée éthique lévinassienne, mais trouvant, comme chaque fois, toute leur cohérence dans la géopolitique de l’Empire… »

- p.155/200/231 : « […] le séditieux Jamel Debbouze – l’ex-grand copain de Dieudonné passé depuis à Mohamed VI, autrement plus rentable – nous rappelle, sur le ton menaçant de l’érudit islamiste, que « les musulmans sont présents en Europe depuis 3 000 ans ! » (à une époque où, nous le rappelle aussi Meyer Habib, Paris n’était qu’un marécage). » / « Ayant beaucoup ramé dans le bas music-hall afin d’accéder aux sunlights : animation de comités d’entreprise, Club Med, café-théâtre… le comique vit dans la terreur de redescendre. D’où l’incommensurable lâcheté d’un Smaïn – le Beur de service, aujourd’hui remplacé par Jamel Debbouze – prenant le "parti d’en rire" (sic) quand on l’interrogeait sur la ratonnade de la Guerre du Golfe (sans doute pour ne pas froisser les organisateurs de spectacles, traditionnellement peu acquis à la cause arabe). Quant au prétendu engagement de certains, compte tenu des liens étroits qui unissent monde de l’argent, politique et médias, soyez sûrs que s’ils étaient vraiment subversifs, ils seraient passés à la trappe (cf. Dieudonné) » / « […] Jamel et Alévêque, trahissant Dieudonné… »

- p.185 / 203 / 209 : « […] là où le métissage imposé est déjà le plus violent et la crise sociale et urbaine la plus aiguë : en banlieue. Une situation qui donne au récent film aux neufs Césars Une prophète une drôle de résonance, puisque cette fiction réalisée par le fils d’Audiard (un Audiard inverti fasciné, lui l’Occidental fils à papa à la virilité perdue, par la virilité de la racaille ethnique) nous propose une belle apologie de la délinquance organisée tournant franchement, dans son épilogue, à la promesse de revanche et de domination ethnico-religieuse… À se demander si tous nos bobos cinéphiles qui se sont pâmés sur son antiracisme ont bien compris le message ! » / « Nouvelle racaille chariatisée à la mode américaine – encensée dans le film français ethnomasochiste aux 8 Césars de l’homosexuel Jacques Audiard Un prophète, tout un symbole – en train de passer sous nos yeux, pour les plus durs, de la petite délinquance au grand banditisme surarmé, ne rêvant que de bouffer du Gaulois tapette et du flic SS (merci Mai 68) ! » / « […] cette nouvelle génération de paumés, issus des ghettos de la relégation et d’un déclassement chaque jour aggravé par la crise mondiale, porteurs d’une idéologie délinquante américaine libérale, prolongeant désormais dans un salafisme bricolé et superficiel – type Un prophète de l’ancien animateur de superette rêvant d’Hollywood : Abdel Raouf Dafri – leur haine revancharde d’une France coloniale qui ne l’a jamais été de son vivant. Une haine confuse et épaisse, issue en droite ligne du rap anti-gaulois – fort peu islamique – mais étrangement promu depuis vingt ans comme "culture jeune" par les médias ; ces mêmes médias sous domination d’une communauté récemment nommée par le cinéaste américain Oliver Stone… »

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- p.186 / 254 : « […] BHL et son fidèle Yann Moix s’insurgent, à coups de billet d’humeur et de pamphlet dans nos médias majoritaires, qu’on ose s’en prendre au génie Polanski, adepte, comme un certain monsieur Gutman (pourtant ni catholique ni ecclésiastique, mais pédophile membre du CRIF et de l’UMP !) de l’abus sexuel sur mineur ; sous prétexte qu’il aurait violé impunément il y a quelques années une fillette de treize ans qui en faisait seize ! Ce qui est quand même bien moins grave que d’oser porter secours aux assiégés de Gaza ! » / « […] Monsieur Maurice Gutman, membre éminent du Consistoire israélite, récemment condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir proposé à une fillette de douze ans de « lui apprendre à faire l’amour sans lui faire de mal » (dixit le rapport de police !) selon fameuse méthode déposée Polanski. »

- p.190 : « Avec la fiction du coton haïtien qui aurait fait la fortune de la France [thèse de Noam Chomsky] – et la mienne par conséquent – question histoire, on descend au n niveau de Michael Moore, l’humour en moins. »

- p.201 : « Parce qu’il ne dépasse jamais le genre mineur du sketch, le comique fait de mauvais films (cf. les ratages de Coluche qui ne fut bon que dans un rôle triste, les films nuls des Nuls, etc.), la succession de gags tant à la comédie burlesque ce que la compilation de recettes de cuisine est au roman. » / « Les Monthy Python (humour anglais décalé années 1970), les Nuls (humour pipi-caca branché années 1980), drôles sur le moment, le sont beaucoup moins lorsqu’on visionne leurs trucs après quelques années. Et plus c’était branché à l’époque, plus ça a mal vieilli (axiome à vérifier bientôt avec Jamel Debbouze ou Titof). Justice sociale immanente ? Sur la durée c’est encore le comique populaire qui s’en sort le mieux (cf. Les Inconnus, Jean-Marie Bigard…) puisqu’il est encore possible de sourire aujourd’hui à un sketch de Fernand Raynaud. Devenu ringard, le vieux comique finit en plus par se prendre au sérieux (cf. Bruno Gaccio passé en moins de dix ans d’une critique à l’acide de la World Company au pur catéchisme PS). Singeant le philosophe (cf. Jean Yanne sans doute poussé par son éditeur) ou l’artiste (Woody Allen en mauvais jazzman). N’importe quoi, en somme, plutôt que de lâcher la rampe et fermer sa gueule ! »

- p.220 : « Vulgarisateur de l’œuvre de Sigmund Freud aux USA (donc responsable aussi des insupportables pochades psychologico-narcissiques d’un Woody Allen), ce fervent adepte de « la psychologie de l’inconscient » [Edward Bernays] peut revendiquer, entre autres méfaits d’armes, la campagne de manipulation dite « Commission Creel » qui, en 1917, poussa le peuple américain dans la Première Guerre mondiale, et celle qui, manipulant l’imbécilité féministe, soumettra, sous le nom de « torches de la liberté », les femmes américaines au marché de la cigarette et au cancer du fumeur ! »

- p.221 (« La multiplication des montages pour cacher les affaires ») : « Que ce soit Al-Qaïda Maghreb incorporated, sorte de SMERSH islamiste, d’un niveau de sérieux digne de James Bond contre docteur No, menaçant à nouveau le monde libre et la France le jour anniversaire des attentats du 11 Septembre pour cacher aux masses abruties ses véritables commanditaires, à chercher probablement du côté de ses bénéficiaires… »

- p.250 : « Le Nom des gens. Film de Michel Leclerc, sorti en salle le 24 novembre 2010, avec Gamblin dans le rôle du juif laïque et Sara Forestier dans celui de la maghrébine hystérique, pour sa gestion habile de l’effet Dieudonné, et du rapport très chatouilleux à la persécution du fameux lobby qui n’existe pas ! »

- p.252 : « […] un truc un peu léger et gai : Gonzo, cet excellent documentaire racontant la vie tourmentée d’Hunter S. Thompson, sorte de professeur Choron américain, inventaire du « nouveau journalisme » et incarnation de la liberté, de la gaieté, de la fraîcheur et du talent des années 1960, dont on peut légitimement avoir la nostalgie quand on les compare à notre époque de merde ! »

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CINÉMA DIT "FRANÇAIS"

28 Janvier 2014, 01:07am

Publié par Mister Arkadin

Il a beaucoup été question ces derniers temps de l'édition de la correspondance entre Jacques Chardonne et Paul Morand. Pour faire écho à cet événement à ma manière, je rappelle qu'il a coïncidé avec le quatre-vingtième anniversaire de la publication en feuilleton du roman de Morand France-la-Doulce dans Marianne (ensuite paru en volume aux éditions de la NRF - Gallimard). Voici une publicité pour l'hebdomadaire de gauche dirigé par Emmanuel Berl publiée dans la Nouvelle Revue Française (NRF, n°243, 1er décembre 1933) :

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VOIR CE QUE L'ON VOIT, CHEZ MURAY

13 Février 2013, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

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J’avais déjà noté, par exemple sur la photo ci-dessus, que Philippe Muray partageait ma manie de disposer des photos d’œuvres d’art un peu partout à son domicile, en particulier sur les étagères de ses bibliothèques. D’autres préférant se contempler eux-mêmes, même si cette habitude est aussi légèrement narcissique (l’affichage de goûts l’est toujours un tant soit peu), elle peut être excusée par le plaisir d’être entouré de belles choses à regarder.

Dans un article à propos de l’ouvrage collectif dirigé par Alain Cresciucci Lire Philippe Muray (« Muray ou la passion du réel », Valeurs actuelles, 17 janvier 2013, p.54-56), Bérénice Levet insiste sur l’importance du roman et de la peinture dans son œuvre. Or, sur l’illustration (ci-dessous), cette fois-ci, on remarque non seulement des reproductions de tableaux (et deux Petit Robert, ma Bible également), mais deux photos de films (Louis Jouvet, dans un film que je n’arrive plus à identifier, et la femme en dessous, photo connue, tirée elle aussi d’un film, mais je ne sais non plus lequel), ainsi qu’une photo de Fellini en galante compagnie. Cresciucci a-t-il songé à demander à l’un de ses contributeurs d’étudier la place du cinéma dans cette œuvre à lire et à relire ?

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ON NE PRÊTE QU'A DURAS, MAIS SANS DONNADIEU

23 Septembre 2012, 23:03pm

Publié par Mister Arkadin

Lors d’une conversation récente, JL (1) m’a dit sa colère en découvrant la présentation, dans la récente Pléiade Duras (volume 1/2, 1943-1973), d’Hiroshima mon amour comme du premier scénario publié (ce qui aurait été inédit à l’époque).

J’ai partagé cet étonnement, teinté de désabusement dans mon cas en constatant soit la puissance d’intimidation de Gallimard pour réussir à faire passer auprès de la presse "informée" une telle ânerie comme argument publicitaire, soit l’ignorance sans cesse affichée par les journalistes, qui ont laissé le responsable de cette édition, Gilles Philippe, la débiter sans être contredit (par exemple dans Libération, 20 octobre 2011, p.III [« Le cinéma fait son entrée dans la Pléiade » « pour la première fois » - textes de scénarios (Hiroshima et Une aussi longue absence)] et Le Figaro, 20 octobre 2011, p.32).

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Ce n’est toutefois pas la moindre entourloupe de cette édition à être passée comme une lettre à la poste. Intimidation ou ignorance, je ne saurais dire, mais je n’ai lu personne protester que l’on se foutait du monde en parlant d’"Œuvres complètes" de la dame, qui commenceraient en 1943 ! Malin, Gilles Philippe, dans certains entretiens, a anticipé les objections, sans pour autant préciser pourquoi il ajoutait… « sous son nom de plume » (2) ! La consultation de la fiche Wikipedia de MD aurait suffi aux journalistes pour lui rétorquer que c’était tout de même une façon un peu facile de s’en tirer à bon compte.

http://www.histoire-memoires.com/img/politiques-autres/duras-marguerite/empire-francais-duras-roques.jpg


Notes :

(1) Auteur de l’une des Bibles de la cinéphilie française, avec le JPC/BT, le PV, l’AH/FT, le CB, l’EV que je prépare.

(2) La jobardise des journalistes officiant dans la presse "branchée" est sans limite, certes. On admira tout de même le papier publié le 13 juillet 2012 dans le magazine bancaire Les Inrockuptibles (p.99), sous le titre « renommer, fit-elle », où la volonté de se déprendre de la figure paternelle semble avoir été la seule raison, pour Duras, d'effacer Donnadieu.

 


Complément (19 décembre 2012) : Duras fait partie de ces élus dont la moindre parole est recueillie pieusement, les éditeurs faisant tous les fonds de tiroir possibles pour ajouter un titre d'Elle à leur catalogue. Viennent d'être publiées trois "bonnes feuilles exclusives" reproduisant des extraits d'un entretien réalisé par une journaliste italienne, qui va paraître sous le titre La Passion suspendue (Le Nouvel Observateur, n°2511, 20 décembre 2012, p.144-146, « La confession secrète de Duras »). Entre diverses banalités et incongruïtés, on remarque la question suivante, aussi indiscrète que pointue : « Votre premier livre, "Les Impudents", date de 1943. Vous aviez 29 ans. »

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AUX ORIGINES D’UN "GENRE NOUVEAU" : "L’OR DU TEMPS"

4 Avril 2012, 23:02pm

Publié par Mister Arkadin

Deux des personnes que j’apprécie le plus parmi les chercheurs en histoire du cinéma, Paola Palma et Alain Virmaux, sont les meilleurs spécialistes des rapports entretenus par Colette avec le septième art. Aussi fouillées soient leurs publications sur le sujet (particulièrement le livre de PP édité chez Temi en 2010, Colette. Una scrittrice al cinema. Recensioni e riflessioni, et Colette et le cinéma, synthèse des travaux d’AV et de son épouse Odette, publiée avec Alain Brunet en 2004), il est un point de détail qu’ils ont tous deux, sinon ignoré, du moins laissé presque totalement dans l’ombre : la publication, dans une collection non seulement dirigée par Colette, mais qui portait son nom (cf. la coupure de presse ci-dessous, parue dans la Revue mondiale du 1er février 1925), de l’un des premiers romans situés dans les milieux du cinéma.

http://a7.idata.over-blog.com/1/56/09/56/PHOTOS---3/Coll.-Colette---Or-du-temps---R.Md.--1.2.1925.jpg

Bien qu’ils le mentionnèrent dans leur livre Un genre nouveau : le ciné-roman (Paris, Edilig, collection « Médiathèque » [1], 1983, p.33 et « repères bibliographiques », p.122) et qu’ils en reproduisirent la couverture (p.110), les Virmaux ne firent en effet que très peu de cas de L’Or du Temps. Roman de l’âge du cinéma, publié par le journaliste et critique Pierre Scize aux Éditions Ferenczi en 1923 (collection « Colette », 238 p.). Il s’agissait de la reprise en volume d’un récit paru, en feuilleton de trente-huit épisodes du 2 août au 11 septembre 1921 (à partir du n°911), dans le quotidien de Gustave Téry Bonsoir, dont les pages culturelles étaient dirigées par Henri Béraud.  

Alors que, pendant longtemps, j’avais recherché en vain cette rareté, je suis récemment tombé deux fois dessus, la dernière par le plus grand des hasards, dans une belle et discrète librairie de Bruxelles, à la fin d’un séjour où je désespérais de ne rien trouver de bien intéressant en cette ville qui fut, jusqu’aux débuts des années 2000, la providence des chineurs dans mon genre. 

Belle pièce de collection, assurément, mais roman plutôt médiocre, bien moins bon que le Cinoche de Boudard dont j’ai parlé voici peu et avec lequel, en plus d’offrir une peinture sarcastique des milieux du cinéma (à cinquante ans d’intervalle), il présente l’intérêt pour moi de se moquer de la presse cinématographique – à laquelle Pierre Scize appartenait (contrairement à Boudard, plus rosse à son égard) – puisque, Georges Hovard, le metteur en scène de L’Or du Temps se trouve être « chroniqueur cinématographique au Grand Jour » (page 41). Voici le passage le plus croustillant à ce sujet (pages 119-121) :

- […] Vous êtes tous les mêmes. Vous prenez ce qui s’offre. Vous avez tous besoin de travailler. Avec de l’argent je ferais tourner des films obscènes au plus scrupuleux d’entre vous. Avec de l’argent, je ferais écrire ce que je voudrais sur n’importe quel navet. Vous n’avez pas le droit de crâner, tous, ici. Mérindol a tourné La Marquise de la Mort qui était une interminable cochonnerie. Portal et Bousquet ont accepté des besognes de garde-chiourme pour mener devant l’appareil les trois mille figurants de Messaline. Brown a arrosé tous les journaux corporatifs pour essayer de couler Arbell avec qui il est associé aujourd’hui… Dites donc que ça n’est pas vrai ? Est-ce qu’il faut en rougir ? Est-ce que je vous reproche quelque chose ? Vous êtes de f…tues bêtes !

« Moi, je touche de l’argent pour louanger vos films et quand je ne passe pas à la caisse, je les engueule… Est-ce que je suis une fripouille ? Je suis un homme d’affaires. »

Tous écoutaient, les uns en silence, les autres avec un sourire complice. Tous subissaient de la part de ce petit vieillard bilieux et sarcastique ce qu’ils n’auraient supporté de personne.

Seul, Georges s’écria :

- Ce que cet animal est saoul !

Dubert le regarda bien en face :

http://a7.idata.over-blog.com/1/56/09/56/PHOTOS---3/L-Or-du-temps.jpg

- Le plus rigolo, mon petit, c’est encore toi. Tu batailles depuis deux ans. Tu écris des articles contre les mauvais films. Tu te crois indépendant parce que tu n’acceptes de publicité que pour les bonnes bandes. Tu as combattu tous ceux qui faisaient des navets. Tu n’as pas trouvé dans ton dictionnaire des synonymes assez de mots pour flétrir les faiseurs d’adaptations. Et, quand tu as un film à tourner, tu commences par adapter… comme les autres… Et tu oses t’en vanter…

Mérindol arrêta le butor par une esquisse qui rappela à tous la présence de Prosper Gérente :

- Mais aussi… N’avons-nous pas tous rêvé d’adapter L’Or du Temps pour l’écran. C’est une œuvre si…

- Si connue ! trancha avec un gros rire Dubert.


Note :

[1] Cette collection de la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente était dirigée par François Chevassu, l’un des piliers de la revue Image et Son et des Saisons cinématographiques, récemment disparu (cf. la nécrologie parue dans Positif, par Jean A. Gili, n°611, janvier 2012, p.65).

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LE CINOCHE DE BOUDARD

7 Mars 2012, 12:50pm

Publié par Mister Arkadin

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Aussi bien dans l’entretien qu’il a donné au "Libre journal du cinéma" (le 1er décembre 2011) que dans son récent essai La France d’Alphonse Boudard, Pierre Gillieth a reconnu sans détour que la contribution de Boudard au cinéma, que ce soit par le biais d’adaptations de ses romans, notamment La Métamorphose des cloportes (où les références au cinéma sont pourtant légion), que par sa collaboration à des scénarios originaux ou inspirés d’œuvres d’autres auteurs, n’avait guère produit de films mémorables. Dans son livre de souvenirs recueillis par Lucien d’Azay (Contre-enquête, publié en 1998 chez Robert Laffont), Boudard parle de « films "casse-croûte" » : « Je faisais le mieux possible, certes, mais il fallait aussi que je gagne ma vie » (page 173). Aussi bien n’est-ce pas par pure modestie qu’il émet un diagnostic pertinent à ce sujet : « pour moi, le cinéma était quelque chose de tout à fait secondaire, puisque je ne pouvais pas être le maître… » (page 174).

Par conséquent, ce que les rapports de Boudard au cinéma ont engendré de meilleur est sans doute son roman Cinoche, dans lequel il livre une savoureuse satire des « us et coutumes cinochières » (Éditions La Table ronde, 1974 ; collection « Folio », 1975, page 75). Gillieth indique qui se cachent derrière les personnages croqués malicieusement par Boudard : l’inénarrable couple Marc Simenon – Mylène Demongeot (Luc Galano et Gloria Sylvène, tout du long du récit, avec au passage un portrait du père Ralph Galano, un Georges Simenon qui aurait été peintre à succès, mais artiste aux manies similaires…), les cinéastes Henri-Georges Clouzot et Denys de La Patellière (le sadique Satanas et le médiocre Glapaudière, page 50), Pascal Jardin (l’opportuniste Blaise Potager, page 88), Michel Audiard (le pétillant Loulou Masardin, page 80). En revanche, autant un autre pseudonyme est transparent (« le génial Asmachin », prophète de la caméra stylo, page 127), autant quelques autres sont moins évidents aujourd’hui (le producteur Slimane Chilbik, page 67, Anatole Vasinat, page 85, Marius Gonfalon, page 121, Kurt Zolbelblatt et Virgil Korluche, Léon et Marilyn Busard, directeur de production et attachée de presse, page 266).

Boudard est encore moins explicite que Gillieth, car il prétend s’être « servi de certains traits de personnes que j’ai rencontrées dans ce métier, mais je les ai mélangés. […] En fait, Cinoche n’est pas un livre à clefs, c’est un livre à fausses clefs… Et puis ce n’étaient pas de très grosses vedettes : si j’ai choisi cette affaire-là en particulier, c’est parce qu’elle était un peu minable. »

L’affaire en question, c’est la rocambolesque préparation du Champignon de Marc Simenon, film n’ayant en effet pas laissé un souvenir impérissable dans la mémoire des cinéphiles – ci-dessous deux affiches, dont l’une à l’opportunisme tout à fait dans le ton du livre de Boudard :

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Au moins ce Champignon aura-t-il été le prétexte à l’écriture d’un des romans les distrayants et instructifs sur les milieux du cinéma. Tropisme personnel oblige, j’ai sélectionné en guise d’échantillon un passage où Boudard épingle la critique (pages 33-34 ; notons qu’il vise plus explicitement encore page 85 « les dévots des Cahiers du cinéma », et qu’il épingle sans ménagement les clans de la Nouvelle Vague et de Libé dans Contre-enquête) :

« Hyde Park, les explications mortelles au surin… tous les ruffians à melon gris perle… Jo le Havrais, Alex le Juif… les rues du Soho avant 14, ça me faisait rêver la plume ! Un sujet fort et coloré à lui tout seul… l’ambiance Mac Orlan. Mais déjà, hop ! le Milo me plongeait dans une autre période… l’après-guerre en Argentine… le gang des Parisiens… la maison gigolette à Buenos-Aires. Là, il s’est bourré, le vecchio… esbigné à temps avant que ça se termine pour les voyous retardataires sur les pontons du Rio de la Plata. L’autre, il voulait fourrer tout ça dans un seul film d’une heure et demie, ça me paraissait bien glandilleux… je respirais le naveton à l’avance… encore une occase de se faire étriller par tous les roquets de la critique. Surtout avec le blase qu’il arborait… Galano… ils allaient par lui faire de fleurs… la moindre connerie, on lui servirait tout chaud son papa si génial, si fantastique dans sa spécialité, son Art… Tel père pas tel fils… je lisais déjà leurs gentillesses à ces messieurs. Ils ont leurs tronches… celui-ci au moindre pet… sublime, révolutionnaire, transfigurateur esthète !... celui-là toujours traîné au fond des chiottes, glavioté, piétiné féroce, soupçonné des pires intentions réactionnaires, fascistes, racistes, bourgeoises bien pensantes. Ils se veulent presque tous à présent, nos critiques, moralistes… métaphysiciens, moines ligueurs vigilants d’une religion cinématographique bien difficile à cerner dans son évangile. L’état de grâce, ils le décrètent sans qu’on sache au juste pourquoi… s’ils vous prennent dans leur collimateur haineux, on peut se prévoir l’autocritique douloureuse les grands soirs de révolution culturelle. Le môme Galano, probable que les milliards de son dab barbouilleur, ça jouerait plutôt contre lui… ce que je gambergeais. Il avait pas l’air tellement de prévoir les seaux de merde qui se déversent soudain ! Il me semblait d’un naturel par trop optimiste. »


Complément :

(11 février 2013) Un lecteur me signale que le film dont il serait question dans Cinoche ne serait pas Le Champignon, mais L'Explosion, dont le sujet serait « quand même plus proche de ce que raconte Boudard dans son livre ». N'étant guère familier de l'œuvre de ce Simenon là, je le crois sur parole. Dont acte.

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CÉLINE AU "TARAPOUT"

15 Janvier 2012, 00:03am

Publié par Mister Arkadin

L’un des événements parisiens, littéraires et mondains de la fin 2011 a été la présentation le 21 novembre, au Gaumont Opéra (Paris, boulevard des Capucines), du documentaire de Patrick Buisson Paris Céline, avec l’excellent Lorànt Deutsch. L’indispensable Bulletin célinien (BC, n°336, décembre 2011, p.13) en a bien entendu rendu compte, en reprenant l’article publié par Francis Bergeron dans Présent (25 novembre 2011, p.2), quasi parfait comme toujours. Je me permets d’y renvoyer en émettant cette très légère réserve car deux omissions se sont glissées (1).

La première, qui a été rectifiée dans la version publiée dans le BC, était l'oubli, parmi les personnalités ayant assisté à cette projection exceptionnelle, de notre ami commun Philippe d’Hugues, qui, pour n’être pas un fervent célinien déclaré, en remontre à beaucoup, non seulement en histoire du cinéma, mais en histoire littéraire, y compris sur cet auteur pour lequel il n’a nul mépris, bien qu’il ne figure pas parmi ses préférés. Il m’a en effet signalé la seconde omission : le Gaumont Opéra n’est autre que le Paramount Opéra, son précédent nom. « So What ? », me direz-vous. Il s’agit du fameux Paramount, dont l’inauguration en novembre 1927 fut un événement encore plus considérable (ci-dessous le compte rendu publié par Émile Vuillermoz dans Le Temps du 26 novembre 1927, page 6, que j’avais déjà reproduit dans mon livre "Le Temps" du cinéma, page 212). Mais encore…

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Il convient tout simplement de rappeler que Céline lui-même a abondamment parlé de cette salle prestigieuse, à sa façon cela va de soi et en l’affublant d’un petit nom de son cru, dans Le Voyage au bout de la nuit, dont je reproduis ci-dessous quelques passages (Éditions Gallimard, collection « Folio », pages 445-445 et 448-450) :

[…] le « Tarapout » m’a attiré. Il est posé sur le boulevard comme un gros gâteau en lumière. Et les gens y viennent de partout pressés comme des larves. Ils sortent de la nuit tout autour les gens avec les yeux tout écarquillés déjà pour venir se les remplir d’images. Ça n’arrête pas l’extase. C’est les mêmes qu’au métro du matin. Mais là devant le Tarapout ils sont contents, comme à New York ils se grattent le ventre devant la caisse, ils suintent un peu de monnaie et aussitôt les voilà tout décidés qui se précipitent en joie dans les trous de la lumière. On en était comme déshabillés par la lumière, tellement qu’il y en avait sur les gens, les mouvements, les choses, plein des guirlandes et des lampes encore. On aurait pas pu se parler d’une affaire personnelle dans cette entrée, c’était comme tout le contraire de la nuit.

[…] Voilà que pendant qu’on se parlait bien agréablement ainsi, qu’on se confessait en somme, survint l’entracte du Tarapout et les musiciens du ciné qui débarquent en masse au bistrot. On prend du coup un verre en choeur. Lui Parapine il était bien connu des musiciens.

De fil en aiguille, j’apprends d’eux qu’on cherchait justement un Pacha pour la figuration de l’intermède. Un rôle muet. Il était parti celui qui le tenait le « Pacha », sans rien dire. Un beau rôle bien payé pourtant dans un prologue. Pas d’efforts. Et puis, ne l’oublions pas, coquinement entouré par une magnifique volée de danseuses anglaises, des milliers de muscles agités et précis. Tout à fait mon genre et ma nécessité.

Je fais l’aimable et j’attends les propositions du régisseur. Je me présente en somme. Comme il était si tard et qu’ils n’avaient pas le temps d’aller en chercher un autre de figurant jusqu’à la Porte Saint-Martin, il fut bien content le régisseur de me trouver sur place. Ça lui évitait des courses. À moi aussi. Il m’a examiné à peine. Il m’adopte donc d’emblée. On m’embarque. Pourvu que je ne boite pas, on ne m’en demande pas davantage, et encore...

Je pénètre dans ces beaux sous-sols chauds et capitonnés du cinéma Tarapout. Une véritable ruche de loges parfumées où les Anglaises dans l’attente du spectacle se détendent en jurons et cavalcades ambiguës. Tout de suite exubérant d’avoir retrouvé mon beefsteak je me hâtai d’entrer en relations avec ces jeunes et désinvoltes camarades. Elles me firent d’ailleurs les honneurs de leur groupe le plus gracieusement du monde. Des anges. Des anges discrets. C’est bon aussi de n’être ni confessé, ni méprisé, c’est l’Angleterre.

Grosses recettes au Tarapout. Dans les coulisses même tout était luxe, aisance, cuisses, lumières, savons, sandwichs. Le sujet du divertissement où nous paraissions tenait je crois du Turkestan. C’était prétexte à fariboles chorégraphiques et déhanchements musicaux et violentes tambourinades.

Mon rôle à moi, sommaire, mais essentiel. Ballonné d’or et d’argent, j’éprouvais d’abord quelque difficulté à m’installer parmi tant de portants et lampadaires instables, mais je m’y fis et parvenu là, gentiment mis en valeur, je n’avais plus qu’à me laisser rêvasser sous les projections opalines.

Un bon quart d’heure durant vingt bayadères londoniennes se démenaient en mélodies et bacchanales impétueuses pour me convaincre soi-disant de la réalité de leurs attraits. Je n’en demandais pas tant et songeais que cinq fois par jour, répéter cette performance c’était beaucoup pour des femmes, et sans faiblir encore, jamais, d’une fois à l’autre, tortillant implacablement des fesses avec cette énergie de race un peu ennuyeuse, cette continuité intransigeante qu’ont les bateaux en route, les étraves, dans leur labeur infini au long des Océans...


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Note :

(1) Plus une affirmation qui, pour être juste, se trouve nuancée pour cette occasion : Patrick Buisson y est décrit comme un « conseiller politique de Sarkozy, directeur de chaîne télévisée, éminence grise, auteur de best-sellers historiques, bibliophile averti, documentaliste hors pair, régulièrement vilipendé par Le Monde et les bien-pensants ». Rien à redire, sinon que, pour une fois, Le Monde s’est montré "fair-play" à l’égard de Buisson puisque ce journal a publié, dans son supplément « Télévisions », un article élogieux pour Paris Céline. On n’en dira en revanche pas autant de Télérama, aussi fielleux qu’impertinent.

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AFTER CRASH

30 Novembre 2011, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

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J’ai reproduit hier les passages où il est question de cinéma dans le livre d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, dont l’adaptation, signée Philippe Lioret (baudruche qui mériterait d’être définitivement dégonflée après cette nouvelle débandade), vient de sortir sous le titre Toutes nos envies.

http://entetedaffiche.files.wordpress.com/2011/02/matt_damon_in_hereafter_wallpaper_1_1024.jpg

Plus encore que les références explicites au cinéma, font penser à des films le début, de façon prospective, la description du Tsunami renvoyant à sa représentation par Clint Eastwood dans Hereafter, et le passage où le narrateur aurait pu citer le Crash de David Cronenberg : « En tapant sur Google les mots "sexualité, handicap", je suis tombé sur un site appelé Overground, destiné aux gens sexuellement attirés par les amputés » (p.210). Étrange, de la part du cinéphile Carrère, qui semble parfois voir toute situation à l'aune d'une représentation cinématographique, qu'il n'y ait pas songé.

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POUR LES BONUS DU DVD

29 Novembre 2011, 00:11am

Publié par Mister Arkadin

Il a filé dans sa tanière et Rodrigue, esseulé, a commencé à tourner en rond et harceler Hélène, qui essayait de somnoler dans une chaise longue au bord de l’immense piscine d’eau de mer où une Allemande âgée mais incroyablement athlétique qui ressemblait à Leni Riefenstahl nageait chaque matin pendant deux heures.

Quelques mois plus tôt, j’ai réalisé un film d’après mon roman, La Moustache. Pendant la préparation et le tournage, il nous est souvent arrivé, à Hélène et moi, de passer la nuit dans le décor principal, l’appartement du couple que jouaient Vincent Lindon et Emmanuel Devos. Nous prenions un plaisir clandestin à dormir dans le lit des héros, à utiliser leur baignoire, à remettre hâtivement les choses en place avant que l’équipe arrive, le matin. Le scénario comportait une scène érotique que je voulais très crue. Les deux acteurs, un peu inquiets, me demandaient régulièrement comment je comptais la tourner et je répondais avec assurance que j’avais mon idée, alors que je n’en avais aucune. Sur le plan de travail, une nuit entière était prévue pour la scène 39 et, cette nuit approchant, j’ai commencé à m’inquiéter aussi. Un soir, dans le décor, Hélène à qui je confiais cette inquiétude a proposé que pour y voir plus clair nous répétions la scène, nous. Deux nuits de suite, devant une caméra vidéo posée sur pied, nous l’avons donc répétée, variée, enrichie, en mettant beaucoup de cœur à l’ouvrage. Le moment venu, elle a été tournée pour de bon, elle n’était pas si mal mais on l’a finalement coupée au montage et c’est devenu une plaisanterie rituelle d’annoncer aux acteurs qu’on la gardait pour les bonus du DVD. En réalité, ce qui serait beaucoup mieux pour les bonus du DVD, ce seraient les deux cassettes de porno domestique rangées dans le tiroir de mon bureau sous l’innocent étiquette : essaies, rue René-Boulanger.

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À la péripétie, presque invisibles car ils prenaient leurs repas à part, je ne sais où, il y avait les Suisses ayurvédiques et Leni Riefenstahl qui chaque matin continuait à faire ses longueurs de bassin.

Le film que j’avais tourné l’été précédent allait être présenté au festival de Cannes. Je me sentais brillant, important, et cette semi-belle-sœur cancéreuse dans sa petite maison au fond de son patelin de province, cela me faisait de la peine, bien sûr, mais c’était loin. […] Entre Cannes et la sortie du film, il y avait encore une station sur le chemin qui me conduisait vers la gloire, c’était un autre festival, à Yokohama. Je voyageais en classe affaires, il y aurait le gratin du cinéma français, je me voyais déjà fêté en japonais.

J’ai été et je suis encore scénariste, un de mes métiers consiste à construire des situations dramatiques et une des règles de ce métier c’est qu’il ne faut pas avoir peur de l’outrance et du mélo. Je pense tout de même que je me serais interdit, dans une fiction, un tire-larmes aussi éhonté que le montage parallèle des petites filles dansant et chantant à la fête de l’école avec l’agonie de leur mère à l’hôpital.

Comme à la fête de l’école, on avait l’impression que le scénariste avait eu la main lourde.

À l’autre extrémité de l’échelle, le seul autre hôtel où j’avais réellement habité, je veux dire vécu plusieurs semaines, était le luxueux Intercontinental de Hong Kong, où Hélène était venue me rejoindre pendant le tournage de La Moustache.

À plusieurs reprises, tandis qu’il parlait, j’avais senti Hélène à côté de moi s’impatienter et presque se cabrer. C’était comme de regarder un film qu’on aime à côté de quelqu’un qui l’aime moins, et je voyais bien ce qui dans les paroles d’Étienne avait pu la heurter.

On avait l’impression qu’en disant juge il pensait flic, et flic comme les jouait Michel Bouquet dans les films d’Yves Boisset à l’époque : cauteleux et pervers, celui entre les mains de qui il vaut mieux ne pas tomber.

Si on m’avait demandé de citer trois ou même un seul grand juge je serais resté sec, tout ce que j’aurais trouvé c’est quelques noms dont on parle à propos de dossiers médiatiques, et encore ces juges connus du public – Halphen, Van Ruymbeke, Eva Joly – sont des juges d’instruction, pas des juges siégeant au tribunal avec une robe et un parement d’hermine, personnages que la mythologie romanesque et cinématographique montre plutôt comme d’antipathiques gardiens de l’ordre bourgeois.

À la fin, les figurants s’éclipsent. Nathalie, elle, s’attarde et lui propose d’aller au cinéma. Le film qu’ils vont voir, Rouge, de Kieslowski, raconte l’histoire d’un juge boiteux et misanthrope que joue Jean-Louis Trintignant, mais ils ne prêtent aucune attention à cette coïncidence car au bout de dix minutes elle l’embrasse.

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Cercle de notables, dynasties de commerce et de robe, façades sévères derrière lesquelles se vident à huis clos les querelles d’héritage : ça amusait plutôt Étienne de se retrouver parachuté dans cette province des films de Chabrol, d’autant qu’il n’était pas question d’habiter Vienne, seulement d’y aller trois fois par semaine, une demi-heure de voiture depuis le quartier de Perrache où ils venaient de trouver l’appartement qu’ils habitent aujourd’hui.

Ils sont entrés à quatre dans son bureau, deux cadres de la société, dont l’un était venu spécialement de Paris, et deux avocats de Vienne. J’aimerais raconter leur entrevue comme une scène de film policier. Cela commencerait doucement, on plaisanterait : alors comme ça, c’est vous, l’empêcheur de tourner en rond ? Mais les plaisanteries tournent à la menace voilée, et bientôt plus voilée du tout.

Ouf. Dans un film, une musique intensément dramatique devrait accompagner la découverte de ces lignes par l’héroïne. On verrait ses lèvres bouger à mesure qu’elle avance dans sa lecture, son visage exprimerait d’abord la perplexité, puis l’incrédulité, enfin l’émerveillement. Elle lèverait les yeux vers le héros en balbutiant quelque chose comme : mais alors… cela veut dire ? Contrechamp sur lui, calme, intense : tu as bien lu.

On faisait des barbecues dans les jardins, on se gardait mutuellement les enfants, on échangeait des DVD : films d’action pour les garçons, comédies romantiques pour les filles, que Patrice et Juliette regardaient sur l’écran de leur ordinateur car, seuls en cela dans le village, ils n’avaient pas la télévision.

Quand Anne-Cécile ou Christine passaient, l’après-midi, prendre une tasse de thé et bavarder, elle disait que les journées coulaient lentement, entre le fauteuil et le canapé, dans une perpétuelle sieste nauséeuse, qu’elle n’avait pas la force de lire, à peine de regarder un film de temps à autre, que la vie se rétrécissait et que ce n’était pas drôle, mais elle ne s’étendait pas davantage, à quoi bon ?

Le mercredi 9 juin, il a loué au vidéoclub de Vienne le film d’Agnès Jaoui Comme une image. Après avoir couché les filles, ils l’ont regardé ensemble sur le canapé du salon, l’ordinateur posé sur le repose-pieds, devant eux. Juliette avait son masque d’assistance respiratoire mais elle ne se sentait pas trop mal. Elle s’est endormie avant la fin, sur son épaule, comme presque toujours désormais quand ils regardaient un film ou qu’il lui faisait la lecture à voix haute.

J’ai donné des nouvelles de Jean-Baptiste, qui fait maintenant ses études dans une université en Irlande, et de son frère aîné, Gabriel, qui débute comme monteur de cinéma.

Patrice raconte, lui, que ses premiers mots ont été : où est Maman ? et que le premier film qu’elle a aimé, c’est Bambi. Elle a revu cent fois la scène où Bambi comprend que sa maman ne se relèvera pas, c’est l’image la plus juste qu’elle se fait de sa propre histoire.

D’autres vies que la mienne, par Emmanuel Carrère,
Paris, P.O.L., 2009 ;
À vue d’œil, 2009
p.9/65/74/100/114/123/128/148/161/163/215/219/259/323/376/388/396/423/433

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