Mister Arkadin

Bilan d'étape de l'ARAHB

, 21:28pm

Quinze ans. Quinze ans depuis le jour où une poignée d’amateurs de bonne littérature, en vacances sur l’île de Ré, a eu l’idée, vaguement saugrenue – et provocatrice, comme la suite allait le montrer – de créer cette Association Rétaise des Amis d’Henri Béraud. Il s’en est suivi quinze ans d’intimité avec Henri Béraud. Et un bilan, qui vous est présenté dans ce XVIIème Cahier. Ce bilan peut évidemment être jugé comme bien modeste : Béraud n’est pas plus enseigné dans les classes de français qu’hier ; aucune grande émission de télévision ne lui a été consacrée, etc. Mais existe-t-il, aujourd’hui, beaucoup d’écrivains suscitant encore, cinquante ans après leur disparition, une telle abondance de travaux, de rééditions ? Non, bien évidemment. Béraud fait désormais partie de la petite minorité des écrivains à postérité. Et il est assez agréable de se dire que notre association, nos publications, sont largement à l’origine de ce renouveau d’intérêt, à une époque où le zapping est devenu un mode de vie, dans tous les domaines.

Parallèlement à nos publications, et s’appuyant souvent sur notre association et notre réseau de cinq cents adhérents, des éditeurs se sont lancés dans la réédition des articles et livres de Béraud : même ses ouvrages les plus improbables ont donc retrouvé un public, comme ses études sur les peintres lyonnais, ses poèmes, ses polémiques du Crapouillot, l’intégrale en trois luxueux tomes de ses éditoriaux de Gringoire. Et voici qu’on annonce, entre autres, une compilation de ses articles du Merle blanc. Des articles que personne n’a lu depuis près de cent ans !

Et puis il y a Béraud sur la toile, le web, Internet, si vous préférez. Tapez Béraud, Henri Béraud, sur un moteur de recherche. Tapez sur Wikipedia, ou même sur des sites d’enchères comme Ebay, vous découvrirez un autre aspect de l’actualité de Béraud.

L’aventure continue donc, plus que jamais.

Ce cahier n° XVII ne fait pas partie de ceux qu’on lira et relira. Mais il fait partie de ceux qu’on gardera, car c’est un document de référence. Il nous a en effet paru nécessaire, à ce stade de la vie de votre association, de nous livrer à un petit bilan (il tient en vingt-cinq pages, tout de même), de recenser la totalité de ce que nous avons mis à la disposition de nos adhérents et des chercheurs, par le biais de nos publications. Nous possédons encore une masse de documents à reproduire, documents du passé ou documents d’aujourd’hui. Le risque était de nous répéter, voire même de présenter à nouveau des documents, des articles, des critiques, reproduits plusieurs années auparavant. Ce risque est désormais écarté.

Le superbe catalogue de la librairie Éric Fosse qui est joint au présent cahier est également un document de référence. Il propose quelques ouvrages de toute rareté, comme les premières études lyonnaises, cette collection de la revue L’Ours, ou cet exemplaire du mythique Nœud au mouchoir. Il comporte une exceptionnelle collection de documents provenant directement de la bibliothèque et des archives de Béraud : des correspondances, des manuscrits, des dossiers personnels ou familiaux, et jusqu’à son passeport pour Moscou.

Ce catalogue est aussi un bon outil d’appréciation de la cote béraldienne, en 2008. Un essai de cote avait été établi en 2000, puis à nouveau en 2002. À partir du travail réalisé par Alain de Benoist (et par M. et Mme Dupont), l’ensemble des ouvrages de Béraud, préfacés par Béraud, ou co-écrits par Béraud, avait été coté.

Nous avons aujourd’hui l’occasion de réviser cette cote, du moins pour certains des ouvrages parmi les plus recherchés, en particulier ceux de l’époque lyonnaise, publiés à petits tirages entre 1903 et 1919. Ils révèlent le Béraud d’avant Béraud. Et c’est pourquoi, à présent, ils sont spécialement recherchés. Ces quatorze livres-là sont guignés à la fois par les amateurs de régionalisme, de littérature populiste de l’entre-deux guerre, ou d’écrits politiquement incorrects. Trois publics totalement différents pour un seul écrivain, quelle chance !

Il y a cinq ou six ans, il fallait débourser environ 150 € pour s’offrir l’une de ces raretés bibliophiliques : Les Morts lyriques, Jacques Martin peintre lyonnais, Le second Amour du Chevalier des Grieux ou L’Héritage des symbolistes. Eric Fosse les propose désormais autour de 350 ou 400 €. De même la revue L’Ours, cotée à l’époque 30 €, est désormais proposée à 50 €. Et pour ceux qui ne connaissent pas cette revue, il s’agit en fait d’une très mince plaquette, fortement liée aux évènements locaux de l’époque, et donc plutôt datée. Seul le fait que Béraud en ait été le rédacteur unique lui donne cette forte cote.

Dans ces informations "financières", il faut voir avant tout les signes d’un succès. Contrairement à l’adage populaire, dans le domaine du livre, tout ce qui est rare n’est pas cher. Mais tout ce qui est cher, est recherché. Et tout ce qui est recherché est vivant. A une époque où le livre est désormais regardé comme un produit de consommation ordinaire, que l’on achète, et que l’on jette après usage, cette recherche des raretés bibliophiliques béraldiennes est un signe.

Le catalogue d’Éric Fosse figurera désormais dans toute bonne bibliothèque béraldienne, à coté du Guidargus de d’Alain de Benoist et de la Bibliographie des œuvres parues en librairie, de Pierrette et Georges Dupont.

Francis Bergeron.