Mister Arkadin

Articles avec #ecrivains et cinema

UN DE PLUS À L’ACADÉMIE : FRANÇOIS WEYERGANS

18 Mai 2009, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

Alors que les médias ont presque tous rendu compte de l'entrée de Jean-Loup Dabadie à l'Académie française en se félicitant qu'elle accueille une sorte de "saltimbanque", rendant ainsi hommage à la chanson et au cinéma, phénomène que j'ai évoqué ici et , et plus encore dans un article paru en revue (1), il a été peu remarqué que c'est de nouveau un écrivain cinéphile qui a été récemment choisi (2). Or, non content d'avoir été critique aux Cahiers du cinéma de 1961 à 1964 (voir sur ce point l'index disponible sur le site de la BiFi), François Weyergans a réalisé quelques films (plutôt d'avant-garde, seul Aline semblant être sorti en salles), dont un beau portrait de Robert Bresson dans le cadre de la série « Cinéastes de notre temps ». 

C'est donc non seulement un amateur de cinéma, mais un cinéaste que l'Académie va accueillir ! Ce n'est certes pas la première fois, mais cela valait bien un petit coup de chapeau.


Notes :

(1) « L'"Entrée des artistes" : Jean-Loup Dabadie et le cinéma à l'Académie » a paru dans le n°36 d'Histoires Littéraires

(octobre-décembre 2008, p.75-78).

(2) Bien que je me réjouisse de ce choix, ma préférence allait à Renaud Camus (lequel parle souvent de cinéma dans ses journaux, quoiqu'il ne le tienne manifestement pas pour un art majeur), qui n'a recueilli que peu de voix...

 

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BÉRAUD-VIRMAUX

21 Avril 2009, 21:37pm

Publié par Mister Arkadin

Est reproduit ci-dessous (cliquer sur le scan pour l'agrandir) le compte rendu publié dans Jeune cinéma (n°322/323, printemps 2009, p.144-145) par Alain Virmaux sur les deux cahiers « Henri Béraud et le cinéma » présentés ici.

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DE LA LIBERTÉ DE LOUER OU BLÂMER BRASILLACH… Y COMPRIS SUR COURTOISIE

6 Février 2009, 18:01pm

Publié par Mister Arkadin

Le 6 février 1945 était exécuté le critique et historien du cinéma Robert Brasillach. Chaque année, une messe est donnée en sa mémoire à l'église Saint-Séverin (près de Saint-Michel), à laquelle sont associés les noms de sa sœur, l'admirable Suzanne Bardèche, et du co-auteur de la première grande histoire générale du cinéma parue en France, Maurice Bardèche.

Je m'y suis rendu ce midi, je l'avouerais moins par convictions que pour l'opportunité d'y croiser, pas très loin du lieu de mon gagne-pain, quelques amis cinéphiles. Cela m'a permis d'apprendre qu'une émission récente de Radio Courtoisie avait causé quelque émoi parmi les "Amis de Robert Brasillach". Dans le "Libre journal de Martial Bild" du mercredi 4 février, un certain Pierre de Laubier, libraire si je ne me trompe, a utilisé le quart d'heure de sa « chronique culturelle » pour démolir l'œuvre littéraire de Robert Brasillach. Mièvrerie, écriture désuète, banalités psychologiques, dialogues trop recherchés dans la bouche de jeunes gens et, au contraire, retenue et maîtrise trop grande de leur corps, etc. On aurait dit de l'Anne Simonin sur France Cul !

Je comprends que l'on puisse estimer que si, sur Radio Courtoisie même, qui se veut la « radio de toutes les droites et de tous les talents », on dénigre Brasillach en ne lui reconnaissant du bout des lèvres qu'un petit talent de critique, la cause d'un jugement serein sur la littérature, sachant faire le départ entre les options idéologiques d'un auteur et ses romans ou poèmes, par exemple, est bel et bien perdue. Pour ma part, je ne saurai trop féliciter Martial Bild d'avoir laissé son chroniqueur exprimer longuement et sans être interrompu son point de vue, même si celui-ci relève en l'occurrence du cliché. J'ai écrit ici qu'Un barrage contre le Pacifique était l'un des rares livres "potables" de Duras. J'avais d'abord écrit "bons" livres, en me félicitant de pouvoir apprécier le roman, lu adolescent, d'un écrivain colonialiste et vichyste qui m'est très antipathique. À la relecture, je me suis dit que, si l'on avait été jusqu'à envisager le Nobel pour l'auteur d'un roman aussi médiocre, Béraud et Brasillach n'était décidément pas de si mauvais écrivains ! Pour autant, ce genre de prises de position allant à l'inverse de ce que l'on pourrait attendre sur Radio Courtoisie, beaucoup moins rare qu'on pourrait le croire, montre indubitablement que cette chaîne n'est pas le bloc monolithique de pensée réactionnaire, voire fasciste, que dénoncent ses ennemis, voire ceux qui ne l'écoutent pas de peur d'être contaminés par la peste brune (cette dernière se transmettant par les ondes - les champs électromagnétiques ne provoquaient déjà pas bien assez de dégâts...). D'une certaine manière, Radio Courtoisie donne ainsi une idée de la liberté d'esprit qui existait encore plus ou moins en France jusqu'aux années 1970, quand deux pages pouvaient être consacrées à Brasillach dans « Le Monde des livres » ou quand l'on pouvait trouver quelques-uns de ses livres sur les stands de la Fête de L'Huma.

Aujourd'hui, non seulement il n'est plus dit que du mal de Brasillach sur toutes les antennes, excepté de temps en temps Radio Courtoisie (et encore, pas toujours, nous venons de le voir), mais, progressivement, il n'est plus guère cité que comme l'une des figures mythiques du mal absolu, dont on se dispense complètement d'examiner l'œuvre. Il convient par conséquent de saluer le travail de fourmi fourni par l'association des Amis de Robert Brasillach (ARB) et de son président Pascal Junod, qui reprennent tout ce qui s'écrit sur lui. Ce qui me fait dire à ceux de mes amis qui s'étonnent que j'y contribue de temps en temps : « les cahiers et bulletins des ARB sont de loin les publications où l'on peut lire le plus de propos défavorables à Robert Brasillach, puisqu'on y reprend, autant que possible, tous ceux qui paraissent dans la presse ! » (C2) Aussi est-ce avec plaisir que je prépare pour les ARB un nouveau dossier sur l'histoire du cinéma de Bardèche et Brasillach, dans lequel on retrouvera André Maurois et Pierre Bost, Claude Jamet et Alice Kaplan, les deux François, Vinneuil et Truffaut (ces deux noms ne sont associés ni forfuitement ni pour médire de l'un ou de l'autre), Henri Langlois et Georges Sadoul, Henri Agel et Vincent Pinel, entre autres. Tous ne sont pas du même avis sur l'apport de B/B à l'histoire du cinéma... et c'est tant mieux !


En complément, des enregistrements de l'émission de Martial Bild :

- au début de la première partie, l'animateur lit un poème de Fresnes (« Aux morts de février ») ;

- dans la seconde, des minutes 54 à 74, Pierre de Laubier exprime de vives réserves sur l'œuvre de Brasillach, auxquelles ne souscrit pas Martial Bild, ni quelques auditeurs.

Le lendemain, Anne Brassié a donné son point de vue sur cette "affaire" dans son émission « Les Livres en poche », parlant joliment de l'amour comme d'un « acte grave et magnifique », ce qu'a approuvé son invité, Dominique Paoli (entre le milieu de la neuvième et le milieu de la onzième minutes d'enregistrement).

Par ailleurs, puisque j'ai évoqué incidemment Katyn, auquel renvoie le lien sur Un barrage contre le Pacifique, je signale qu'un reportage radiophonique où l'on entend brièvement Robert Brasillach, retour de Pologne, a été diffusé récemment sur France Culture dans « Concordance des temps » (merci à la personne qui m'a très aimablement transmis cet enregistrement, diffusé dans une précédente émission de radio).


P.S. : L'Association des Amis de Robert Brasillach (ARB) a repris cet article sur le blog qu'elle a récemment créée : http://arb6245.over-blog.net/


Compléments
(1) (2 mai 2009) : Pierre de Laubier n'ayant pas supporté que la contradiction lui soit apportée, il a remis ça dans sa "chronique culturelle" du 29 avril 2009 en comparant le "Cercle des Amis de Robert Brasillach" (sic) aux « gardiens d'un petit culte », à des « gens ayant leur petit trésor à eux », qu' « ils ne veulent pas partager », sur lequel « on ne peut rien dire » et qu' « on ne peut pas critiquer », à l'instar du Théâtre français et de l'Université qui refusent l'attribution de certaines pièces de Molière à Corneille (c'est entre les 88ème et 89ème minutes d'enregistrement).
(2) Ce principe de publication exhaustive de tout ce qui se publie sur Brasillach déconcerte même des périodiques annonçant régulièrement les parutions des ARB. Ainsi Lectures Françaises (n°653, septembre 2011 ; reproduit par le Bulletin des ARB, n°122, hiver 2011-2012, p.11 : « L'Association des Amis de Robert Brasillach édite deux publications à parution non fixe : un Bulletin et des Cahiers, l'un et l'autre s'attachent à faire connaître tout ce qui se dit et s'écrit sur Robert Brasillach. Mais il arrive que voulant trop bien faire ou désirant être trop exhaustifs, les rédacteurs reproduisent des textes qui desservent beaucoup plus qu'ils ne défendent la cause qui leur est chère. »

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BÉRAUD HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN

1 Février 2009, 00:02am

Publié par Mister Arkadin

Texte remanié d'une causerie prononcée aux Ronchons (Paris), le 14 octobre 2008, à l'invitation de l'Association rétaise des amis d'Henri Béraud (ARAHB), à paraître dans le n°XIX des Cahiers Henri Béraud (p.s. : paru mi-mai 2009 ; cf. couverture, liste des sommaires des cahiers et index, actualisés en conséquence).


Le titre de ce papier est on ne peut plus immodeste. D'abord parce que je ne suis nullement habilité pour prétendre à l'omniscience sur un auteur que je ne lis que depuis quelques années. Je serais de même bien en peine d'entreprendre l'histoire de l'Association rétaise des amis d'Henri Béraud (ARAHB) et de décrire précisément les projets que nous concocte son président et principal animateur, Francis Bergeron. Ensuite parce je vais me contenter (ce verbe - pronominal, comme la langue française est bien faite ! - est parfaitement adapté au narcissisme de la situation) d'évoquer les contributions aux manifestations et publications de l'ARAHB que Francis me fait l'honneur de me demander (merci pour cette confiance) ou d'accepter (ce qui est encore plus généreux de sa part).

Hier, ce sont les deux cahiers spéciaux sur le cinéma publiés fin 2007 et début 2008 :

- n°XIV, sur les écrits d'Henri Béraud à propos du cinéma et sur l'adaptation du Martyr de l'obèse à l'orée du Parlant, au début des années 1930 ;

- N°XV, sur Un revenant, film inspiré de Ciel de suie, réalisé juste après la Libération, et sur les rapports entre deux Henri, Béraud et Jeanson.

Aujourd'hui, c'est la rubrique sur Béraud et l'ARAHB que j'ai créée voici quelques mois sur le mini-site Internet consacré plus généralement à mes publications, au cinéma et à la critique ("Mister-Arkadin", http://mister-arkadin.over-blog.fr/).

Demain, si ma paresse ne l'emporte pas, ce sera un dossier sur Béraud et l'Affaire Salengro, principalement tel qu'il en est rendu compte dans deux téléfilms français.

Continuons à ignorer toute modestie en expliquant comment m'est venue l'idée d'un dossier sur Béraud et le cinéma. Il s'agissait d'un défi : de la même façon que Flaubert déclara qu'avec Madame Bovary, il avait voulu écrire un livre sur rien, j'avais décidé, toutes proportions gardées bien entendu, d'entreprendre une recherche sur rien. Faire une étude sur un sujet impossible, quelle meilleure façon d'éprouver ses capacités de chercheur ? Plus exactement, je désirais montrer que tout écrivain français du siècle dernier, même celui qui pouvait paraître le plus réfractaire ou indifférent au cinéma, ne pouvait, d'une façon ou d'une autre, de près ou de loin, ne pas s'être intéressé à ce moyen d'expression nouveau. Mon choix s'est porté sur Henri Béraud en dépouillant une chronique de Ciné-Magazine, une revue cinéphile des années 1920, dans laquelle le pionnier de la critique Lucien Wahl recensait toutes les occurrences du septième art naissant dans les livres (dont il rendait compte également, dans quelque autre publication). Or, Lucien Wahl avait signalé l'anecdote sur Mussolini au cinéma racontée dans Ce que j'ai vu à Rome, que je vous invite à retrouver dans l'édition originale (1929, p.40-41) ou dans le cahier Béraud n°XIV (p.51-53). Au moins avais-je un point de départ...

En lisant ou relisant tous les livres de Béraud un crayon à la main, je me suis surpris à trouver bien plus de références au cinéma que je ne l'imaginais, y compris dans des livres que j'avais déjà lus (notamment Le Martyre de l'obèse), ceux qui m'avaient justement fait choisir Béraud pour cette étude flaubertienne, puisque, dans mon souvenir, il n'y était pas du tout question de cinéma ! Cela me conduit d'ailleurs à penser que, pour bien connaître une œuvre, la lire en ayant une idée de recherche en tête permet de beaucoup mieux maintenir son attention, d'y découvrir bien plus de richesse, de contenu qu'on en aperçoit en la lisant sans idée de recherche prédéfinie. Bien sûr, cette méthode oriente la lecture ; on pourrait dire a contrario qu'en se focalisant sur un thème, par exemple, on ne lit plus qu'en diagonale ce qui s'en éloigne. L'objection est recevable. Disons alors que, pour bien connaître une œuvre, il faut la lire une première fois le plus vierge possible d'idée préconçue, puis la relire, ou au moins la parcourir attentivement, avec l'objectif d'y relever tout ce qui se rapporte à un thème ou un aspect de l'œuvre. J'ai en l'occurrence choisi le cinéma. Ce pourrait être les chansons ou le théâtre, telle figure de style ou de rhétorique, tel procédé narratif ou élément de ponctuation, les lieux, les femmes ou les enfants, la nourriture ou les idées politiques, les soucis d'argent ou les références au monde de la presse, etc. Pour ma part, si j'entreprenais de nouveau cette relecture de l'œuvre de Béraud accompagnée d'un dépouillement systématique, je choisirais d'inventorier tous les portraits qu'il a écrits. Ce serait donc une relecture sélective et non complète de l'œuvre, se concentrant sur les souvenirs, essais et articles, dans lesquels il faudrait noter tous les noms de personnes dont Béraud a parlé. Muni de cet index, un dictionnaire des portraits écrits par Béraud offrirait un vaste panorama du monde des lettres et du journalisme de son époque, qui démontrerait par là même la générosité du bonhomme, capable de consacrer tant de temps et d'énergie à laisser une trace, originale et vivante, de ses contemporains, capitaux ou non. L'empathie de Béraud, voire sa "sympathie", au sens propre du terme, y serait en effet manifeste.

Pour l'instant, je m'en suis tenu aux personnalités côtoyées par Béraud qui se sont intéressées au cinéma, en particulier le grand critique Émile Vuillermoz, l'un de ses amis lyonnais. J'ai aussi fait un sort tout spécial au journaliste et scénariste Henri Jeanson, proche de Béraud devenu l'un de ses plus féroces détracteurs, avant de lui piquer l'idée de Ciel de son suie pour son Revenant, et de lui rendre tout de même hommage dans ses mémoires. Jeanson me permet de faire la liaison entre mon « Béraud d'hier » et mon « Béraud de demain », celui de l'Affaire Salengro ; celle-là même qui a provoqué la rupture entre les deux Henri, dont témoigne « Le cœur de Monsieur Béraud », l'article que Jeanson publia dans Le Canard enchaîné en novembre 1936 (reproduit dans le cahier n°XV, p.57-61).

L'Affaire Salengro est un trop gros morceau, même en se focalisant sur le rôle qu'y joua Béraud, ou qu'on lui prête, pour la traiter de manière exhaustive. On ne s'étonnera donc pas que j'aie de nouveau choisi le cinéma comme médiateur, à tout le moins l'audiovisuel. Un nouveau téléfilm sur l'Affaire Salengro allant être diffusé courant 2009, probablement sur une chaîne publique, il me semble indispensable que l'ARAHB marque le coup, un précédent, réalisé en 1992 par Denys de la Patellière, avec Jean-Claude Dreyfus dans le rôle de Salengro, ayant donné un résultant on ne peut plus fâcheux en ce qui concerne la représentation de Béraud. C'est un certain Éric Leblanc qui l'interprétait. On ne doit pas faire plus obscur comme acteur de seconde zone, même l'un des cinéphiles les plus érudits de Paris (i.e. de France, sinon du monde), présent parmi nous ce soir, n'en ayant jamais entendu parler. On ne peut donner une image plus grotesque de Béraud, gros fat dépourvu de charme et de talent, tout occupé à comploter avec Maurras (!?) dans quelque officine pour faire chuter le Front populaire. Difficile d'aligner plus de clichés, quand ce n'est pas d'inepties, que ne le font les auteurs de ce téléfilm. Le célèbre et controversé Yves Boisset s'est-il mieux documenté ? A-t-il fait preuve de plus de nuances ? J'avouerais en douter, ne serait-ce qu'au vu du titre, qui annonce la couleur : Salengro, exécution d'un ministre. Laissons-lui cependant l'ombre du doute (n'est-ce pas d'ailleurs cinématographique ?), et attendons de voir. Notons seulement d'ores et déjà la présence de Bernard-Pierre Donnadieu en Salengro, ce qui ne manque pas d'ironie vu qu'il a interprété l'horrible industriel fasciste du pauvre quoique riche Faubourg 36, sorti sur les écrans français en 2008. Il n'est d'ailleurs pas exclu que, par un retournement identique, qui relève presque du private joke, Jean-Claude Dreyfus, présent dans la distribution de ce nouveau Salengro, y joue cette fois-ci Béraud. Pour plus d'objectivité, je pense examiner ces téléfilms à la lumière du meilleur ouvrage consacré à l'Affaire, Ils l'ont tué ! Malgré ce titre racoleur, qui ne rend pas justice du contenu, et bien que son auteur, Thomas Ferenczi, soit journaliste au Monde, il analyse de manière relativement honnête les tenants et aboutissants de cette histoire, le rôle des uns et des autres, qu'il replace dans leur chronologie et leur contexte, en s'appuyant sur des dépouillements de sources d'époque (surtout la presse) effectués par des étudiants ayant travaillé plutôt sérieusement. Tout le contraire du téléfilm de 1992 donc, voire des comptes rendus parus sur le livre de Thomas Ferenczi, notamment celui que Le Monde demanda à Jean-Denis Bredin - que d'aucuns font sans vergogne rimer avec gredin (encore plus depuis la dernière affaire Tapie, les millions empochés par ce dernier n'ayant pas nui à tout le monde), qui ne prennent aucunement en compte les réserves émises par Ferenczi, pourtant peu suspect de complaisance envers l'Infâme, au sujet de la version officielle de l'Affaire, l'enquêteur atténuant, sans la minimiser, la responsabilité des journaux (dont Gringoire, d'où Béraud) dans le suicide du ministre.

Si notre dossier sur Béraud et l'Affaire Salengro traitera pour l'essentiel de ces deux téléfilms, ainsi que du livre de Thomas Ferenczi, nous n'excluons bien évidemment pas de l'enrichir avec tout document relatif à ce sujet. Toute pièce que les membres de l'association des Amis d'Henri Béraud ou tout autre personne pourraient nous apporter sera la bienvenue. N'hésitez donc pas à nous en communiquer. C'est dans le but que chacun puisse contribuer plus aisément à enrichir la documentation dont dispose Francis Bergeron pour établir ses cahiers que j'ai inclus une rubrique Béraud sur mon mini-site en ligne, objet de la dernière partie de cette petite causerie, sur « Béraud aujourd'hui ».

Pour apporter de la documentation nouvelle aux cahiers, encore faut-il savoir ce qu'ils ont déjà publié. Lapalisse n'aurait pas dit mieux. En revanche, reparcourir tous les cahiers à chaque fois que l'on découvre un document sur Béraud pour voir s'il s'y trouve déjà, voilà qui est plus difficile. Dix-huit numéros, en plus de rééditions diverses d'écrits sur ou à propos de Henri Béraud, ont en effet paru de 1996 à 2008. Ces cahiers comportent des reprises de textes de Béraud lui-même (dont ses écrits de captivité et des écrits de jeunesse), certains inédits, des textes récents sur Béraud, inédits ou repris de la presse et d'ouvrages évoquant Béraud, les conférences des 14 juillet Henri Béraud, organisées par l'ARAHB et des reprises de textes anciens sur Henri Béraud. Il m'a semblé qu'un inventaire était indispensable pour voir plus clair dans la masse de documentation et d'études déjà rassemblée, afin de repartir du bon pied. Aussi avons-nous fait paraître au printemps 2008 un « Bilan général de 15 années de publication, par l'Association Rétaise des Amis d'Henri Béraud » (Cahier Henri Béraud n°XVII), qui donne la liste des sommaires, un index par auteurs et des détails des autres activités de l'association. Et, pour s'y retrouver encore plus commodément, cet inventaire a été mis en ligne, ce qui permet une actualisation périodique, à l'adresse Internet suivante :

http://mister-arkadin.over-blog.fr/article-18586032.html

Voici le plan de ce "mini-site" consacré à Henri Béraud :

1. Présentation générale de l'ARAHB et sommaire des cahiers n°I à VII (1996-2002) ;

2. Sommaire des cahiers n°VIII à XVIII (2003-2008) ;

3. Index des cahiers : textes de Henri Béraud ;

4. Index des cahiers : articles et documents contemporains (« Béraud aujourd'hui ») ;

5. Index des cahiers : conférences du 14 juillet ;

6. Index des cahiers : articles et documents anciens (« Béraud hier ») ;

7. Autres publications et activités de l'ARAHB ;

8. Couvertures des cahiers ;

9. Béraud : Bibliographie (actualisation du cahier Béraud n°V, reproduite avec l'aimable autorisation d'Alain de Benoist) ;

10. Bilan d'étape, par Francis Bergeron, président de l'ARAHB.

Espérons que cet inventaire continuera de s'enrichir dans les mois et années à venir, à mesure que Francis nous adressera de nouveaux cahiers et brochures, avec une fidélité qui est la manifestation concrète d'une persévérance et d'une passion remarquables, peu d'associations d'amis d'écrivains y parvenant aussi régulièrement.

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DURAS AU CINÉMA

30 Janvier 2009, 21:20pm

Publié par Mister Arkadin

Rithy Panh, dans son adaptation d'Un barrage contre le Pacifique, ne s'est pas privé, ce qui est son droit le plus strict, d'insister sur les points l'intéressant le plus, notamment les rapports entre les autochtones et les instances coloniales. Cela se fait forcément au détriment d'autres aspects du roman de Marguerite Duras. Malheureusement, l'un d'eux est la place très importante prise par le cinéma dans la vie des protagonistes.

Cela me donne l'occasion de reproduire les deux pages (Gallimard, « Folio », 1982, p.188-189) qui furent choisis au bac français que j'ai passé voici fort longtemps pour l'épreuve de commentaire de texte.


Le piano commença à jouer. La lumière s'éteignit. Suzanne se sentit désormais invisible, invincible et se mit à pleurer de bonheur. C'était l'oasis, la salle noire de l'après-midi, la nuit des solitaires, la nuit artificielle et démocratique, la grande nuit égalitaire du cinéma, plus vraie que la vraie nuit, plus ravissante, plus consolante que toutes les vraies nuits, la nuit choisie, ouverte à tous, offerte à tous, plus généreuse, plus dispensatrice de bienfaits que toutes les institutions de charité et que toutes les églises, la nuit où se consolent toutes les hontes, om vont se perdre tous les désespoirs, et où se lave toute la jeunesse de l'affreuse crasse d'adolescence.

C'est une femme jeune et belle. Elle est en costume de cour. On ne saurait lui en imaginer un autre, on ne saurait rien lui imaginer d'autre que ce qu'elle a déjà, que ce qu'on voit. Les hommes se perdent pour elle, ils tombent sur son sillage comme des quilles et elle avance au milieu de ses victimes, lesquelles lui matérialisent son sillage, au premier plan, tandis qu'elle est déjà loin, libre comme un navire, et de plus en plus indifférente, et toujours plus accablée par l'appareil immaculé de sa beauté. Et voilà qu'un jour de l'amertume lui vient de n'aimer personne. Elle a naturellement beaucoup d'argent. Elle voyage. C'est au carnaval de Venise que l'amour l'attend. Il est très beau l'autre. Il a des yeux sombres, des cheveux noirs, une perruque blonde, il est très noble. Avant même qu'ils se soient fait quoi que ce soit on sait que ça y est, c'est lui. C'est ça qui est formidable, on le sait avant elle, on a envie de la prévenir. Il arrive tel l'orage et tout le ciel s'assombrit. Après bien des retards, entre deux colonnes de marbre, leurs ombres reflétées par le canal qu'il faut, à la lueur d'une lanterne qui a, évidemment, d'éclairer ces choses-là, une certaine habitude, ils s'enlacent. Il dit je vous aime. Elle dit je vous aime moi aussi. Le ciel sombre de l'attente s'éclaire d'un coup. Foudre d'un tel baiser. Gigantesque communion de la salle et de l'écran. On voudrait bien être à leur place. Ah ! comme on le voudrait. Leurs corps s'enlacent. Leurs bouches s'approchent, avec la lenteur du cauchemar. Une fois qu'elles sont proches à se toucher, on les mutile de leurs corps. Alors, dans leurs têtes de décapités, on voit ce qu'on ne saurait voir, leurs lèvres les unes en face des autres s'entrouvrir, s'entrouvrir encore, leurs mâchoires se défaire comme dans la mort et dans un relâchement brusque et fatal des têtes, leurs lèvres se joindre comme des poulpes, s'écraser, essayer dans un délire d'affamés de manger, de se faire disparaître jusqu'à l'absorption réciproque et totale. Idéal impossible, absurde, auquel la conformation des organes ne se prête évidemment pas. Les spectateurs n'en auront vu pourtant que la tentative et l'échec leur en restera ignoré. Car l'écran s'éclaire et devient d'un blanc de linceul.


La comparaison avec les textes de grands écrivains sur des séances de cinéma serait cruelle pour Duras. Contentons-nous d'en reproduire un ci-dessous (extrait prélevé dans Le Voyage au bout de la nuit de Céline) et de renvoyer au Spectateur nocturne, anthologie de Jérôme Prieur (Paris, Cahiers du cinéma, 1993).

Il faisait dans ce cinéma, bon, doux et chaud. De volumineuses orgues tout à fait tendres comme dans une basilique, mais alors qui serait chauffée, des orgues comme des cuisses. Pas un moment de perdu. On plonge en plein dans le pardon tiède. On aurait eu qu'à se laisser aller pour penser que le monde peut-être, venait enfin de se convertir à l'indulgence. On y était soi presque déjà.

Alors les rêves montent dans la nuit pour aller s'embraser au mirage de la lumière qui bouge. Ce n'est pas tout à fait vivant ce qui se passe sur les écrans, il reste dedans une grande place trouble, pour les pauvres, pour les rêves et pour les morts. Il faut se dépêcher de s'en gaver de rêves pour traverser la vie qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes. On choisit parmi les rêves ceux qui vous réchauffent le mieux l'âme. Pour moi, c'était je l'avoue, les cochons. Faut pas être fier, on emporte d'un miracle ce qu'on peut en retenir. Une blonde qui possédait des nichons et une nuque inoubliables a cru bon de venir rompre le silence de l'écran par une chanson où il était question de sa solitude. On en aurait pleuré avec elle.

C'est ça qui est bon ! Quel entrain ça vous donne ! J'en avais ensuite, je le sentais déjà, pour au moins deux journées de plein courage dans la viande. Je n'attendis même point qu'on ait rallumé dans la salle. J'étais prêt à toutes les résolutions du sommeil maintenant que j'avais absorbé un peu de cet admirable délire d'âme.

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CAMI BIS

30 Décembre 2008, 00:02am

Publié par Mister Arkadin

L'une des faiblesses d'un blog provient de l'empressement que l'on met bien souvent à publier un billet avec plus de précipitation que de science. Elle est compensée par l'avantage que constitue la possibilité d'y revenir dès que l'on en sait un peu plus, le lendemain même quand on a la chance d'avoir quelques correspondants plus savants que soi, comme je le fais aujourd'hui à propos de Cami.

Un ami me signale que John Crombie est non seulement l'auteur de la biographie signalée dans la notice de Wikipédia (Cami : une bibliographie illustrée. Paris : Kickshaws, 2005, 34 p.), à laquelle il n'est d'ailleurs peut-être pas complètement étranger (quelques compléments ici), mais aussi un boulimique activiste caminaresque : édition d'incunables (dans une collection spécialement créée aux éditions Kickshaws), conférences, expositions, etc. Une recherche croisée Cami / Crombie permet en effet de retrouver moult traces de nos deux compères sur le Net, dont : (

- un article dans Le Magazine du bibliophile (n°57, octobre 2006, « Crombie : la folie Cami ») ;

- une édition originale des deux scénarios écrits par Cami pour Chaplin, avec des illustrations de Cami ;

- des festivités camicologiques ;

- un livre signé par deux autres passionnés, Christian Moncelet et Jacques Rouvière, Redécouvrir CAMI, humoriste-"loufock", paru en novembre 2008 aux Editions Marrimpouey ;

- une émission de radio sur France Culture (« Jeux d'archives », 21 octobre 2006).

Un autre ami me signale que Claude Beylie et Philippe d'Hugues ont consacré quelques pages aux rapports entre Cami et le cinéma dans leurs Oubliés du cinéma (Paris, Cerf, 1999). Pas mal de choses à glaner en effet dans ces « camineries » (p.231-235), où je prélève l'illustration de ce billet.

Comme quoi, pas de raison, Mister Tarantino, d'opposer le livre et l'Internet. Ils se complètent et il convient juste de ne pas se limiter à l'un, ou l'autre, la meilleure source d'informations étant parfois la troisième : le bouche-à-oreille.

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CAMI

29 Décembre 2008, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

« J'ai fait des recherches, pas sur Internet, hein, Internet ça craint, c'est souvent faux. Il faut regarder DANS LES LIVRES ! Si vous n'allez pas en bibliothèque, vos recherches ne vaudront rien. » Bien que l'on puisse me taxer de « rat de bibliothèque » sans que j'en prenne ombrage, ces sentences livrées par Quentin Tarantino à Bertrand Tavernier (1) me paraissent pour le moins excessives. Sur maints sujets très pointus, il n'a cependant pas tort (quoique sur bien d'autres, l'inverse serait vrai - pas grand-chose en volume, moult renseignements, parfois tout à fait fiables, sur Internet). Ainsi n'ai-je quasiment rien trouvé sur Internet à propos de l'écrivain et humoriste Cami (1884-1958), même si la fiche de Wikipédia est déjà une précieuse "ébauche" (2). La seule illustration que je puis reproduire ci-contre a été mise en ligne par le Conseil général de la Nièvre pour annoncer une exposition organisée au Musée municipal de la Charité-sur-Loire à l'été 2008 pour le cinquantenaire de la mort de Cami (3). Pour faire plus ample connaissance avec ce facétieux personnage, rendez-vous une fois de plus dans Fascination (n°22, 4ème trimestre 1983, « Les classiques du second rayon », p.4-9), pour un portrait signé Georges de Lorzac (i.e. Jean-Pierre Bouyxou) et la reproduction du Singe-ténor ou quadrumane et fatalité, conte en deux actes tirés du recueil Trêve... de plaisanteries. Est bien entendu évoqué son principal titre de gloire en matière cinématographique, à savoir l'affection que Charles Chaplin portait à Cami. Voici à ce propos la couverture du beau numéro de La Baïonnette que ce dernier consacra à Charlot :


(1) Propos recueillis dans Amis américains (Institut Lumière / Actes Sud, 2008) ; extrait reproduit dans Libération, 10 décembre 2008, p.30).

(2) À voir aussi quelques pages sur les pastiches de Dumas perpétrées par Cami : ici.

(3) A propos de cette commémoration, qui ne figurerait pas à l'inventaire du Haut Comité des Célébrations Nationales, Le Magazine du bibliophile (n°75, juillet-août 2008, p.32) reproduit une photo de Cami avec Charles Chaplin (datant sans doute de 1921). 

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LE "FAUX GRAND ART" DE CARCO

26 Décembre 2008, 00:02am

Publié par Mister Arkadin

Marc Laudelout, dans son indispensable Bulletin célinien (n°303, décembre 2008, p.21), nous rappelle que le poète et romancier François Carcopino, dit Carco, est mort à Paris il y a cinquante ans, en profitant de cet anniversaire pour faire le point sur ses rapports avec Céline. Laudelout juge l'homme Carco peu sympathique, notamment parce qu'il rejoignit le camp des Intransigeants à la Libération, sans un mot de soutien pour les relations vichyssoises qui auraient facilité son exil et celui de son épouse juive en Suisse fin 1942, ni pour Brasillach (dont il refusa de signer la pétition de grâce).

Ce ne sont pas ses propos peu amènes pour le cinéma qui nous le rendront plus sympathiques. À la fin des années 1930, notamment dans le texte que je reproduis ci-dessous (1) (2), Carco fit mine de s'y être intéressé (« nous avons cru jadis en lui »), après s'en être fait le détracteur une dizaine d'années auparavant. Charles Chaplin fut l'une de ses cibles privilégiées, comme je l'ai rappelé dans mon livre sur les premières batailles critiques que connut le cinéma durant les années 1910-1920 (chapitre « La querelle de 1927 », p.176). Il avait par exemple déclaré à Cinémagazine (26 février 1926, n°9, p.421-422) qu'il n'aimait guère Charlot, puis confié à Frédéric Lefèvre, lors d'un entretien qui fut publié par Les Nouvelles Littéraires le 14 août 1926 (p.1-2), qu'il approuvait tout à fait l'attaque d'André Suarès (3) contre Chaplin et qu'il considérait lui-même que « Charlot, [c'était] l'effet, la grimace, le clin d'œil de complicité avec le public ou le metteur en scène, la roublardise, la fausse pitié, le faux grand art ».

Carco mérite sans conteste de figurer dans l'anthologie de textes cinéphobes de langue française que je prépare (sous le titre Contre le cinéma... tout contre, en hommage à qui vous savez).

Cependant, si une association des amis ou lecteurs de Carco se constituait, elle pourrait aussi s'intéresser à ses rapports au cinéma tels qu'ils ont été suivis par les hebdomadaires des années trente, dont Pour vous, l'index Calenge donnant à ce sujet les références suivantes :

- Pour Vous, n°151, 8 octobre 1931, p.11 : article de Jean Lasserre ;

- n°379, 20 février 1936, page 8 : « Ceux du milieu » (entretien avec Francis Carco) ;

- n°478, 12 janvier 1938, p.11 : « Francis Carco nous parle de "Rue sans issue" dont il a rédigé les sous-titres » (propos recueillis par Jean Vidal)

- n°495, 11 mai 1938, p.11 : « Où Francis Carco interprète le rôle de Francis Carco » (dans Prisons de femmes, de Roger Richebé), entretien.


(1) Ce texte de la brochure Mieux Vivre (n°2, février 1938), que sa conservation à la bibliothèque de l'IDHEC permit d'être connu des historiens du cinéma, ainsi que sa reproduction dans Les Cahiers de la cinémathèque (n°5, p.2-3), a déjà été repris dans Positif (n°480, février 2001, p.44-45).

(2) Ainsi que dans une série d'articles parus en 1937 dans Le Figaro.

(3) Suarès parlait pour sa part du « cœur ignoble de Charlot ».

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LE CINÉMA À L’ACADÉMIE ET SIMONE VEIL

23 Décembre 2008, 09:22am

Publié par Mister Arkadin

Malgré la tenue de ce blog, il m'arrive encore de publier des articles papier, quand j'estime que leur contenu est plus substantiel que les billets que je publie ici ou se prête mieux à une publication en revue. Le prochain va paraître dans Histoires Littéraires, que me fit connaître voici quelques années Jean-Paul Morel, l'excellent éditeur des écrits cinématographiques de Claude Aveline, Ricciotto Canudo et, prochainement, si mes renseignements sont bons, Elie Faure (dans une version préparée de longue date, bien plus complète que les recueils déjà parus et promettant de ce fait beaucoup). J'apprends, au détour d'un des portraits de son directeur Jean-Jacques Lefrère (éminent biographe de Lautréamont et de Rimbaud, bientôt de Céline) publiés ces jours-ci dans la presse, qu'il s'agit d' « une revue de qualité mêlant analyses pointues et chroniques impertinentes » (L'Express, 18 décembre 2008). Je m'en étais rendu compte à sa lecture, mais ignorait que sa grande réputation (parfaitement méritée au demeurant) excédait le petit milieu des études littéraires. Heureusement ma foi, car, sinon, il est probable qu'intimidé, je n'aurais pas osé lui proposer un fort modeste papier intitulé « L'"Entrée des artistes" : Jean-Loup Dabadie et le cinéma à l'Académie ». Je m'efforce d'y montrer que le raccourci journalistique, repris dans quasiment tous les articles annonçant l'élection de Dabadie et présentant celle-ci comme l'introduction des arts mineurs, en particulier le cinéma, dans le sein des seins de la vie intellectuelle était abusif (1).

Le goût du paradoxe pourrait m'inciter à écrire qu'avec l'élection de Simone Veil, l'Académie continue de s'intéresser aux personnalités ayant un rapport étroit avec le cinéma. Dans le cas de la Conscience et de la Sagesse de la France, le rapport est mince (2). Il me semble cependant mériter d'être signalé. Dans le dernier chapitre d'Une vie (Stock, novembre 2007), « La lumière des justes », Simone Veil revient en effet longuement (p.325-329) sur son opposition, alors qu'elle siégeait au conseil d'administration de l'ORTF, au début des années 1970, à l'achat du Chagrin et la pitié. Persévérante, comme aurait dit Daney, elle juge toujours ce documentaire « injuste et partisan », n'épargnant au spectateur « aucun raccourci mensonger », surfant sur la pensée dominante d'alors (qui demeure plus que jamais en vigueur), « tout aussi simplificatrice » que la précédente, notamment en ne rendant pas justice aux Français qui ont permis que la France soit « de loin le pays où le pourcentage de Juifs déportés s'était révélé le plus faible ». Vu l'idolâtrie dont jouit désormais Marcel Ophuls et les révérences que suscite quasi unanimement son film (remember Annie Hall !), vu l'inquisition qu'a fréquemment dû subir à ce sujet Simone Veil (par exemple dans une émission d' "Arrêt sur images" où Daniel Schneidermann, d'ordinaire mieux inspiré, s'acharna à essayer d'obtenir l'aveu d'une erreur, sinon d'une faute), la fidélité à ses convictions mérite un coup de chapeau (3).


(1) Il n'a en revanche guère été noté que, d'une certaine façon, le Nobel de littérature avait lui aussi célébré un cinéphile, l'avant-dernier livre de Jean-Marie Gustave Le Clézio s'intitulant Ballaciner, ouvrage qui présente l'avantage d'être aussi vite lu qu'oublié.

(2) Il sera un peu plus étroit le jour, prochain n'en doutons pas, où sera adaptée à l'écran sa biographie, qui est loin d'être aussi indigente littérairement que de mauvais esprits l'ont sous-entendu en s'offusquant qu'un "non-écrivain" soit reçu à l'Académie française. 

(3) Par ailleurs, Simone Veil reproduit dans son livre le discours qu'elle prononça le 26 novembre 1974 à l'Assemblée nationale pour appuyer la dépénalisation de l'avortement. La meilleure manière de rappeler qu'elle n'est pas responsable des dérives qu'a connues la loi qui porte son nom, comme le démontre Thierry Bouclier dans La République amnésique (Éditions Rémi Perrin, septembre 2008).

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BÉRAUD SELON "1895"

17 Septembre 2008, 23:16pm

Publié par Mister Arkadin

Depuis quelques années, la revue de l’Association française de recherche en histoire du cinéma (AFRHC), 1895, publie de plus en plus de notes de lecture, de taille très variable et dont les deux principales qualités, mis à part le simple fait qu’elles sont publiées régulièrement (Dieu sait si est précieuse l’information bibliographique pour les chercheurs en histoire), sont de ne pas se limiter aux livres, tous types de publications pouvant faire l’objet d’un recensement (catalogue, revues, plaquettes, etc.), et de ne pas se limiter au domaine français, ni même franco-anglo-saxon, les publications d’autres pays étant largement représentées, en particulier les publications italiennes (très abondantes en matière de cinéma), suisses et russes (on aura reconnu là deux des principaux centres d’intérêt de François Albéra, secrétaire de rédaction de la revue).

La dernière livraison (n°55, juin 2008) offre une belle moisson, dont je prélève sans vergogne la note suivante (page 247) :

La Gerbe d’or, roman de Béraud, contient une des plus belles descriptions de séance du cinéma des premiers temps. Chardère l’avait citée lors du Centenaire dans un article et on pouvait rêver de trouver d’autres liens avec le cinéma dans l’œuvre de romancier et de journaliste de cet auteur oublié aujourd’hui (après une compromission impardonnable durant l’Occupation). Heu, déjà thuriféraire du mal connu Émile Vuillermoz s’est attelé à cette tâche paradoxale. En effet il n’y a a priori aucun rapport entre Béraud et le cinéma : ni scénario, ni critique de film… Pourtant la moisson est abondante et passionnante : adaptations, fréquentations du monde du cinéma (il est l’ami de Vuillermoz mais aussi bien d’Epstein ou de Jeanson) et multiples allusions dans des textes. Béraud se révèle au centre d’un ensemble qui brille même d’une révélation, la filiation, tue par Henri Jeanson et Christian-Jaque, entre Un revenant et le roman de Béraud Ciel de suie.

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