Mister Arkadin

LE CINÉMA À L’ACADÉMIE ET SIMONE VEIL

23 Décembre 2008, 09:22am

Publié par Mister Arkadin

Malgré la tenue de ce blog, il m'arrive encore de publier des articles papier, quand j'estime que leur contenu est plus substantiel que les billets que je publie ici ou se prête mieux à une publication en revue. Le prochain va paraître dans Histoires Littéraires, que me fit connaître voici quelques années Jean-Paul Morel, l'excellent éditeur des écrits cinématographiques de Claude Aveline, Ricciotto Canudo et, prochainement, si mes renseignements sont bons, Elie Faure (dans une version préparée de longue date, bien plus complète que les recueils déjà parus et promettant de ce fait beaucoup). J'apprends, au détour d'un des portraits de son directeur Jean-Jacques Lefrère (éminent biographe de Lautréamont et de Rimbaud, bientôt de Céline) publiés ces jours-ci dans la presse, qu'il s'agit d' « une revue de qualité mêlant analyses pointues et chroniques impertinentes » (L'Express, 18 décembre 2008). Je m'en étais rendu compte à sa lecture, mais ignorait que sa grande réputation (parfaitement méritée au demeurant) excédait le petit milieu des études littéraires. Heureusement ma foi, car, sinon, il est probable qu'intimidé, je n'aurais pas osé lui proposer un fort modeste papier intitulé « L'"Entrée des artistes" : Jean-Loup Dabadie et le cinéma à l'Académie ». Je m'efforce d'y montrer que le raccourci journalistique, repris dans quasiment tous les articles annonçant l'élection de Dabadie et présentant celle-ci comme l'introduction des arts mineurs, en particulier le cinéma, dans le sein des seins de la vie intellectuelle était abusif (1).

Le goût du paradoxe pourrait m'inciter à écrire qu'avec l'élection de Simone Veil, l'Académie continue de s'intéresser aux personnalités ayant un rapport étroit avec le cinéma. Dans le cas de la Conscience et de la Sagesse de la France, le rapport est mince (2). Il me semble cependant mériter d'être signalé. Dans le dernier chapitre d'Une vie (Stock, novembre 2007), « La lumière des justes », Simone Veil revient en effet longuement (p.325-329) sur son opposition, alors qu'elle siégeait au conseil d'administration de l'ORTF, au début des années 1970, à l'achat du Chagrin et la pitié. Persévérante, comme aurait dit Daney, elle juge toujours ce documentaire « injuste et partisan », n'épargnant au spectateur « aucun raccourci mensonger », surfant sur la pensée dominante d'alors (qui demeure plus que jamais en vigueur), « tout aussi simplificatrice » que la précédente, notamment en ne rendant pas justice aux Français qui ont permis que la France soit « de loin le pays où le pourcentage de Juifs déportés s'était révélé le plus faible ». Vu l'idolâtrie dont jouit désormais Marcel Ophuls et les révérences que suscite quasi unanimement son film (remember Annie Hall !), vu l'inquisition qu'a fréquemment dû subir à ce sujet Simone Veil (par exemple dans une émission d' "Arrêt sur images" où Daniel Schneidermann, d'ordinaire mieux inspiré, s'acharna à essayer d'obtenir l'aveu d'une erreur, sinon d'une faute), la fidélité à ses convictions mérite un coup de chapeau (3).


(1) Il n'a en revanche guère été noté que, d'une certaine façon, le Nobel de littérature avait lui aussi célébré un cinéphile, l'avant-dernier livre de Jean-Marie Gustave Le Clézio s'intitulant Ballaciner, ouvrage qui présente l'avantage d'être aussi vite lu qu'oublié.

(2) Il sera un peu plus étroit le jour, prochain n'en doutons pas, où sera adaptée à l'écran sa biographie, qui est loin d'être aussi indigente littérairement que de mauvais esprits l'ont sous-entendu en s'offusquant qu'un "non-écrivain" soit reçu à l'Académie française. 

(3) Par ailleurs, Simone Veil reproduit dans son livre le discours qu'elle prononça le 26 novembre 1974 à l'Assemblée nationale pour appuyer la dépénalisation de l'avortement. La meilleure manière de rappeler qu'elle n'est pas responsable des dérives qu'a connues la loi qui porte son nom, comme le démontre Thierry Bouclier dans La République amnésique (Éditions Rémi Perrin, septembre 2008).