Mister Arkadin

Articles avec #publications

FELLINI EN LIVRE, EN EXPO, ET SANS MOI

19 Juin 2009, 23:20pm

Publié par Mister Arkadin

Recevant l'annonce, reproduite ci-dessous, de la parution prochaine de Fellinicittà, ouvrage co-édité par les éditions La Transparence et par la Fondation Fellini pour le Cinéma, sous la direction du dynamique Jean-Max Méjean (critique que l'on peut lire, entre autres, dans Jeune cinéma et dans un blog hébergé par le Nouvel Observateur), je suis partagé entre le regret de ne pas avoir participé à son écriture, alors que j'y avais été invité, et la satisfaction d'avoir pour une fois su me résoudre à répondre défavorablement à une sollicitation, étant donné que mon emploi du temps n'aurait même pas dû me permettre d'hésiter à décliner l'offre, aussi généreuse fût-elle !

Quoi qu'il en soit, le volume et l'exposition auquel il est lié s'annoncent somptueux et s'inscrivent dans la tendance, très marquée actuellement, au rapprochement entre cinéastes et salles d'exposition, dont j'ai commencé à rendre compte ici.


« Textes, dessins et photographies réunis par Jean-Max Méjean, accompagnés de "Teatro Numero Cinque", un film de Dominique Delouche

Environ 60 auteurs - écrivains, artistes, universitaires, collaborateurs et proches du Maestro - contribuent à ce volume richement illustré consacré à l'univers de Federico Fellini. Cette publication coïncide avec l'exposition qui se déroulera du 20 octobre 2009 au 3 janvier 2010 au Jeu de Paume et la rétrospective organisée en octobre 2009 à la Cinémathèque française. Nous préparons également quelques événements avec nos partenaires (exploitants de salles et libraires). »

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BLOG VS. REVUE, À PROPOS DE L'ÎLE

16 Juin 2009, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

Après Stalker, blog de Juan Asensio, j'incite mes lecteurs à prendre connaissance d'une défense du film L'Île, aussi virulente qu'argumentée (aussi est-elle digne des écrits subversifs recensés ici), par notre camarade Timothée Gérardin (de "Fenêtre sur cour"), contre « Pavel Lounguine : Cinéma et Orthodoxie à la mode Poutinienne », article de Cécile Vaissié paru dans La Règle du jeu (janvier 2009).

Je donnerais volontiers raison à Gérardin sur parole, mais, n'ayant pas encore eu l'occasion de consulter ce numéro de La Règle du jeu - d'où vient que je ne me sens pas le cœur d'acheter la revue de l'illustre cinéaste Bernard-Henri Lévy, auteur de l'unique (les méchants disent l'inique) Le Jour et la nuit ? -, je me contenterai de voir dans cette polémique une confirmation, parmi d'autres, que les débats les plus intéressants sur les films n'ont pas (plus ?) lieu dans les revues de cinéma, mais dans la presse et les revues, parfois à la radio, et maintenant sur le Net, l'étude des interactions entre ces médias en matière de discussion sur le cinéma restant à faire.

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DE L’HORRIBLE DANGER DES LECTURES… CINÉMATOGRAPHIQUES ?

29 Mars 2009, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

Une brillante chaîne de billets sur « l'horrible danger de la lecture » s'est propagée il y a trois ou quatre mois sur quelques blogs littéraires :

- « La cave du Dr Orlof »;

- « café du commerce » ;

- « Château de sable » (« mauvaises lectures » ; « suite »).

J'en ai pris connaissance à partir du site "Cinématique". Je m'étonne que le si perspicace Ludovic Maubreuil n'ait pas songé à poser la question de possibles écrits subversifs (ou se croyant tels, parfois...) sur le cinéma. Les pamphlets ne manquent pourtant pas en la matière.

Le dernier en date a été publié par Philippe Person dans Le Monde diplomatique (février 2009, p.27 ; extrait disponible sur le site du Monde diplomatique). « A-t-on le droit de critiquer la nouvelle vague ? », s'interroge-t-il. Peut-être aurait-il pu ajouter au titre "encore", les mises en cause de la Nouvelle Vague n'ayant pas manqué, comme on le verra plus loin (Compléments 1 et 4).

Quoi qu'il en soit, voici une ébauche d'inventaire (que je complèterai progressivement) (C2) de textes ou livres sur le cinéma ayant fait scandale ou ayant "remué" les milieux du cinéma ou de la cinéphilie, certains ayant valu à leur auteur un procès :

- Émile Vuillermoz, « Naïveté », Le Temps du 31 août 1921 (p.1, billet signé V.) :

« Le cinéma, cette industrie qui devrait être un art, compte un assez grand nombre d'ennemis acharnés. Mais il n'en a pas de plus dangereux que certains de ses défenseurs naturels. C'est dans sa propre famille que se recrutent généralement les plus féroces tortionnaires. Un exemple nouveau vient de nous en être offert par les loueurs de films qui ont cru devoir faire désormais précéder leur programme hebdomadaire de cette naïve prescription : "La critique à haute voix est interdite !" Insondable candeur ! Ces marchands peuvent-ils avouer plus maladroitement le peu de confiance que leur inspire leur marchandise ? »

- Paul Souday, « Le cinéma n'est pas un art », La Dépêche de Toulouse, 1927 (texte reproduit dans mon livre "Le Temps" du cinéma, à propos des querelles entre cinéphobes et cinéphiles durant les années 1920)

- Léon Moussinac, critique parue dans L'Humanité appelant à siffler le film Jim le Harponneur, ce qui lui valut d'être attaqué en justice par le magnat du cinéma français Jean Sapène (affaire sur laquelle je reviendrai peut-être, notamment en reproduisant un texte paru quelques semaines auparavant où L.Mouss s'en prenait encore plus directement à Sapène, d'où le courroux de celui-ci).

- Georges Duhamel, Scènes de la Vie future, 1930

- Paul Morand, France la doulce, 1934

- Lucien Rebatet, Les Tribus du théâtre et du cinéma, 1941, dont une version en pdf est disponible ici

- Maurice Bardèche et Robert Brasillach, Histoire du cinéma, 1943

- « Le Corbeau est déplumé » (non signé ; œuvre de Georges Adam et Pierre Blanchar, selon Olivier Barrot) (reproduit par Barrot dans son livre sur L'Écran français, p.13-15), L'Écran français, 1944

- François Truffaut, « Une certaine tendance du cinéma français », Cahiers du cinéma, n°32, janvier 1954

- Raymond Borde, Freddy Buache, Jean Curtelain, Nouvelle Vague, 1962

- Henri Jeanson, « Petit dictionnaire de feu la nouvelle vague », Le Crapouillot, 1964

Il faudrait tout citer de ce savoureux dézinguage de près de trente pages, dans lequel Jeanson s'en prend à toutes les idoles d'alors (demeurées celles de certains clans critiques), notamment Truffaut, dont il démonte les "méthodes" de travail pour le texte mentionné plus haut. Contentons-nous de reproduire le texte sur Bazin, puisque un colloque récent vient de nous inciter à reconsidérer l'œuvre de ce critique que l'on nous enjoint de redécouvrir tous les quinze jours.


- Les Dossiers du « Canard » : « Ça, c'est du cinéma ! Le 7ème Art et la manière », n°24, juin 1987, 100 p.

- Serge Daney, critique du film Uranus paru dans Libération, qui entraîna la publication d'un droit de réponse par Claude Berri (affaire sur laquelle je reviendrai, en y mêlant... Rohmer et Truffaut)

- Claude Autant-Lara, Les Fourgons du malheur, 1987

L'un des rares (le seul ?) ouvrages de cinéma interdit.

- Jean-Paul Torök, Pour en finir avec le maccarthysme, 1999

- Lettre de Patrice Leconte à ses confrères cinéastes sur la critique

- Stéphane Zagdanski, La Mort dans l'œil. Critique du cinéma comme vision, domination, falsification, éradication, fascination, manipulation, dévastation, usurpation, 2004

- Serge Kaganski, tribune parue dans Libération le 31 mai 2001 contre Amélie Poulain, "film lepéniste" (affaire dont il est question dans une discussion entre cinéphiles amateurs de Mad Movies qui recensent « Les perles de la critique » et sur laquelle Mathieu Kassovitz donne son point de vue ici)

- Alain Soral, « Cinéma. L'immoralité de l'exception culturelle », dans Jusqu'où va-t-on descendre ? (Abécédaire de la bêtise ambiante), Paris, Éditions Blanche, mai 2002, p.69-70 [Voir aussi les entrées Breillat, Carrière, Lévy et Renoir] ; « Cinéma (1) Remettons à sa place le cinéma de la "nouvelle vague" », « (2) L'étrange succès de "La vérité si je mens" » et « (3) », « Deneuve, Catherine ou les ravages de la chirurgie esthétique » et « Denis, Claire et l'art de l'ellipse », Socrate à Saint-Tropez, repris dans Abécédaires de la bêtise ambiante, Paris, Éditions Blanche, 2008, p.277-285 et 301-302.

À suivre...


P.S. 1 : À noter que des ouvrages de critiques ne portant pas sur le cinéma figurent parmi les "livres interdits" (essayer de les trouver sur e-bay, pour voir...), par exemple Les Décombres de Lucien Rebatet ou les deux Nuremberg de Maurice Bardèche. Il s'agit bien sûr de la situation en France et en Europe, Le Figaro rappelant opportunément, dans son supplément littéraire du 5 mars 2009 (p.7), à propos de la famille de Hitler (qui revendique ses royalties !), que Mein Kampf est en vente libre aux États-Unis (C3).

P.S. 2 : Je me permets de renvoyer à un petit texte de mon cru, « Critiques, encore un effort si vous voulez sortir de l'amnésie », qui dérangea légèrement et passagèrement le petit monde de la critique parisienne. Il s'agit du compte rendu d'un ouvrage, publié par le syndicat de la critique (sous la direction de Michel Ciment et Jacques Zimmer) en 1997, sur l'histoire et la situation de la critique de cinéma en France, que les Cahiers du cinéma avaient trouvé trop virulent pour être publié sans être allégrement caviardé et réécrit (dans leur « Courrier des lecteurs », qui plus est, afin de ne pas en assumer la responsabilité).


Compléments :
(C1) La vénération dont jouit la Nouvelle Vague demeure si prégnante que sa mise en cause persiste à susciter des levées de boucliers, par exemple d'adeptes du Forum des Cahiers du cinéma, regroupés au sein du collectif "Spectres du cinéma"
.

(C2) Ludovic Maubreuil, sous le titre « Cinématographiquement incorrect », me fait l'honneur de choisir le présent billet pour inaugurer une rubrique « Les uns et les autres », dans laquelle il signalera chaque vendredi un blog ou un site. Il précise qu'à propos de ces « enfers de bibliothèques », c'est sans grande surprise Céline qui suscite le plus de débats, voire de polémiques (par exemple ici), notamment Bagatelles pour un massacre. Cela me rappelle que j'avais moi-même prévu d'inclure ce titre dans ma liste de livres cinématographiquement subversifs, dans la mesure où de nombreuses pages y sont consacrées aux Juifs de Hollywood, dont Rebatet s'est inspiré, et à La Grande illusion.

(C3) Un lecteur érudit me signale que Mein Kampf n'est, pas plus que Bagatelles, interdit de publication en France. Sa rareté est indéniablement plus un problème de diffusion que de censure à proprement parler, de crainte des troubles à l'ordre public qui pourraient en résulter, la demande ne manquant pas (ce serait le livre le plus demandé à la Bibliothèque municipale de Lyon !). Car, vérification faite dans Electre, une édition récente de  Mein Kampf est disponible aux Nouvelles Éditions latines. Remarque pertinente donc, qui ne remet pas en question le fait que ce type de livres est plus facile à trouver aux États-Unis, qu'en France, et dont je me fais d'autant plus volontiers l'écho que mon texte entretient trop la confusion entre "livres interdits" (au sens de subversifs, et quasi tabou, quoique pas interdits au sens strict) et livres réellement interdits à la vente (aussi ai-je distingué sur ce point l'Autant-Lara).

(C4) L'un des plus vigoureux et argumentés pamphlets contre la Nouvelle Vague a paru en 1998 dans la revue L'Homme et la société (n°127-128, p.39-53 : « Tempête dans un verre d'eau ? Le phénomène "Nouvelle Vague" au prisme de la politique », par Jean-Pierre Garnier).

(C5) (7 septembre 2009) De nouveau à propos de Mein Kampf, l'érudit Pierre-André Taguieff a fait récemment un point complet sur les débats relatifs à la réédition "critique" qui est envisagée par le Land de Bavière (détenteur des droits) et le Conseil central des Juifs d'Allemagne.


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COUVERTURE ET TITRE ALTERNATIFS

3 Décembre 2008, 23:01pm

Publié par Mister Arkadin

Lors du "Libre journal du cinéma" de jeudi dernier, a été présenté un livre publié le 26 novembre dans la célèbre collection noire "Ramsay poche cinéma". Les auditeurs et lecteurs qui se sont reportés au script de l'émission, sur le blog de Radio Courtoisie, auront peut-être été surpris de noter la discordance entre le titre donné pour cet ouvrage, dont l'auteur serait Pierre Lherminier, Louis Delluc et le cinéma français, et la couverture reproduite (voir ci-contre), selon laquelle il s'agirait d'Écrits sur le cinéma français de Louis Delluc, présentés par Pierre Lherminier. La vérité est entre les deux, comme l'atteste la véritable couverture de l'ouvrage, reproduite ci-dessous (plus judicieuse, puisqu'y figure la une d'un numéro d'une revue dirigée par Louis Delluc, avec en vedette sa femme Ève Francis dans El Dorado de Marcel L'Herbier) : les "bons" auteur et titre sont bien ceux que j'avais transmis au responsable du blog consacré à Radio Courtoisie et Pierre Lherminier, à la suite de son essai sur « Louis Delluc et le cinéma français », propose bien une anthologie de textes de Louis Delluc, version condensée de l'édition intégrale des Écrits cinématographiques du second, que le premier publia voici vingt ans (un peu de la même façon qu'une anthologie de La Revue du cinéma de Jean George Auriol fut proposée par Gallimard bien après que Pierre Lherminier [toujours lui !] avait publié à la fin des années 1970 une édition intégrale préparée par Alain et Odette Virmaux). D'où sortaient donc cette "couverture" (ainsi que ce "titre") alternatifs ? C'est celle l'on peut trouver sur les librairies en ligne, par exemple alapage, alors qu'aujourd'hui encore aucune photo de la couverture n'est proposée dans le catalogue en ligne des éditions Ramsay. A contrario, la quatrième de couverture que propose alapage, également reproduite ci-dessous, est bien la bonne (avec le titre Louis Delluc et le cinéma français).

D'où vient cette anomalie ? Probablement de la diffusion précoce, par le service commercial des éditions Ramsay, d'une couverture provisoire, document de travail qui a finalement été modifié peu avant l'élaboration définitive de l'ouvrage, modification si tardive qu'elle n'a pu être prise en compte à temps par les sites de vente en ligne. Cette petite confusion présente au moins l'avantage pour les internautes d'avoir presque l'impression d'entrer dans les coulisses de la fabrication d'un livre, un repentir final lui étant subrepticement révélé. Cela me rappelle la découverte, au détour de quelques navigations sur le Net, du titre provisoire d'un ouvrage d'Antoine de Baecque, La Cinéphilie à Paris (je ne me souviens plus si étaient ajoutées des bornes chronologiques, ce qui correspondrait au contenu) (1), finalement sorti abusivement sous le titre trompeur La Cinéphilie (sous-titrée « Invention d'un regard, histoire d'une culture 1944 - 1968 »).

Je distille moi-même nombre d'informations sur mes travaux en cours. Nul doute que si certains d'entre eux voient le jour, leur confrontation avec ce que j'aurais pu en écrire sur ce site sera instructive !


Complément (21 avril 2009) :

(1) Je retrouve le titre (ou l'un des titres) d'abord prévu, non sur le Net, mais dans la présentation de Baecque comme auteur d'un article (« Dans le laboratoire des mauvais goûts ») paru dans La Revue des Deux Mondes (juillet-août 2002, dossier « Le temps du luxe », p.130) : « Il achève une Histoire de la cinéphilie à Paris (1944-1968), à paraître à la rentrée chez Fayard. » 

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LUNATIQUE FASCINATION DE BOUYXOU

5 Novembre 2008, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

L'indigence de Siné-Hebdo s'étant amplement confirmée (1), il devient de plus en plus difficile de bénéficier du "bienfait collatéral" dont je m'étais réjoui le 10 septembre dernier (ici). Dépenser chaque semaine deux euros pour un canard aussi faiblard uniquement pour y lire Bouyxou et Godin, qui ne sont au demeurant pas présents dans chaque numéro, c'est un peu trop (2) ! Quand donc l'un ou l'autre de nos nombreux centres de documentation sur le cinéma reprendra-t-il le travail d'Auguste Rondel (3), qui, dans l'entre-deux guerres, non content d'établir des recueils de presse sur les films et les personnalités du cinéma, en établissait également par titres de journaux et noms de critiques ? Voici encore une lacune qui justifierait la création de l'institut Mémoires de l'édition et de la documentation cinématographiques (le "Médoc") que j'appelais de mes vœux le 21 octobre dernier ().

À défaut de lire Jean-Pierre Bouyxou régulièrement dans Siné-Hebdo, il est possible de se consoler, amplement, en savourant le copieux dossier que la revue Lunatique (4) lui a consacré dans son numéro 78-79 (2008, p.192-317). Réalisé par Jean-Pierre Fontana, avec l'aide de Jean-Pierre Bouyxou, il comprend des textes de Nicole Brenez, Gudule, Brigitte Lahaie, Olivier Bailly, Christophe Bier, Jacques Boivin, Philippe Bordier, Laurent Chollet, Georges de Lorzac, Pierre Delannoy, Jean-Pierre Dionnet, Stéphane de Mesnildot, Yves Frémion, Noël Godin, Jacques Goimard, Bernard Joubert, Gérard Lenne, Roland Lethem, Yves-Marie Mahé, Raphaël-G. Marongiu, Alain Paucard, Alain Petit, Jean Rollin et Siné. Excusez du peu ! Même s'il y a du bon dans ces textes d'amis, voire du très bon (par exemple la reproduction des chroniques prononcées par Christophe Bier les 10 mars et 19 mai 2007 dans le cadre de « Mauvais genres », sur France Culture), c'est encore les parties autobiographique et bibliographique qui sont les plus passionnantes. Elles rendent pertinent le rappel par l'un des témoins, Philipe Bordier, d'une anecdote relative à Orson Welles. Celui-ci arrivant dans une salle assez peu remplie pour  y prononcer une conférence aurait déclaré : « Je m'étonne que vous soyez si peu et que je sois si nombreux. » Bouyxou n'a tout de même pas autant de talent et de talents que Welles, mais il en a assurément assez pour pouvoir reprendre la phrase à son compte.

Entre autres pages délectables et rappels de tous les hauts faits de Bouyxou, on lira bien sûr en priorité le récit de l'aventure Fascination et on appréciera qu'aient été repris les gouleyantes réponses de JPB aux questionnaires cinéphiliques de "Cinérivage" (les miennes, ici et , font pâles figures à côté !). Le dossier renvoie également très judicieusement au long entretien donné à Stéphane de Mesnildot par Bouyxou, en huit parties (disponible sur Daily Motion).

Enfin, ce numéro de Lunatique a paru trop tôt pour  qu'y soit annoncée la parution d'une « encyclopédie du cinéma érotique et pornographique français », baptisée Cinérotica, paraissant en kiosque depuis début octobre sous la direction de Christophe Bier (6) (24 livraisons mensuelles sont prévues ; espérons que les prochaines couvertures seront moins laides !). Le premier numéro, écrit par Italo Manzi, Frédéric Tachou, a fait l'objet d'un bon compte rendu par Albert Montagne. Quel rapport avec Jean-Paul Bouyxou, mis à part l'objet de cette publication (l'un de ses sujets de prédilection) ? Elle est accompagnée par un Dictionnaire du long métrage français érotique & pornographique. 16 et 35 mm, lui aussi dirigé par Christophe Bier et auquel collabore Jean-Pierre Bouyxou, où tous les films de ce genre sont recensés avec la plus extrême précision. Tant d'érudition pour un sujet que d'aucuns trouveront quelque peu frivole, cela donne le vertige ! Voilà au moins un travail bibliographique que n'aura pas à entreprendre le "Médoc"...

 


Note :

(1) Un exemple : l'éditorial de Siné paru dans le n°6 (15 octobre 2008), reproduit par Alain Soral sur son site le 20 octobre.

(2) Appel à mes quelques (généreux) lecteurs : s'ils vous arrivent d'acheter ou de trouver un numéro de Siné-Hebdo, prière de me le garder, que j'y prélève les chroniques des entartreurs : merci !

(3) La collection théâtrale Auguste-Rondel est conservée au Département des arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France.

(4) « Les Univers de l'imaginaire », Éditions Eons productions, Caëstre (59) ; www.eons.fr.

(5) La dernière partie de l'entretien revient elle aussi sur Fascination.

(6) Auteur du remarquable Censure moi. Histoire du classement X en France, Paris, L'Esprit frappeur, 2000, 208 p.

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L’ÉCRIT CONTRE L’ÉCRAN

12 Octobre 2008, 20:54pm

Publié par Mister Arkadin

Je commence dans ce billet une bibliographie relative à un phénomène de l’édition cinématographique, pas inédit mais qui prend de l’ampleur depuis quelques années. Il s’agit de recenser les ouvrages qui accompagnent ou suivent la sortie d’un film, non pour en faire la publicité, ni pour le "noveliser" (pour employer un anglicisme – ce que je réprouve d’ordinaire !) ou profiter de son succès, mais au contraire pour dénoncer un succès qui serait immérité et même dangereux. L’idée m’en est venue à l’annonce de la sortie, concomitante de celle du film de Laurent Cantet, d’un livre dénonçant la représentation de l’école véhiculée par Entre les murs, qui a été précédé de quelques semaines par la sortie d’un autre livre dénonçant pour sa part l’image des gens du Nord donnée par Dany Boon dans Bienvenue chez les Ch’tis. A l’inverse, certaines publications s’efforcent de venir au secours de films faisant polémique, souvent avant leur sortie, et parfois avant même que quiconque ne les ait vus – Mel Gibson étant le spécialiste de ce genre de controverses.

Gageons qu’un filon éditorial vient en tout cas d’être trouvé et que tout film rencontrant un succès à Cannes ou en salles, ou faisant scandale, sera désormais presque à coup sûr accompagné par un livre-dossier le stigmatisant comme une imposture, ou prenant sa défense contre la campagne de stigmatisation qu’il a subie. Rappelons que le procédé, pour légitime qu’il soit, présente néanmoins quelque danger, par exemple de se voir intenté un procès, comme ce fut le cas pour François Garçon.

Voici donc une ébauche de bibliographie, dans laquelle j’ai inclus une brochure (sur Kinsey) et un tract (sur Indigènes) :

- La Controverse de Valladolid, de Jean-Daniel Verhaeghe, sur un scénario de Jean-Claude Carrière : La Vraie controverse de Valladolid, par Jean Dumont, Éditions Critérion, 1995

http://ecx.images-amazon.com/images/I/5142Y8VPR6L._SS500_.jpg

- Apocalypto, de Mel Gibson : Les Mayas au risque de l’Histoire. Apocalypto : Mythes – Mystères - Polémique, par Martin Peltier, Editions Renaissance catholique, 2007

http://www.chire.fr/I-Grande-3912-les-mayas-au-risque-de-l-histoire--apocalypto-mythes-mysteres-polemique.net.jpg

- Bienvenue chez les Ch’tis, de Dany Boon : Les Ch'tis, c'était les clichés, par Elise Ovart-Baratte, Calmann-Lévy, 2008


- Le Cauchemar de Darwin, de Hubert Sauper : Enquête sur le cauchemar de Darwin, par François Garçon, Flammarion, 2007

- Dr. Kinsey, de Bill Condon : Kinsey en quelques questions – réponses, par Susan Brinkmann, Editions L’Homme Nouveau

- Etre et avoir et Entre les murs : L’École dans les griffes du septième art, par Véronique Bouzou, Editions de Paris, 2008 ; Bonnet d'âne... et Palme d'or. Au secours, notre école fonce dans le mur !, par Claire L'Hoër, Paris, Michalon, février 2009, 160 p.

- Indigènes, de Rachid Boudared : Les Pieds-blancs, par Marc-Edouard Nabe, tract du 24 octobre 2006

- Guide de la passion. 100 questions sur "La Passion du Christ", le film de Mel Gibson, Editions Pierre Téqui 

http://shop.upsylon.com/librediff/images/items/guidedelapassion_gd.jpg

- La Passion, de Mel Gibson : La Passion de Mel Gibson de A à Z, par Daniel Hamiche, Editions Sicre, 2004

- La Désinformation autour du film "Hors-la-loi", par Jean Monneret, Éditions Atelier Fol'Fer, septembre 2010

http://blog.rc.free.fr/blog_couvertures/la%20desinformation%20autour%20du%20film%20hors%20la%20loi.png 

- Dieu et les hommes dans le Coran, par Bernard Antony, Éditions Godefroy de Bouillon, novembre 2010 (commentaires sur le film Des dieux et des hommes en annexe)

http://2.bp.blogspot.com/_JKGEsriBDHM/TO0MU8f6RVI/AAAAAAAACZw/zqEr48Wsw1k/s1600/Sans+titre.bmp


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COHL EN CD-ROM

9 Octobre 2008, 23:10pm

Publié par Mister Arkadin

J’ai reçu il y a trois semaines le communiqué de presse que je reproduis ci-dessous. Je n’ai pas le temps en ce moment d’aller voir de plus près ce livre / CD-Rom sur l’un des pères du cinéma d’animation, mais me réjouis que le travail de Pierre Courtet-Cohl, disparu en début d’année, trouve cette nouvelle concrétisation, particulièrement adaptée à l’œuvre d’Émile Cohl.

Plus de détails sur le site de l’éditeur, Omniscience.


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Émile Cohl
L'inventeur du dessin animé

Un livre de Pierre Courtet-Cohl & Bernard Génin
Préface de Isao Takahata

Un livre-DVD pour découvrir l'homme qui inventa le dessin animé il y a 100 ans

Tout le monde connaît Walt Disney, mais qui a déjà entendu parler d'Émile Cohl ? La projection du film Fantasmagorie , le tout premier dessin animé, a eu lieu le 17 août 1908 au Théâtre du Gymnase à Paris. Émile Cohl, son réalisateur, fait partie des pionniers méconnus du cinéma qui, à l'instar d'autres Français comme les frères Lumière ou Georges Méliès, ont donné ses lettres de noblesse au cinéma.

Une biographie multimédia accessible à tous...

Ce beau livre tout en couleur, richement illustré de 600 photos et dessins, propose une lecture palpitante de la vie d'Émile Cohl. Entre anecdotes et détails pittoresques, le lecteur de 7 à 77 ans se laissera entraîner avec délices dans l'univers de l'inventeur du dessin animé.

De plus, cet ouvrage est accompagné de deux DVD édités par Gaumont Pathé Archives, qui comprennent l'intégralité des films existants d'Émile Cohl sur une musique originale du jazzman Bernard Lubat. Une expérience unique pour découvrir la créativité et la poésie de l'œuvre d'Émile Cohl.

... pour rencontrer le « père du dessin animé »

Émile Cohl a commencé sa carrière cinématographique, qui peut se résumer à quelque 300 films, à l'âge de 50 ans : 65 de ses films environ ont été retrouvés à ce jour.

Cette biographie présente, dans une première partie, tout ce qui a précédé l'invention du dessin animé. Émile Cohl, touche-à-tout de génie, fut tour à tour illustrateur, photographe, auteur, comédien, peintre, journaliste, magicien... Caricaturiste reconnu à la fin du XIXe siècle, élève d'André Gill, il flirtait avec les mouvements qui influencèrent plus tard les surréalistes.

Puis on le suit, dans la deuxième partie, de Paris à New York, de Gaumont à Éclair, en passant par Pathé, au gré de sa foisonnante production cinématographique.

La troisième partie raconte ses dernières années, jusqu'à sa mort à 81 ans en 1938 (à quelques heures d'intervalle de Georges Méliès), et montre l'influence de son œuvre, du cinéma de René Clair à celui de Jacques Tati, en passant par Norman McLaren ou Isao Takahata.

L'artiste raconté par son petit-fils 

C'est une longue série d'entretiens entre Pierre Courtet-Cohl et Bernard Génin qui est à l'origine de ce projet. Le livre né de cette collaboration a pour objectif de rétablir, auprès d'un large public, la mémoire d'un pionnier méconnu du septième art . Isao Takahata, fervent admirateur d'Émile Cohl, a logiquement tenu à le préfacer.

Pierre Courtet-Cohl (1938-2008) est le petit-fils d'Émile Cohl. Tout au long de sa vie, il a rassemblé et organisé les archives de son grand-père et œuvré pour sa mémoire. Il est rapidement devenu le spécialiste incontournable d'Émile Cohl.

Bernard Génin est journaliste et critique de cinéma. Il enseigne l'histoire du dessin animé à l'École supérieure de réalisation audiovisuelle. Il a publié récemment Le Cinéma d'animation aux Cahiers du cinéma.

Isao Takahata est un réalisateur japonais de dessins animés. Depuis 1968 et Horus, prince du Soleil , il travaille avec son ami Hayao Miyazaki. Après avoir réalisé beaucoup de films ensemble, et notamment des séries TV comme Heidi en 1974, ils cofondent en 1985 le studio Ghibli. C'est dans le cadre de cette structure qu'Isao Takahata a réalisé Le Tombeau des lucioles en 1988 et Mes voisins les Yamada en 1999.

Le sommaire :

– Préface d'Isao Takahata
– Avant-propos
– Introduction
– Les premières années
– Émile Cohl cinéaste
– Les dernières années
– Memento
– Filmographie

Un sommaire plus détaillé est disponible ici .

Informations pratiques :

Titre : Émile Cohl : L'inventeur du dessin animé
Auteurs : Pierre Courtet-Cohl, Bernard Génin, Isao Takahata
Éditeur : Omniscience
Nombre de pages : 176
Prix TTC : 39 euros
Date de parution : 1er octobre 2008
ISBN : 978 2 916097 16 9

Contact presse : Emmanuelle Courtet
e-mail : info@omniscience.fr
www.omniscience.fr

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JEAN BRÉRAULT, L’INSTITUTEUR CINÉASTE (1898-1973)

19 Août 2008, 23:02pm

Publié par Mister Arkadin

Je reproduis ci-dessous une note de lecture écrite pour la revue CinéScopie, qui porte sur le livre suivant : Josette UEBERSCHLAG, Jean Brérault, l’instituteur cinéaste (1898-1973), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne / IUFM Lyon-Saint-Étienne, juin 2007, 332 p.

Rappel : une petite liste de revues ayant consacré un dossier aux rapports entre cinéma et éducation.


Alors que la thèse de doctorat sur laquelle Josette Ueberschlag s’appuie portait sur « le film à intention heuristique, un média en faveur de l’apprentissage des sciences », Jean Brérault, l’instituteur cinéaste (1898-1973), comme son titre l’indique ouvertement, s’est focalisé sur le « premier instituteur à devenir cinéaste professionnel ». Bien qu’il faille toujours se méfier du risque d’attribuer à son "héros", à tel ou tel génial "inventeur", toutes les positions avant-gardistes dans les domaines qu’il a touchés (cf. l’histoire des origines de la critique, souvent réduite à la figure de Louis Delluc, voire l’histoire de l’émergence du cinéma lui-même, réduite à l’invention des frères Lumière), Josette Ueberschlag a fait feu de tout bois pour démontrer que Jean Brérault doit être considéré, non seulement comme une figure majeure du cinéma éducateur, mais comme un acteur non négligeable de l’histoire du cinéma à partir des années 1920. A cet égard, parmi les questions essentielles qui parcourent son ouvrage, quelques-unes peuvent tout simplement être formulées ainsi : « qu’est-ce que la nouveauté ? » ; « qu’est-ce qui fait événement en histoire ? » ; « comment certains hommes s’y sont-ils pris pour introduire du nouveau dans l’histoire ? ».

La biographie historique a longtemps été déconsidérée dans les milieux académiques, sous l’influence (quelque peu mal comprise) de l’École des Annales, qui n’aurait eu pour angles d’attaque que l’étude des mouvements d’ensemble, des caractéristiques économiques et techniques, sur la longue durée, de sociétés envisagées dans leur globalité. Le collectif serait à privilégier sur l’individuel ; la statistique sur le sentiment ; les mentalités sur la psychologie ; etc. Ce dédain de la biographie a vécu, d’abord parce que l’on s’est opportunément souvenu que de grands maîtres s’y étaient adonnés (Lucien Febvre et Fernand Braudel, par exemple), ensuite parce que de nouveaux maîtres ont pris le relais (Marc Ferro et Jacques Le Goff, en particulier), enfin parce que l’épistémologie a réhabilité ce genre qui ne fut donc jamais complètement délaissé (cf. François Dosse, Le pari biographique. Ecrire une vie, La Découverte, 2005).

Malgré tout, le préjugé contre la biographie demeure, notamment dans la discipline qui nous importe ici – les études cinématographiques. Sans doute parce que c’est le genre qui se vend le mieux, quand le sujet est connu ; a contrario, c’est peut-être celui qui se vend le plus mal, quand le personnage traité ne l’est pas. Ce serait un genre "facile", favorisant l’identification à une personne plutôt que la compréhension des mécanismes sociaux et culturels qui modèlent l’activité humaine. La biographie propagerait en outre une vision éculée de l’auteur de films, individu créateur détaché des contingences, ou devant être libéré de ses entraves pour pouvoir exprimer son univers propre ; elle favoriserait un auteurisme qui n’aurait plus lieu d’être. La visée des films scolaires étant, par définition, d’abord éducative plutôt qu’esthétique, cet écueil est moindre ici. Enfin, la biographie historique manquerait de scientificité car elle serait psychologisante, elle ressortirait d’une histoire vue par le petit bout de la lorgnette (mais Rohmer ne nous a-t-il pas montré que la lorgnette de son Anglaise ne manquait pas de pertinence ?) et ne pourrait quasiment pas échapper à une vision téléologique de l’histoire.

Je n’irai pas jusqu’à affirmer que le livre de Josette Ueberschlag est exempt de toute réserve à cet égard, mais il prouve amplement que la biographie historique, pour "monographique" qu’elle soit, ne manque pas forcément d’ambition. Se concentrer sur un personnage important, et polyvalent comme l’était Jean Brérault, puisqu’il fut « scénariste, réalisateur et monteur [chez Pathé Cinéma], mais également instituteur public, syndicaliste militant et homme engagé dans l’action politique [au moment du Front populaire notamment] » (ajoutons journaliste et écrivain de cinéma), permet en effet de tendre vers l’histoire globale du cinéma, ne serait-ce que parce que l’index des noms cités montre que bien peu d’aspects de l’histoire du cinéma échappent à une étude de ce type. Pour dire quel homme de cinéma fut Brérault, Josette Ueberschlag a dû démêler tout un écheveau de liens et fournir, comme par capillarité, une vue transversale d’un demi siècle d’histoire du cinéma. Elle offre en particulier des portraits relativement fouillés de toutes les personnalités que Jean Brérault a fréquentées (amis, appuis et relations), de toutes celles qui ont marqué l’histoire du cinéma éducatif (de Ferdinand Buisson à Robert Lefranc et son Centre audiovisuel de Saint-Cloud, en passant par Pierre Marcelle, sa CUC, et Marceau Pivert), toutes leurs activités étant replacées dans leur contexte (politique tout autant que cinématographique) et dans les débats de l’époque (« spécificité du film d’enseignement », « cinéma d’enseignement » muet ou commenté, choix des procédés techniques et des formats de films, etc.), et mises en perspectives.

Une densité d’informations assez vertigineuse est dès lors prodiguée, servie par la multiplicité des sources explorées et astucieusement exploitées (jusqu’aux laboratoires Boiron de Sainte-Foy-lès-Lyon !). Elles n’ont d’égale que la précision des références (aussi bien filmographiques que bibliographiques) et la variété des illustrations (photos, graphiques, tableaux, etc.). Le lecteur ne saura peut-être pas absolument tout sur Jean Brérault à la fin de ce livre ; il en saura cependant beaucoup sur l’histoire du cinéma éducateur en France, suffisamment pour poursuivre l’investigation, par ses propres recherches ou par l’attention pour les publications à venir sur le sujet, que n’aura pas manqué d’éveiller le beau travail de Josette Ueberschlag.

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L’OMBRE DU CINÉPHAGE

17 Août 2008, 05:28am

Publié par Mister Arkadin

Les rapports entre BD et cinéma sont plus forts que jamais. Des auteurs de BD se transforment de plus en plus fréquemment en cinéastes (Marjane Satrapi, bientôt Joann Sfar et Lewis Trondheim) et tout album un tant soit peu populaire fait l’objet d’une adaptation cinématographique (Largo Winch après Blueberry, et bien d’autres, avant le Tintin de Spielberg qui devrait enfin voir le jour). Il est d’autant plus étonnant que la bibliographie en la matière n’ait pas connu grand regain, le numéro de CinémAction dirigé par Gilles Ciment en 1990 demeurant la référence.

Parallèlement à l’amplification de la colonisation du cinéma par la BD, la présence du cinéma dans les BD ne faiblit pas. Aussi conseillerais-je la lecture des trois tomes de "L’Ombre du cinéphage", par Jean-Charles Gaudin et Laurent Gnoni (Toulon, Soleil productions) : Fondu au noir (2004), Flash-back (2005), Final Cut (2007). Je le fais d’autant plus volontiers que le thème de cette série est moins le cinéma fantastique (genre que je ne goute guère), que la cinéphilie elle-même, dont elle donne une image quelque peu conventionnelle, mais de façon très plaisante.


 

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LECTURES ÉTÉ

14 Août 2008, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

Cet été encore, ce sont des périodiques non spécialisés qui ont publié quelques-uns des articles les plus intéressants sur le cinéma.

Une fois n’est pas coutume, je conseille la lecture d’un entretien avec Arnaud Desplechin, paru dans Esprit (n°347, août-septembre 2008, « Pourquoi les films comptent-ils ? », p.191-219). Peut-être parce qu’il se confronte aux travaux de Stanley Cavell, en présence du philosophe américain qui plus est, Desplechin délaisse son ton sentencieux et son pédantisme habituels et se révèle éclairant et stimulant.

À lire également, dans Le Monde diplomatique (n653, août 2008, p.21), « Ni Dieu, ni maître, ni impôts », une présentation de « Ayn Rand, romancière fétiche de la droite américaine », version courte d’un article de François Flahaut, « De l’individu créateur à la droite américaine », paru dans la revue Communications (n°78, « L’idéal prométhéen », novembre 2005). Il faudra consulter le livre de François Flahau, Crépuscule de Prométhée (à paraître en novembre aux éditions Mille et une nuits), pour voir s’il donne quelques extraits du Guide des écrans pour les Américains, brochure écrite par Ayn Rand pendant le maccarthysme, que j’ai déjà signalée ici.

Ayant toujours pensé que Le Rebelle (1949), tiré par King Vidor du roman d’Ayn Rand The Foutainhead (1948, La Source vive) (1), était le nanar suprême, d’une grandiloquence même pas tempérée par l’humour, comme dans Duel au soleil, pétri d’un symbolisme de pacotille (le marteau-piqueur phallique !) et carrément fasciste, cela m’amuse aujourd’hui d’apprendre qu’il semble avoir été spécialement conçu pour devenir le film de chevet des ultra-libéraux américains. Il serait à rapprocher de Sergent York, autre concentré d’idéologie avec Gary Cooper. Et pendant ce temps là, Positif continue de chérir Vidor et Hawks tout en se voulant de gauche…


Note :

(1) Michael Caine nous apprend dans Le Figaro Magazine du 9 août 2008 (p.14) qu'il a donné à l'une de ses filles le prénom de l'héroïne de La Source vive, son livre préféré.

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