Mister Arkadin

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SINÉ-PHILE ?

9 Août 2008, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

À l’occasion de l’"affaire Siné" (1), le feuilleton qui mobilise l’intelligentsia parisienne cet été, auquel j’ai déjà consacré un bref billet, j’ai appris qu’il serait « l’un des plus grands dessinateurs de presse qui soit », y compris pour une partie de ceux qui lui donnent tort en l’occurrence (la citation est de Denis Olivennes, directeur du Nouvel Observateur, 7-13 août 2008, p.56). Ne gardant en mémoire de Siné que sa prestation assez pitoyable dans L’Avocat de la terreur, le documentaire de Barbet Schroeder sur Maître Vergès, j’ai cherché à savoir s’il avait fait du cinéma. Quasiment rien sur l’Imdb. En revanche, au hasard de quelques rangements dans mes collections, je suis tombé sur le fameux Manuel du parfait petit spectateur d’Ado Kyrou. Je ne me souvenais plus que les illustrations étaient de Siné. Une bonne raison à cela : à les regarder de nouveau, aucune ne m’a arraché le moindre sourire ! Cela m’inciterait presque à signer sa pétition de soutien. Car au moins le ferais-je pour le principe, et non parce que j’apprécierais la personne ou l’artiste.


(1) Les meilleures analyses sur cette affaire ont à mon avis paru sur le site Internet de l’hebdomadaire Marianne, sous la plume de Philippe Cohen, et sur le site d’Arrêt sur images, sous celles de Daniel Schneiderman et de ses collaborateurs. En ce qui concerne Philippe Val, plus que les nombreuses attaques dont il fait l'objet sur Internet (il le lui rend bien...), la conférence qu'il a donné sur « Rire et transgression » en novembre dernier (récemment diffusée sur France Culture et que l'on peut encore entendre sur son site) donne une idée du triste sir qu'il est devenu (comment peut-on être aussi barbant et sentencieux sur le rire ?!), la présentation de Philippe Val comme Grand Homme de la République des idées françaises étant contrebalancée par la conférence suivante (par Kader Aoun et quelques acolytes), qui brocarde allégrement l'invocation du "Rire de Résistance" comme galéjade récupérée par le Système.

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Y A-T-IL ENCORE UN LECTEUR DANS LA SALLE ?

23 Juillet 2008, 01:27am

Publié par Mister Arkadin

« Plus de rayon cinéma. » J’ai dû demander confirmation au libraire pour y croire vraiment. De retour d’un séjour à Lyon, je n’en reviens toujours pas que "Le Père penard", l’une des librairies de France les plus fournies en bouquins et revues d’occasion, délaisse le cinéma (essentiellement pour se spécialiser en BD). On y trouve encore ici ou là, à l’étage, dans ses nombreuses collections de périodiques anciens, quelques numéros sur le cinéma. Il est par exemple possible d’y acheter en ce moment les deux numéros sur le cinéma de la revue L’Age nouveau (« Devenir du cinéma », publié en 1955, et « Préhistoire du cinéma », 1960) ou tel bulletin des amis de Jean Giono sur Un roi sans divertissement. Mais c’est bien tout. Pour moi qui ai fréquemment enrichi au Père penard mes collections de revues de cinéma (Jeune cinéma par exemple) et surtout ma collection de numéros sur le cinéma publiés par des périodiques non spécialisés en cinéma (L’Ane, Art Press, Atlantis, le Bulletin des Amis d’André Gide, le Bulletin du Vieux Saint-Étienne, les Cahiers de l’histoire, les Cahiers de l’Université de Perpignan, les Cahiers de la Méditerranée, Dérives, Jungle, Lui, Masques, La Nef, Recherches soviétiques, etc.), c’est un choc. Maigre consolation, le rayon érotique résiste un peu à l’envahissement de la BD, mais n’offre que le dixième de ce que l’on pouvait y trouver il y a trois ou quatre ans.

Après ma déception d’avril, qui m’a vu revenir de Bruxelles avec à peine une valise de livres et revues en tous genres, alors qu’un coffre de voiture m’aurait été nécessaire quelques années auparavant, après la disparition de plusieurs librairies du cinéma, c’est un nouveau coup dur pour le collectionneur que je suis. Si les librairies abandonnent les unes après les autres la vente de périodiques, notamment de cinéma, j’imagine que c’est faute d’acheteurs. Mais, bientôt, faute de vendeurs, disparaîtront aussi les acheteurs potentiels, et sans doute aussi jusqu’aux derniers connaisseurs de la cinéphilie livresque. Ne subsisterait déjà plus qu’une "niche", comme l’a dénommée Antoine de Baecque lors d’un débat sur l’édition de livres d’histoire du cinéma, de 3 à 4.000 lecteurs. « Le cinéma a une réputation de sinistrose auprès des éditeurs » et « en termes économiques, l’édition de cinéma n’existe pas », a renchéri Michel Marie. Michel Ciment, à la fin de sa carrière, déplorait que les étudiants en cinéma ne lisent plus guère que Première ou Studio, plutôt que les Cahiers ou Positif ; au moins lisaient-ils encore quelque chose…
Lors de mon dernier passage à la librairie Gilda, j’ai tenté de revendre quelques numéros de revues, notamment de Cinémathèque. En vain : le libraire m’a expliqué qu’il n’achetait plus de revues, même Positif et les Cahiers, faute d’acheteurs. J’ai eu beau lui expliquer que s’il n’y avait plus d’offres, il n’y aurait bien sûr plus de demandes, que moi-même, si je n’avais pas déjà en double les numéros que je voulais lui vendre, je serais très heureux de les lui acheter, rien n’y fit. Je me souviens d’un dialogue de sourds similaire avec le libraire de Ciné Reflet. Il vendait ses Saisons cinématographiques trop cher pour que je puisse les lui acheter, mais ne voulait pas me prendre celles que je lui proposais, car il en avait trop en stock. Je suppose qu’il doit toujours les avoir dans ses cartons…

Certes, il pourrait m’être rétorqué que d’autres supports de lecture sont désormais privilégiés, qu’Internet supplée, avantageusement sur bien des points, le support papier, que ceci ne tuera pas cela, que d’autres canaux de vente se sont ouverts (e-bay, notamment), etc. Je les utilise moi-même largement, par ailleurs. La nostalgie ayant toujours fait bon ménage avec la cinéphilie, on me permettra toutefois d’y céder encore un peu.

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LES CRITIQUES AUXILIAIRES DU MARKETING

22 Juin 2008, 06:32am

Publié par Mister Arkadin

Les publicistes du cinéma rivalisent d’ingéniosité pour embrigader les critiques dans la promotion de leurs films. Ainsi est-il devenu presque systématique que des phrases des comptes rendus soient habilement prélevées pour vanter les films dans les placards publicitaires paraissant dans la presse. C’est fait de façon si astucieuse que même une critique négative peut se transformer en éloge en sélectionnant tel bout de phrase tronquée ! Une analyse de ce phénomène mériterait un petit travail universitaire, tant cette pratique renseigne aussi bien sur la représentation que se font les gens de cinéma des goûts du public et de ce qui peut inciter ce dernier à se rendre en salles et sur le clivage existant entre différents types de cinéma selon qu’ils sont soutenus par telle ou telle partie de la presse. Pour tel type de film, seront convoqués Libé et Les Cahiers, pour tel autre Le Parisien et Ciné Live.

L’une des caractéristiques les plus fréquentes (et récentes ?) de ce type de marketing est que l’avis de la presse est convoqué avant même la sortie du film en salles. Quand celui-ci a déjà été montré dans un festival, on peut imaginer que cet avis a été prélevé au moment du compte rendu de Venise, par exemple, comme dans le placard publicitaire ci-contre (Télérama étant mobilisé pour Brokeback Mountain, y compris son Ulysse, alors que celui-ci ne se manifeste normalement qu’à la sortie des films). Mais, désormais, un film n’ayant pas été présenté en festival, tel Sagan, peut bénéficier des dithyrambes journalistiques avant même la publication des critiques, comme ce fut le cas sur le placard découpé dans Le Figaro du 9 juin 2008, soit deux jours avant la sortie du film de Kiane Kurys, alors qu’au moins deux des publications cités, Télérama et Les Inrocks, n’en avaient pas encore rendu compte. Comment les publicitaires du cinéma se procurent-ils les textes à paraître et pourquoi les journaux acceptent-ils d’être utilisés avant même que le public ait pu lire l’intégralité de leurs comptes rendus ? Ce n’est hélas, et paradoxalement, que l’un des signes de la perte de considération qui touche la critique française.

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CHRONIQUE BUISSONNIÈRE DES ANNÉES 50

18 Mars 2008, 08:00am

Publié par Mister Arkadin

Philippe-d-Hugues.jpgAujourd’hui sort le nouveau livre de Philippe d’Hugues, mon "patron" et ami du "Libre journal du cinéma". Je reviendrai sans doute plus longuement sur cette Chronique buissonnière des années 50 (Éditions de Fallois, 198 p.) car une très large place y est faite au cinéma. D’ores et déjà, j’indique que l’auteur s’est déjà entretenu de son livre au micro de Radio Courtoisie, avec Hervé Coutau-Bégarie mardi dernier, et qu’il en sera probablement question au cours du prochain "Libre journal du cinéma" (auquel je ne participerai pas), jeudi 20 mars à midi. Il est également l'invité de William Leymergie sur Europe ("Viva quinquas", mercredi 19 mars, de 23h à 23h59).


Informations et liens complémentaires :

Philippe d’Hugues a présenté son ouvrage dans plusieurs émissions de radio :

-          Son propre Libre journal du cinéma, sur Radio courtoisie, le 20 mars : émission pouvant être récupérée ici ;

-          Le Libre journal de Philippe Maxence, sur Radio courtoisie, le 31 mars : émission pouvant être récupérée ici ;

-          Le Libre journal des Historiens, sur Radio courtoisie, le 3 avril : émission pouvant être récupérée ici ;

- Derrière la porte, sur Radio Bandera Nera, le 8 avril : émission pouvant être écoutée et récupérée ici.

- Libre journal d'Henry de Lesquen, sur Radio Courtoisie, le 9 juin : émission pouvant être récupérée ici.

- Libre journal de Jean Sévilla, sur Radio Courtoisie, le 20 juin : émission pouvant être récupérée ici.

- Au fil des pages, sur RCF, le 30 juin : émission pouvant être récupérée ici.

- Livres en poche d'Anne Brassié, sur Radio Courtoisie, le 31 juillet : émission pouvant être récupérée  ici.

 

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DIS-MOI COMMENT TU TRAITES LES FILMS, JE TE DIRAI QUEL JOURNAL TU ES

20 Février 2008, 15:14pm

Publié par Mister Arkadin

Je fais un grand usage de la presse sur ce site. Rien de plus normal, puisque une grande partie de mes travaux porte sur la critique et l’édition cinématographiques. On s’étonnera peut-être que je ne dédaigne pas les "gratuits", malgré leur mauvaise réputation.

 

Quand ils furent annoncés à Paris, je m’imaginais mal lire les mêmes canards que tous mes voisins de RER ou de métro. Ne m’enchantait guère la perspective d’une population entière plongée dans la lecture de la même information prédigérée, standardisée, tellement condensée que les simplifications ne pourraient qu’être abusives. Je suis revenu de ce préjugé. Non que je considère que la lecture de quelques gratuits puissent suffire à mon information, à celle de quiconque d’ailleurs, loin de là, mais elle ne me paraît pas moins utile que l’audition de quelques bulletins d’informations radiophoniques en se rasant ou en se lavant les dents. D’abord parce qu’il n’est pas possible de se faire une idée de l’opinion (en matière de réception des films, par exemple) sans étudier comment elle est modelée par ses principales sources d’information, les gratuits en faisant incontestablement partie. Ensuite parce qu’elle permet de disposer d’une sélection des nouvelles de l’AFP, qui donne des pistes pour aller ensuite chercher des informations et commentaires plus poussés, soit dans la "grande presse", soit sur le Net. Les gratuits offrent en sus une multitude de renseignements pratiques, dont le rappel des films sortant en salle le mercredi et les programmes télévisés du soir.

 
La-Valise.jpg
 

Le traitement de ces derniers fait l’objet d’une attention particulière dans les deux quotidiens gratuits du groupe Bolloré, Matin plus (devenu Direct matin plus depuis peu ; le premier créé, en partenariat avec Le Monde) et Direct soir. De pleines pages de pub y sont fréquemment publiées sur les programmes de Direct8, la chaîne dont Bolloré est également propriétaire. On n’est jamais si bien servi que par soi-même et Bolloré pouvait-il se priver d’une telle "synergie" entre ses divers médias ? Mais ses services de publicité ne sont pas les seuls à être mis à contribution, la rédaction mettant systématiquement en valeur, dans la sélection des programmes télé du soir, ceux de Direct8. Ainsi Coup de tête était-il hier « un chef-d’œuvre à (re)découvrir » ; ainsi le « bon scénario de Francis Veber », la « mise en scène efficace de Georges Lautner » et le « trio mythique » de La Valise ne pouvaient-ils être manqués lundi ; ainsi sommes-nous aujourd’hui alléché par l’annonce d’un « polar très efficace », Hold-up en l’air, dont nous n’avions jusqu’à présent jamais entendu parler.

 
Coup-de-t-te.jpg
 

Rien de bien grave certes, tant le procédé est voyant, le lecteur ne pouvant en être dupe. Sans doute est-il indifférent à cette publi-critique. Seulement, ce matraquage, en plus d’être à la longue probablement plus efficace qu’on ne pourrait croire et qu’on le voudrait, jette la suspicion sur l’ensemble des informations données par les deux quotidiens du groupe Bolloré. Peut-être est-il considéré que la rubrique sur les programmes de télévision relève strictement du divertissement et qu’elle pourrait, de ce fait, se soustraire aux règles déontologiques les plus élémentaires – qui voudraient qu’un quotidien ne soit pas transformé en organe de propagande pour son propriétaire. Néanmoins, qu’est-ce qui pourrait nous dissuader de penser que le reste de l’information, l’actualité politique et économique notamment, est traité de la même façon dans ces journaux ?

 

Cela me rappelle un entretien de Bertrand Tavernier dans lequel il disait acheter Le Monde et le lire passionnément tous les jours, sauf celui où était traité le cinéma, à cause de son manque de confiance dans l’équipe de journalistes parlant des films, accusée de mauvaise foi et de dogmatisme. Il ne semblait pas lui venir à l’esprit que, si sa connaissance du cinéma lui permettait de juger du travail des journalistes ciné du Monde, sa moindre connaissance d’autres domaines ne lui permettait pas de déceler si ceux-ci n’étaient pas traités de façon aussi biaisée et malhonnête, une apparente objectivité camouflant savamment des partis pris systématiques. Or, maintes personnes m’ont dit exactement la même chose sur d’autres rubriques du Monde, qui sur le traitement des conflits du Proche Orient, qui sur l’éducation, un troisième sur la santé, etc., moi-même étant très agacé par les innombrables bourdes que l’on trouvait alors dans les articles sur le tennis.

 

Doit-on en conclure qu’il suffirait de se faire un avis sur une rubrique d’un journal pour juger de celui-ci dans son ensemble ? Bien sûr que non. Mais le traitement des films donne tout de même de précieux indices. À cet égard, Direct matin plus et Direct soir n’inspirent guère confiance.

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L’ÉDITION CINÉMATOGRAPHIQUE EN FRANCE

11 Février 2008, 00:42am

Publié par Mister Arkadin

Je viens de publier un papier dans lequel, sans aller jusqu’à m’en plaindre, je m’étonne qu’un de mes ouvrages ait été reproduit sur Google Print sans mon consentement et sans même que j’en sois averti. Je me livre, d’une certaine façon, à un exercice un peu similaire en reprenant ci-dessous un article que j’ai fait paraître il y a quelques années dans la revue d’études cinématographiques québécoise CINéMAS (vol. 13, n°1-2, automne 2002, p.219-228). Je le fais sans l’en informer, agissant de la manière qu’elle, puisque, après sa parution en volume (en décembre 2003), elle l’a mis en ligne ici (version pdf). J’avais certes reçu une sorte de demande d’autorisation de publication sur Internet, sous forme de contrat, mais ne l’avais pas retournée, et ne l’ai pas plus fait depuis que j’ai découvert mon article sur le Net.

 

La version qui est reproduite ci-dessous n’est pas exactement la même que celle que l’on trouve dans la revue CINéMAS. Il s’agit de la dernière version sur laquelle nous étions tombés d’accord avec les responsables de la publication, après plusieurs échanges de vue par courriels (fort courtois et productifs). Bizarrement, une autre version a surgi dans la revue, qui comprend quelques réécritures dont je n’ai toujours pas compris la raison. Un seul exemple. J’ai écrit : « Ainsi, le choix fait par CinémAction d'illustrer “ ce numéro un peu particulier ” par “ des fac-similés de [ses] couvertures ” (G.H., p.2) était-il une astucieuse manière de célébrer son centième numéro, qui permet en effet de montrer “ la grande diversité des thèmes qu'a traités ” cette précieuse revue. » La phrase est devenue par la grâce de mon correcteur : « Aussi, le choix fait par CinémAction d’illustrer "ce numéro un peu particulier" par "des fac-similés de [ses] couvertures" (note de Guy Hennebelle, p. 2) était-il une astucieuse manière de célébrer son centième numéro, permettant en effet de montrer "la grande diversité des thèmes qu’a traités" cette précieuse revue ? » Ainsi, un compliment aux éditeurs de ce numéro est-il devenu une réserve sur leur travail !

 

Voici donc ma version de cet article.

 
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Compte rendu d’ouvrage : HOUBEN,Jean-François. Dictionnaire de l'édition de cinéma. Condé-sur-Noireau (Calvados) : Corlet-Télérama, CinémAction, n°100, mai 2001, 235 p.

 
Houben---Dictionnaire-de-l--dition-de-cin-ma.jpg
 

Un ouvrage à caractère bibliographique ne valant que s'il est revu et corrigé périodiquement (ou si, à tout le moins, lui succèdent addenda et erreta), on voudra bien considérer ces quelques remarques moins comme des critiques que comme des suggestions de la part d'un lecteur avide de ce genre de publications, aussi utiles au chercheur qu'au curieux et trop rares à notre goût.

 

Pour qui voulait réaliser un “ Dictionnaire encyclopédique des livres francophones de cinéma ”, pour reprendre la formulation qui figure à l'intérieur du livre, plus conforme à son contenu que son titre, Dictionnaire de l'édition de cinéma, de solides bases existaient déjà. Jean-François Houben y renvoie dans l'avant-propos, page 2 : “ les lecteurs désireux de collationner davantage de références bibliographiques sont invités à se reporter aux ouvrages mentionnés dans la rubrique “ bibliographie ” ”, notamment l'irremplaçable (en tout cas irremplacée, au moins sur un point, comme nous le verrons plus loin) Bibliographie internationale du cinéma et de la télévision (Mitry, 4 tomes pour les publications francophones, 1966-1967). Il s'agissait, dans une certaine mesure, de prendre le relais de l'équipe constituée par Pierre Lherminier pour son Cinéma pleine page. L'Édition cinématographique de langue française. Dossier 1985, ouvrage remarquable qu'il fallait effectivement songer à renouveler.

 

A première vue, l'ambition n'était pas mince. Pourtant, dès la page de titre, le doute s'insinue, qui n'ira que croissant au fil de la lecture. L'entreprise n'est-elle pas quelque peu gâchée par les limites qu'elle s'est assignée ? La tâche n'était-elle pas trop ardue pour un seul homme ? (1) L'élaboration et le suivi éditorial furent-ils satisfaisants ?

 

De la bibliographie d'un ouvrage, on attend qu'elle soit la plus exhaustive et la plus précise possible ; a fortiori, d'un ouvrage bibliographique, se disant qui plus est “ encyclopédique ”, on juge la qualité principalement à l'aune de ces deux critères, d’autant qu’à l’inverse de Cinéma pleine page (Lherminier, 1985), qui présentait à la fois un historique et un état détaillés de l’édition cinématographique, nous sommes ici en présence d’“ un simple catalogue ”, dépourvu de tout commentaire (contrairement à la Bibliographie internationale du cinéma et de la télévision), au risque de réduire l’édition cinématographique à “ une nomenclature de titres ” (Lherminier, p.6).

 

Passons rapidement sur le premier de ces deux critères. Comme la citation de Jean-François Houben l'indique plus haut, l'exhaustivité n'ayant pas été tentée (2) (sans qu'il soit précisé ce qui dispense de chercher à l'atteindre), il est inutile d'entreprendre la recension des lacunes, certes impossibles à éviter dans ce type de travail, quoique l'on puisse trouver que Jean-François Houben s'en disculpe par avance de façon un peu commode en indiquant que, de toute façon, “ les notices bibliographiques de la plupart des ouvrages ici recensés ” peuvent être consultées, “ généralement avec fruit ” (p.2).

 

Cependant, autant ce refus délibéré, et par conséquent assumé, de l'exhaustivité peut à la rigueur se comprendre, autant les choix éditoriaux que nous allons discuter ici, sur lesquels aucune explication n'est donnée, ni par l'auteur, ni par l'éditeur, nous semblent fâcheux. Ils ne peuvent se justifier par le simple souci de ne pas alourdir ce dictionnaire, en premier lieu parce que certains numéros de CinémAction sont plus volumineux que celui-ci (parfois même beaucoup plus puisqu’il comporte 235 pages alors que, par exemple, L’Enseignement du cinéma et de l’audiovisuel dans l’Europe des Douze en comportait 430), en second lieu, et surtout, parce qu'ils portent sur l'objet même de ce dictionnaire : “ les références précises et actualisées au mieux des ouvrages publiés - récemment ou plus anciennement - en langue française ” (c'est nous qui soulignons) “ sur un nombre étendu de sujets qui entretiennent un rapport étroit avec le cinéma ” (p.2). De sorte que ce dictionnaire est pratique, assurément, et l'on pourra s'y référer avec profit, mais, à défaut d'être suffisamment précis (en plus de ne pas être exhaustif), il ne peut prétendre au statut de référence. Et ce n'est pas parce que l'auteur a bien sûr prévenu ce reproche en assumant les limites qu'il s'est données que l'on ne peut le lui reprocher, ainsi qu'à CinémAction, déterminer la part de responsabilité de l'auteur et/ou de l'éditeur n'ayant en fin de compte que peu d'intérêt pour nous. Auteur et éditeur n'ont-ils pas été à la fois trop et pas assez ambitieux ?

 

L'imprécision de ce dictionnaire se manifeste de plusieurs façons, dont nous pouvons donner une idée en choisissant quelques exemples de négligences ou d'approximations dans la présentation et le relevé des références. La plupart ne sont pas imputables à de simples erreurs ou coquilles, que l'auteur et les éditeurs auraient beau jeu de déclarer inévitables vu la masse d'information traitée, ce pour quoi nous pensons inutiles d'en entreprendre le listing (3). Nous avons choisi ces exemples parce qu'ils nous semblent révélateurs de certains choix éditoriaux discutables.

 

Ainsi, au lieu de “ Georges Sadoul, Écrits, Ed. Union Générale d'Editions, 1979 ” (p.72), aurait pu être répertorié l'ouvrage suivant : Georges Sadoul, Écrits / 1 : Chroniques du cinéma français, 1939-1967, choix de textes et notes de Bernard Eisenschitz, Ed. Union Générale d'éditions, coll. “ 10/18 ”, 1979, 413 p.

 
Sadoul---Chroniques-du-cin-ma-fran-ais.JPG
 

Il nous semble inutile de souligner longuement les avantages d'un relevé plus rigoureux des références, cet exemple parlant de lui-même, sinon pour noter que mentionner les collections, précision secondaire certes, aurait tout de même fourni des informations non négligeables. Ainsi, dans le cas du livre de Georges Sadoul, indiquer qu'il a été publié dans la collection “ 10/18 ” aurait rappelé aux lecteurs qu'il s'agissait d'une édition de poche (4). De même, il est dommage que les petites brochures sur des cinéastes constituant la fameuse collection de l'“ Anthologie du cinéma ” (désignation omise), éditées en supplément aux numéros de “ l'Avant-Scène du Cinéma ”, soient présentées comme des livres parus aux “ Ed. L'Avant-Scène Cinéma ”, les recueils publiés en volumes étant quant à eux passés sous silence.

 

Dans le même ordre d'idées, ne pas mentionner les préfaces et avant-propos est regrettable dans bien des cas. Il n'est par exemple pas précisé que la préface signée Charlie Chaplin au recueil des textes sur le cinéma d'Élie Faure, Fonction du cinéma, publié en 1953, a été remplacée par une préface d'Yves Lévy dans la nouvelle édition de 1964 (et non réédition, comme indiqué par Jean-François Houben p.70). Sans même parler de l'intérêt historique et intellectuel de ces deux préfaces, en l'occurrence surtout fonction du nom de leur auteur, cherchez donc à acquérir ces livres et vous vous rendrez vite compte que la différence n'est pas mince (5) !

 

On regrettera également le choix de ne pas faire figurer le lieu d'édition, qui s'avère parfois préjudiciable. Il est certes très utile d'apprendre qu'un ouvrage de 206 pages sur Elio Petri a été publié en 1974 (p.181). Toutefois, apprendre que l'éditeur en est une “ Faculté des lettres et sciences humaines ” ne nous avance pas à grand chose, le territoire français en étant abondamment pourvu (6).

 
Canudo---L-Usine-aux-images.jpg
 

Notons, entre autres curiosités, un autre exemple de confusion entre réédition et édition nouvelle, le distinguo ne s'avérant souvent pas de pure forme. L'Usine aux image aurait été “ réédité ” en 1995 par Séguier et Arte (dont la contribution est omise, p.70). Je ne pense pas que ce serait vanité de la part de Jean-Paul Morel et Giovanni Dotoli d'éprouver un peu d'agacement de ne pas se voir cités vu le remarquable travail qu'ils ont fourni pour proposer une édition entièrement refondue et confondante de méticulosité des écrits de Ricciotto Canudo sur le cinéma (et pour laquelle on peut penser, après coup, qu'ils auraient dû l'intituler différemment). J'imagine en revanche qu'ils doivent être particulièrement heureux de lire qu'ils se sont contentés de reprendre le recueil publié par Fernand Divoire en 1927, très incomplet et qu'ils jugent “ fauti[f] à plus d'un titre ” (Morel et Dotoli, p.21). Sans exiger d'une revue "grand public" (et pourquoi pas d'ailleurs ?) le même degré de rigueur qu'une thèse de l'École nationale des Chartes, on est tout de même en droit d'en attendre un peu plus...

 

A contrario, des préfaciers ou responsables d'édition sont parfois transformés en auteurs de l'ouvrage recensé, par exemple Andrée Tournès, désignée comme l'auteur d'un livre dont le titre serait le suivant : Jean Delmas, Une vie avec le cinéma (p.74). Ou encore Michel Ciment et Louis Séguin, promus auteurs d'un livre sur Roger Tailleur (p.73) alors qu'ils se sont contentés de regrouper des textes de leur ami sous le titre Viv(r)e le cinéma et qu'eux-mêmes se désignent clairement comme “ éditeurs ” (7) (8). Et, là encore, un manque d’harmonisation nuit à la crédibilité de l’ensemble quand des responsables d’un recueil de textes ou d’un reprint dont le travail fut autrement primordial sont omis, un bien flou “ collectif ” étant présenté comme l’auteur (nous pensons en particulier, mais pas seulement, à la réédition en fac-similé de La Revue du cinéma avec des introductions, tables et témoignages établis et réunis par Odette et Alain Virmaux (9)).

 

Il est néanmoins, convenons-en, des points positifs dans ce numéro, en plus du simple mérite d'exister, qui est loin d'être négligeable.

 

Ainsi, le choix fait par CinémAction d'illustrer “ ce numéro un peu particulier ” par “ des fac-similés de [ses] couvertures ” (G.H., p.2) était-il une astucieuse manière de célébrer son centième numéro, qui permet en effet de montrer “ la grande diversité des thèmes qu'a traités ” cette précieuse revue. On notera cependant, puisqu'elles ne sont pas mentionnées par son directeur, Guy Hennebelle, deux exceptions à cette règle (10) : le Dictionnaire de la censure au cinéma (p.58) et Feux croisés sur la critique (p.70) bénéficient du même traitement de faveur alors qu'ils n'ont pas été édités par CinémAction. En quoi ces deux livres (une habile compilation qui peut ainsi passer pour l'ouvrage de référence en la matière ; un recueil d'entretiens qui, de même, peut passer...) méritaient-ils d'être distingués des autres ? Qu'on se rassure, il ne s'agit pas de publicité clandestine, même si la mention “ (Publicité) ”, qui figure page 197 au-dessus de la couverture d'un numéro de L'Avant-scène cinéma et page 141 au-dessus des couvertures de trois numéros de la revue Contre Bande, n'a pas été rajoutée pour l'occasion. Plutôt de contrebande en effet, puisque ce sont les membres des mêmes groupes et équipes qui sont célébrés, ces deux livres ayant pour vertu première d'avoir été écrits par des collaborateurs de CinémAction (Jean-Luc Douin, conseiller à la rédaction, et, accessoirement, journaliste au “ Monde des livres ” ; Jean-François Houben, auteur du dictionnaire dont il est question ici), l’un d’entre eux (Feux croisés sur la critique) ayant en outre été édité par le diffuseur de CinémAction (Le Cerf).

 

Autre choix qui nous semble très judicieux : le classement thématique, par rubriques (à l'intérieur desquelles un classement chronologique a été choisi), qui rend la consultation de ce catalogue très agréable et, à tout le moins, beaucoup plus aisée que celle de la Bibliographie internationale du cinéma et de la télévision (Mitry, 1966-1967). A cette réserve près que, malgré les doublons, il n'était guère possible de ranger trop d'ouvrages dans deux rubriques (et a fortiori plus de deux). Aussi l'auteur a-t-il pris soin d'annoncer d'emblée que “ certains ouvrages ont — régime de faveur exceptionnel — bénéficié d'une double entrée, lorsque leur objet couvrait deux thèmes distincts ” (p.2, c'est nous qui soulignons). L'auteur a donc pris le parti, compréhensible, de ne pas multiplier ce genre de traitement et, de plus, de considérer arbitrairement, mais délibérément, qu'aucun livre ne méritait de bénéficier de plus de deux entrées. Ceci se justifierait sans doute si on lisait ce type d'ouvrage en continu. Or, ce n'est pas le cas. Il s'agit du type même de livre qui se picore selon l'humeur ou qui se consulte selon le(s) besoin(s), rubrique par rubrique, au coup par coup, et si possible à l’aide d’index (un index des auteurs fait en l’occurrence cruellement défaut). Dès lors, les effets pervers du classement thématique et des choix effectués par Jean-François Houben sont parfois criants. Un exemple caricatural (11) : Claude Mauriac apparaît, avec l’Amour du cinéma, comme l'auteur du premier livre portant sur “ le(s) langage(s) cinématographique(s) ” (rubrique “ Esthétique ”, p.87) ! Assez cocasse, ma foi.

 
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Plusieurs autres choix éditoriaux sont cependant particulièrement appréciables : la prise en compte de publications parues ailleurs qu'en France (essentiellement en Belgique, au Québec et à Alger), d'ouvrages publiés par des Universités et par divers organismes peu connus des cinéphiles (12), la volonté de ne pas se limiter aux livres en mentionnant également des revues. Là encore toutefois, il est à regretter que le suivi rédactionnel et éditorial ne soit pas à la hauteur, la Bibliographie internationale du cinéma et de la télévision (Mitry, 1966-1967) demeurant de ce fait une mine d'informations inégalée en ce qui concerne ce qui s'est publié dans les revues. L'inventaire de Jean-François Houben est en effet très loin d'être complet sur ce point, ce qu'on se gardera de lui reprocher vu l'ampleur de la tâche. Par contre, on relève de nouveau un certain laxisme dans le relevé des références.

 

Le plus perturbant pour le lecteur est l'assimilation des revues à des maisons d'édition. Ainsi, ce n'est qu'un exemple, Philippe Haudiquet n'a-t-il pas publié un livre sur Mark Donskoï aux “ Ed. Image et Son ” en 1964 (p.162) : il a fourni la principale contribution à un dossier sur Donskoï paru en novembre 1964 dans le numéro 178 de la revue Image et Son, numéro qui comportait également un entretien avec Satyajit Ray, un compte rendu du festival de Venise et une section sur les films nouveaux. La confusion s'avère fâcheuse en ce qui concerne les Cahiers du cinéma, rien ne distinguant dans ce dictionnaire les livres publiés par la maison d'édition et les numéros spéciaux de la revue, y compris ceux qui s'insèrent dans la numérotation courante des Cahiers du cinéma, publication périodique (par exemple l'“ Autoportrait(s) ” d'Isabelle Huppert (p.21), “ un numéro conçu et réalisé par une actrice ” (Les Cahiers, Cahiers du cinéma, n°477, mars 1994, p.4)).

 
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On ne s'étonnera donc pas que les références données dans la rubrique “ Revues de cinéma ” (p.197-198) ne le soient pas non plus de façon très satisfaisante. En revanche, les numéros de CinémAction sont un peu plus scrupuleusement référencés (13). Comme quoi...

 

Les solutions aux problèmes posés par ce genre d'inventaire résident probablement dans la mise en place d'une équipe éditoriale aux connaissances plus vastes et dans l'édition électronique. Cette dernière ne constituerait sans doute pas une panacée, elle ne remplacerait d'ailleurs pas forcément l'édition papier, mais en proposerait une version complémentaire, ses références pouvant être à la fois plus complètes, plus rigoureusement établies et plus nombreuses, ce qui permettrait d'atteindre un plus haut degré de précision et de tendre vers l'exhaustivité. De plus, et surtout, cette version alternative pourrait être plus aisément amendée et périodiquement “ actualisée au mieux ”, pour reprendre l'objectif affiché par Jean-François Houben.

 

 

OUVRAGES CITÉS :

 

Canudo, Ricciotto. L'Usine aux images. Préface de Fernand Divoire. Genève : Office central d’édition, 1927.

 

Canudo, Ricciotto. L'Usine aux images. Édition intégrale établie par Jean-Paul Morel (avec la participation de Giovanni Dotoli pour la présentation et les annexes). Paris : Séguier / Arte, 1995.

 

Delmas,Jean. Une vie avec le cinéma : textes publiés dans “ Jeune Cinéma ” (1964-1979). Éléments biographiques, textes inédits, témoignages et documents réunis par Andrée Tournès. Paris : Jeune Cinéma / Jean-Michel Place, 1997.

 

Douin, Jean-Luc. Dictionnaire de la censure au cinéma : images interdites. Paris : Presses universitaires de France, 1998.

 

Faure, Élie. Fonction du cinéma : de la cinéplastique à son destin social, 1921-1921-1937. Préface de Charles Chaplin. Paris : Éditions d’Histoire et d’art / Plon, 1953.

 

Faure, Élie. Fonction du cinéma : de la cinéplastique à son destin social. Introduction de Yves Lévy. Genève : Gonthier, 1964.

 

Houben, Jean-François. Feux croisés sur la critique. Dix-sept entretiens. Préface de Claude Beylie. Paris : Le Cerf, coll. “ Septième Art ”, 1999.

 

Lherminier, Pierre (coordination). Cinéma pleine page. L'Édition cinématographique de langue française. Dossier 1985. Paris : Pierre Lherminier / Flammarion 4 / B.P.I. (Centre Georges-Pompidou), 1985.

 

Martineau, Monique (et al.). L’Enseignement du cinéma et de l’audiovisuel dans l’Europe des Douze, Condé-sur-Noireau (Calvados) : Corlet-Télérama, CinémAction, H.S. n°4, 1991.

 

Mauriac, Claude. L’Amour du cinéma. Paris : Albin Michel, 1954.

 

Mitry, Jean. Bibliographie internationale du cinéma et de la télévision. 1ère partie : France et pays de langue française. Paris : I.D.H.E.C., 1966-1967, 4 tomes.

 

Revue du cinéma (La) : 1928-1931 / 1946-1949. Préfaces de Jean-Paul Le Chanois et Jacques Doniol-Valcroze. Réédition en fac-similé avec des introductions, tables et témoignages établis et réunis par Odette et Alain Virmaux. Paris : Pierre Lherminier, 1979-1980, 5 tomes.

 

Sadoul, Georges. Écrits / 1 : Chroniques du cinéma français, 1939-1967. Choix de textes et notes de Bernard Eisenschitz. Union Générale d'éditions, coll. “ 10/18 ”, 1979.

 

Tailleur (Roger). Vi(v)re le cinéma. Préface de Frédéric Vitoux. Édition établie par Michel Ciment et Louis Séguin. Arles : Actes Sud / Institut-Lumière, 1996.

 

 

NOTES :

 

(1) On peut à cet égard se demander dans quelle mesure les personnes mentionnées en remerciements (en tous petits caractères, en bas de la page 2) ont pris part à ce travail, rien n'indiquant par ailleurs qu'il s'agirait d'un ouvrage collectif.

 

(2) Contrairement à ce que prétend un discours promotionnel tonitruant, tel qu'il figure notamment sur le site Internet de CinémAction (repris tel quel sur le site de l'Association française de recherche en histoire du cinéma) : “ [...] CinémAction s'est avisé qu'il n'avait pas été publié depuis vingt ans [sic] de recension exhaustive de TOUS [sic + pléonasme] les livres qui ont paru, en langue française, où que ce soit, sur le cinéma. ” (ce n'est pas nous qui mettons en majuscules).

 

(3) Toute règle pouvant souffrir ses exceptions, signalons-en deux.

 

Actes Sud n'a, aux dernières nouvelles, toujours pas publié les actes du colloque sur l'histoire de la cinéphilie qui s'est tenu en octobre 1995 à l'Institut Lumière (L'Invention d'une culture, publié en 1997 si l'on en croit Jean-François Houben, p.74).

 

Claude Autant-Lara a publié d'autres volumes de mémoires ou de discours (notamment Le Coq et le rat) et plusieurs de ses livres ont été édités ou réédités (parfois avec des annexes supplémentaires) aux éditions Le Flambeau. De là à penser que CinémAction ait voulu relayer la censure qui menaça souvent les écrits et paroles de Claude Autant-Lara (p.152), il n'y a qu'un pas, que l'on se gardera de franchir, l'ignorance semblant très vraisemblable.

 
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(4) Le souci d’honnêteté nous oblige à signaler que “ 10/18 ” est pourtant l'une des rares collections mentionnées à plusieurs reprises, par exemple page 111… à propos de “ Georges Sadoul, Chroniques du cinéma français, Ed. UGE 10/18, 416 p., 1979 ” ! Il convient hélas de remarquer qu'il ne s'agit pas du seul ouvrage référencé de manière différente selon la rubrique où il se trouve…

 

(5) Peut-être pas étrangère là non plus au nom du préfacier…

 

(6) A moins de connaître un peu la carrière universitaire de l'auteur de cet ouvrage, Jean A. Gili (“ et al. ”), ce qui nous laisse supposer, mais supposer seulement, qu'il s'agit de la Faculté de Nice.

 

(7) Ils signent un “ Avertissement des éditeurs ”, p.25-26.

 

(8) En dissimulant néanmoins au passage admirablement -tirons-leur notre chapeau, “ c'est trop fort ! ”, comme disent certains jeunes gens, “ c'est un peu fort de café ! ”, comme disent certains anciens- le peu de peine qu'il leur en a coûté. “ Tout un appareil de renvois, d'allusions, de références, […] de mentions, voire de réticences ” a été “ reproduit tel quel parce qu'ils faisaient et font encore partie de la vie même de l'écriture ”, “ sans les encombrer de notes et d'" éclaircissements " ”(p.26, c'est moi qui souligne). Et Michel Ciment et Louis Séguin de conclure : “ Au lecteur, si le cœur lui en dit, de se mettre en marche et d'explorer les alentours ”, ce qui est une remarquable façon de s'exonérer du véritable travail d'édition qui aurait pu être accompli. Qu'un tel travail soit fastidieux et peu valorisant, et par conséquent rarement entrepris, de même que l'édition intégrale d'un œuvre (encore que certains -notamment Pierre Lherminier, grâce à sa monumentale édition des écrits de Louis Delluc- lui doivent à juste titre une bonne part de leur réputation), j’en conviens bien volontiers. N'est-il toutefois pas regrettable que le cœur des journalistes, y compris ceux qui enseignent par ailleurs à l'Université (ce qui n'en est que plus déplorable), ne leur en dit pas bien souvent dès lors qu'il s'agit de se mettre en marche (arrière) dans un travail d'érudition, laquelle est forcément jugée encombrante, et par conséquent inutile, quand bien même on prétendrait faire œuvre d'éditeur ou d'historien ?

 

(9) Un volume d’index (des thèmes, noms et titres), également réalisé par Alain et Odette Virmaux, ne put finalement paraître. Alain Virmaux a récemment souhaité qu’une copie du manuscrit soit déposée à la BiFi afin d’être mise à la disposition du public. [La copie de ce manuscrit que j’ai déposée à la BiFi voici quelques années a été égarée].

 

(10) Une autre exception s'explique aisément : il aurait été absurde de reprendre pour la couverture de ce numéro la couverture d'un numéro précédent. L'éditeur s'est rabattu sur une photo tirée du film de Michel Deville La Lectrice, sur laquelle figurent des livres. Ce choix n'est pas mauvais en soi, mais on aurait pu lui préférer une photo tirée d'un film dans lequel apparaît un livre ou une revue sur le cinéma. Car il y en a, à commencer par la célèbre séquence du Mépris où Brigitte Bardot lit dans son bain le Fritz Lang de Luc Moullet.

 
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Quant à l'illustration figurant en page 1 (Jean-Louis Barrault dans Les Enfants du paradis), il est difficile de deviner pourquoi elle a été retenue.

 

(11) D’autres rubriques semblent privilégier les ouvrages récents au détriment des plus anciens. L'édition française a-t-elle attendu 1936 et 1948 pour aborder l’“ Enseignement (du et par le cinéma) ” (p.83) et “ Enfance et éducation ” (p.82) ? Contre-exemple : Le Cinéma Scolaire et Educatif, par Eugène Reboul, Paris, Presses Universitaires de France, 1926, 98 p.

 

On peut également trouver un peu dommage de dater de 1979 la première étude régionale (rubrique “ Cinémas français régionaux ”, p.114). Sans même remonter jusqu’à Michel Coissac (étude sur le Limousin au cinéma publiée en 1933), l’Histoire du spectacle cinématographique à Perpignan, de 1896 à 1944 de René Noell (numéro spécial publié par les Cahiers de la Cinémathèque en 1973) aurait pu être mentionnée.

 

Il est de même étonnant que le premier ouvrage sur le festival de Cannes ait paru en 1981 (p.97). De trop nombreuses imprécisions et omissions empêchent de trop se fier à l’information, pourtant intéressante si elle était avérée.

 

(12) Il n'aurait à ce propos pas été superflu de développer les nombreux sigles utilisés. Car autant “ IDHEC ”, “ BIFI ” ou “ ONISEP ”, voire “ UGE ”, ne posent pas trop de problèmes, autant “ AIDF ”, “ CNDP ”, “ CRDP ”, “ INRP ”, “ CQDC ”, “ CERTC ”, “ PULIM ” et autres ne disent pas forcément grand chose à tout le monde.

 

(13) Par exemplele volume dirigé par Joël Magny sur les théories du cinéma (p.72) ou celui de Monique Martineau sur l’enseignement du cinéma et de l’audiovisuel (p.84).

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"PREMIÈRE", LES "CINÉPHILES SÉRIEUX" ET LE MARKETING DU CINÉMA

28 Janvier 2008, 17:57pm

Publié par Mister Arkadin

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Les publications cinématographiques ne sont guère florissantes, je l’ai déjà noté sur ce site, pour le déplorer. L’un des signes les plus flagrants de leur mauvaise santé est leur empressement à changer de "formule" et à s’annoncer régulièrement toute nouvelle toute belle. Cela fait partie du jeu, des obligations du marketing et nous ne saurions leur jeter la pierre, nous qui n’avons pas l’ambition de vivre de nos écrits.
 
Une fois n’est pas coutume, saluons le dernier changement de formule du magazine Première, assez réussi ma foi. La couverture de son n°372 (février 2008) est splendide, et à l’image du contenu : foisonnant, très bien illustré, bien agencé, jouant habilement sur les tons et les échelles (aussi bien en ce qui concerne les caractères, les titres que la taille des photos). Beau travail de la direction artistique. Certes, me rétorquera-t-on, mais qu’en est-il de la direction rédactionnelle ? N’a-t-on pas là affaire à ce qu’il a de plus bas de gamme, en tout cas de plus méprisé par les cinéphiles ? Cet ostracisme pour les magazines de cinéma populaires m’a toujours paru un peu suspect et même un brin ridicule, car, bien que ce ne soit pas les publications que je collectionne prioritairement (encore moins celles auxquelles j’adresse mes propres textes…), je ne comprends pas pourquoi ceux qui affectent de prendre le cinéma trop au sérieux pour lire Première ou Studio se régalent en revanche bien souvent de Mon Ciné ou de Ciné-Miroir, et se les arrachent auprès des marchands de vieux papiers. N’est-ce pas là l’effet d’un certain snobisme ? Les magazines grand public des années 1920-1930 étaient-ils tellement mieux faits et plus dignes d’intérêt que ceux d’aujourd’hui ? Ils ne l’étaient ni plus, ni moins… et vice-versa (si l’on me permet cette lapalissade !).
 
S’ils n’offrent guère d’analyses de films bien poussées (mais y en a-t-il encore tant que cela dans les revues les plus prestigieuses, les Cahiers et Positif ?), ces magazines fournissent quantité d’informations indispensables à quiconque veut suivre un tant soit peu l’actualité du cinéma (sorties en salles, annonces de tournages, sorties DVD, etc.). Ainsi, dans le nouveau Première, ai-je particulièrement apprécié la présentation de « toutes les sorties en salles » sur deux pages (74 et 75) par date, le titre de chaque film étant non seulement accompagné de ses principales caractéristiques (réalisateur, casting, durée, distributeur – en quoi cette dernière information est-elle nécessaire au lecteur, mystère ?), mais aussi de son affiche en miniature, nouveauté particulièrement bienvenue, l’ensemble constituant un kaléidoscope du plus bel effet. En plus des traditionnels entretiens d’acteurs, marque de fabrique de ce genre de publications, qui n’en oublient pas pour autant les réalisateurs (leurs "leçons" de mise en scène ou leurs commentaires sur leur filmographie y étant souvent bien aussi instructifs que ce qu’ils disent dans les "grandes" revues), ils proposent aussi des petites notes très réjouissantes, parfois signées de noms connus dans le milieu de la critique. Sont ainsi présents parmi les collaborateurs du nouveau Première Hubert Prolongeau, Didier Roth-Bettoni et Philippe Rouyer. Qu’avons-nous glané dans son dernier numéro ? Page 23, la définition du "feel-good movie", intéressante en cette période de renouvellement du vocabulaire du cinéma (j’y reviendrai dans une prochaine chronique). Et, page 14, un décryptage astucieux et assez impertinent de l’affiche du dernier Hou Hsien-Hsien, qui sort dans deux jours.HHH---Le-Voyage-du-ballon-rouge.jpg
 
Bref, il serait dommage de ne pas consulter ces magazines, déjà précieux pour nous avant qu’ils ne le deviennent aux yeux des cinéphiles qui se prennent au sérieux (i.e. : dans cinquante ans !). Un point de convergence tout de même. Je partage la réticence desdits "cinéphiles sérieux" pour la tendance promotionnelle de ces magazines, surtout à l’égard des grosses productions françaises. Notons toutefois, pour les en féliciter, que ni Première ni Studio, qui célèbrent tous deux Johnny Depp en couverture, n’ont déroulé le tapis rouge pour le si tonitruant Astérix de Thomas Langman - qui sort mercredi 30 janvier, précision donnée au cas où cela vous aurait échappé. Ô, bien sûr, Première consacre, en plus d’une critique mitigée (p.72), quatre pages (46-49) à la "Méga prod" (sic), mais elles sont loin d’être inintéressantes. Un arbre généalogique assez détaillé donne la mesure des multiples relations dont a bénéficié Thomas Langman pour bâtir son "empire". Quant à l’entretien du producteur-réalisateur, il montre à quel point, si Claude Berri fut réalisateur avant que d’être producteur, son fils n’a pas oublié d’être producteur avant de devenir réalisateur, et que le premier prend toujours nettement le pas sur l’autre. Toute la réalisation du film semble en effet avoir été pensée en fonction de la campagne marketing à venir et des objectifs du box-office que l’on a fixés au « film-le-plus-cher-de-l’histoire-du-cinéma-français » (répètent en boucle tous les médias), en France, mais plus encore en Europe. Lire à ce propos que les blagues du film sont calibrées pour plaire à tous les publics européens a quelque chose d’assez pitoyable. Et, déjà, Langman anticipe le rejet des critiques, auxquels il s’en prend par avance (suivant la voie tracée par le père, là encore…), conscient qu’il est que son produit a toutes les chances de leur déplaire. Au moins ne les a-t-il pas interdit de projections préalables à la sortie, selon une pratique désormais courante (1). Cela a permis à plusieurs critiques de dire tout le mal qu’il pense du film, tel Éric Libiot dans L’Express. Mais sans doute n’est-ce pas par bonté d’âme que Langman laisse les critiques flinguer son film avant même sa sortie. Il sait probablement fort bien que ceux-ci n’ont guère d’influence sur le destin d’un film tel que le sien et que les articles d’accompagnement, qui relaient le dossier de presse (même en lui apportant quelques bémols, et y compris dans les journaux qui conservent une certaine réputation, tels Le Monde et Le Figaro, qui ont participé à la campagne de presse dès le samedi 26 janvier), servent bien plus la promotion de son film que les critiques ne la desservent. L’exemple du troisième épisode des Bronzés l’a bien montré. Plus inquiétant : il a montré qu’il n’était désormais pas même nécessaire de plaire au public pour obtenir un succès phénoménal. Le terrible bouche-à-oreille, pas meilleur, voire pire, que la réception critique, ne l’avait nullement empêché. Une longue étude serait à mener sur la déconnexion entre le goût du public et les films qu’il va voir en masse. Elle permettrait de relativiser les thèses en vogue dans certains départements d’études cinématographiques. Sous l’influence des théories de la sociologie de l’expertise artistique chère à Jean-Marc Levaretto, et avec le louable dessein de réhabiliter la légitimité du jugement de goût "populaire", à l’encontre du jugement de goût "élitiste" (dont on ignore pas à quel point il relève souvent du terrorisme intellectuel), cette école lorraine (je serais tenté d’écrire « de Metz », car plusieurs de ses tenants enseignent ou ont enseigné à la Faculté de Metz - la possible confusion avec Christian m’en dissuade) établit une corrélation entre la qualité d’un film et son succès, au nom de l’expertise qu’acquiert le public par son expérience du spectacle cinématographique. Fabrice Montebello a écrit une histoire du cinéma en France sur ce postulat, en prodiguant moult chiffres et raisonnements sur l’exploitation, l’évolution de la fréquentation, la carrière des films (en salles, à la télévision et en DVD), etc., mais quasiment aucun qui prendrait en compte le marketing du cinéma, la construction par les producteurs, distributeurs et promoteurs de l’envie d’aller voir tel ou tel film. Sur ceci aussi, il faudra que nous revenions un jour.
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(1) Certains journalistes n’ont tout de même « pas été convié[s], comme c’est d’ordinaire le cas, aux projections de presse nous permettant de découvrir le film avant sa sortie » (Michael Mélinard, L’Humanité Dimanche, 24-30 janvier 2008, p.50). Cela ne les a pas dissuadé de couvrir le "phénomène". Depuis, d'autres journaux se sont déclarés "black-listés", notamment Libération et Les Inrockuptibles, bizarrement en ce qui concerne ses derniers puisqu'ils avaient été enthousiasmés par Astérix et Cléopâtre, ne manquant jamais une occasion de servir la soupe à Jamel (comme depuis à Thuram, à Kechiche, etc., pour des raisons au moins autant idéologiques qu'artistiques ou "civiques").

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UNE NOTE DE LECTURE PEUT-ELLE AVOIR UNE INFLUENCE ? À PROPOS DE LA TROISIÈME ÉDITION DU "GUIDE DU CINÉMA CHEZ SOI" DE TÉLÉRAMA

6 Janvier 2008, 15:15pm

Publié par Mister Arkadin

Télérama annonce la parution prochaine de la troisième édition de son Guide du cinéma chez soi, gros ouvrage collectif dirigé par Pierre Murat, qui reprend, en les condensant, les fiches sur les films paraissant dans l’hebdomadaire du mercredi.

J’avais exprimé quelques réserves sur la seconde édition, en 2004, dans une note de lecture publiée par le site Objectif-cinema.com (une version condensée a également paru dans la rubrique « Livres » de la revue CinémAction, n°115, mars 2005, p.276-277). La nouvelle réédition prendra-t-elle en compte mes quelques remarques ? Je ne nierais pas le narcissisme de cette question. Qui suis-je pour penser ainsi que les auteurs d’un ouvrage publié par une institution telle que Télérama devraient se préoccuper de l’avis du moindre cinéphile ou chercheur en cinéma ? Je ne puis cependant m’empêcher de croire qu’il est important que les comptes rendus indépendants, constructifs bien que critiques – constructifs parce que critiques, oserais-je écrire –, soient lus et pris en considération, c’est-à-dire considérés comme des contributions au débat sur l’édition, cinématographique en l’occurrence, et sur la manière de parler des films. Les auteurs d’ouvrages sur le cinéma ne peuvent seulement viser le succès commercial ; il se publie trop de livres insatisfaisants pour que la reconnaissance du travail bien fait soit méprisée, pour que l’examen critique des publications soit complètement balayé par les "publi-critiques" et autres comptes rendus de complaisance.

 

Je n’avais pas publié ma note de lecture sur Guide du cinéma chez soi pour "descendre" ce volume, pour dénigrer ses auteurs ou me "faire mousser" à leurs dépens. Il me semblait que leur travail présentait quelques insuffisances et j’espère, naïvement sans doute, qu’en les pointant du doigt, vigoureusement, mais aussi rigoureusement que possible, j’avais réussi à attirer leur attention sur certains points qu’ils devraient revoir pour une prochaine édition. Ai-je été lu ? Mes observations ont-elles été jugées assez pertinentes pour orienter, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le travail effectué en vue de la réédition ? Ou n’ont-elles aucunement retenu l’attention de Pierre Murat et de son équipe ?

 

Je m’illusionne très certainement sur l’influence que pourraient avoir les comptes rendus que je publie depuis quelques années. L’occasion m’est donnée de voir jusqu’à quel point. Rendez-vous dans quelques semaines…

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QUESTIONS AU DOUBLAGE

1 Janvier 2008, 23:31pm

Publié par Mister Arkadin

Note de lecture parue dans Jeune cinéma (n°312/313, automne 2007, p.134-137), à propos de Rencontres autour du doublage des films et des séries télé, dir.François Justamand, préface du comédien Roland Ménard, Nantes, Editions Objectif-Cinema, 2006, 218 p.

 

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Le doublage est une activité qui, d’ordinaire, semble destinée à rester dans l’ombre, l’ombre des studios d’enregistrement, l’ombre des génériques de films, qui les ignorent superbement la plupart du temps (mis à part ceux des films d’animation, quand quelques vedettes y ont participé), l’ombre d’un statut et de conditions de travail inconfortables (et ayant du reste tendance à empirer). Qui songerait à mettre en avant les "doubleurs" quand il s’agit d’évoquer les « gens de cinéma » ? Deux films récents ont mis sur le devant de la scène cette profession. Mathieu Amalric interprète dans Le Grand appartement de Pascal Thomas un "adaptateur", c’est-à-dire l’auteur des textes français que disent les comédiens doublant les acteurs de films étrangers.

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Comme de juste, cette activité n’est guère satisfaisante pour lui, obligé qu’il est de lutter contre la volonté de ses collaborateurs et commanditaires de traduire en français "d’aujourd’hui" les dialogues d’un western. « C’est clair », ponctue l’un de ses collègues. Il est surtout clair que cette activité n’est pour le personnage d’Amalric qu’un pis-aller, où le désir d’expression personnel est en butte à trop de contraintes pour pouvoir s’épanouir. Même dépréciation du travail des doubleurs dans La Vie d’artiste de Marc Fitoussi, de façon plus caricaturale encore. L’agent du personnage interprété par Sandrine Kiberlain, sollicité pour lui trouver de "vrais" rôles (où on la voit), lui reproche de s’être "grillée" comme actrice en faisant du doublage et d’avoir choisi l’argent facile et abondant qu’il procurerait aux dépens de sa réputation. Sans en avoir retirer le moindre plaisir qui plus est, tant elle semble s’ennuyer à mourir lors des scènes où elle double un dessin animé japonais. Le premier livre français sur le doublage – ou, du moins, sauf erreur, le premier destiné au "grand public" et non aux techniciens du cinéma – tord le cou à cette image d’un secteur négligeable de l’activité cinématographique, certes toléré, parce que nécessaire, mais qui ne fournirait du travail qu’à quelques professionnels en mal de contrats dans des secteurs plus nobles (comédiens devant la caméra, techniciens sur un plateau de tournage, auteurs de scénarios originaux, etc.). Toute une équipe a pour ce faire été mobilisée par François Justamand, celle de la « Gazette du doublage », qui anime le plus complet des sites Internet sur le sujet (www.lagazettedudoublage.com ; sont données page 178 les adresses de quatorze autres sites !). « La Gazette du doublage » dépendant elle-même de l’excellent "portail" « Objectif-cinema.com », ce livre est l’émanation de l’un des plus remarquables sites Internet francophones sur le cinéma. Espérons que les éditions « Objectif Cinéma » pourront continuer de permettre à ses remarquables productions disponibles sur Internet d’être ainsi représentées dans l’édition "traditionnelle", sur papier (un très bon Lynchland # 1, par Roland Kermarec, avait précédemment paru).

Le titre du livre correspond à l’option choisie pour rendre compte du phénomène étudié, à la fois comme pratique, comme technique et comme industrie. Ces Rencontres autour du doublage donnent bien sûr la part belle aux comédiens, de Jean Davy, voix française de Gary Cooper et d’Orson Welles, à Benoit Rousseau, voix québécoise de Mike Myers et de Nicolas Cage. La spécificité de ce difficile travail y est soulignée à loisir, même si la modestie prévaut dans un milieu où, d’une certaine manière, on s’efface derrière l’image d’un autre. Au détour des entretiens, il est toutefois rappelé que de nombreux acteurs reconnus n’ont pas dédaigné s’y adonner (tels Pierre Arditi, Pierre Vaneck, Robert Dalban, Marcel Bozzufi, Jacques Dufilho et Louis de Funès) ou y ont débuté (tel Patrick Dewaere, enfant). Divers représentants des autres métiers du doublage (détecteur, traducteur & adaptateur, calligraphe, superviseur, ingénieur du son, etc.) sont également interrogés. Un panorama de tous les métiers et de toutes les étapes du doublage achève d’en donner une vision d’ensemble, complétée par plusieurs aperçus originaux (« Doublage et francophonie », « Comment faire ses débuts… », « Dans la pénombre des studios »).

Un petit regret cependant : que la partie historique ne soit pas plus importante, la naissance du doublage avec l’apparition du cinéma parlant, le rôle du scientifique Charles Delacommune dans son invention, son essor dans les années 1930-1940 et ses transformations au gré du développement de la télévision étant très rapidement évoqués. Or, une histoire du doublage offrirait un autre éclairage sur quelques épisodes cruciaux de l’histoire du cinéma, notamment en France, tant du point de vue de la production et de la distribution que de sa réception. Francis Courtade a écrit à la fin des années 1970 une histoire du cinéma français à travers ses crises, Les Malédictions du cinéma français. De façon assez similaire, une histoire des relations entre cinématographies française et américaine pourrait s’écrire à la lumière des paragraphes sur le doublage que comportent la plupart des accords commerciaux franco-américains, qui jalonnent l’histoire du cinéma français depuis 1929 (1931, 1936, etc.). Les fameux accords dits "Blum-Byrns", qui firent couler tant d’encre et marcher tant de manifestants, n’échappèrent pas à la règle en revenant sur le protocole de l’accord commercial de Washington du 6 juin 1931 qui fixait le nombre de films doublés pouvant être diffusés en France. De même, les grands moments de polémique autour du doublage mériteraient des analyses détaillées. La presse de 1932 ou de 1945 regorge de débats « Pour ou contre le doublage », dont les arguments se retrouvent dans les controverses qu’il suscite encore aujourd’hui. De grands metteurs en scène y ont pris part. Claude Autant-Lara par exemple, ou Jean Renoir, qui mit en garde le cinéma français renaissant de 1945 contre l’importation de films doublés : « […] rien n’est dangereux pour une nation en convalescence comme de se laisser aller à s’habituer à ce sous-produit qu’est le film doublé. […] Je crois que le devoir des dirigeants actuels du cinéma français est de déshabituer notre public du doublage. […] pour l’amour de Dieu, en un moment où ce monde est perdu s’il retourne aux mensonges commerciaux d’avant-guerre, ne nous laissons pas aveugler par les apparents avantages pécuniaires d’une combinaison parfaitement dégoûtante tant du point de vue humain que du point de vue artistique » (lettre à Pierre Blanchar, 31 décembre 1944 ; Lettres d’Amérique, Paris, Presses de la Renaissance, 1984, p.163-165). Dans l’immédiat après Seconde Guerre mondiale, les comptes rendus des films américains, qui sortirent bien souvent dans une seule version (française ou américaine), étaient de fait parsemés de notations sur le sujet, leur réception en dépendant grandement. Un seul exemple, tiré du Film français (n°79, 7 juin 1946, p.16) : « Soupçons (Suspicion) – Version doublée. […] La mise en scène d’Alfred Hitchcock, et les talents conjoints de Gary Grant et de Joan Fontaine font de ce film une série d’images qui restent dans l’esprit du spectateur ; mais d’où vient que le son soit si mauvais ? Est-ce la faute du doublage, de la copie, ou de la salle de projection ? »

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Plus généralement encore, une histoire du rapport aux langues étrangères entretenues par les différentes nations, et donc de leur rapport à l’Autre (si l’on nous permet une certaine grandiloquence), gagnerait à ne pas ignorer la façon dont le doublage est perçu, traité et diffusé dans chaque pays. Ainsi, le niveau élevé en langue, surtout anglaise, des populations du nord de l’Europe est-il en partie dû au sous-titrage des programmes de télévision. A contrario, tant que les films et séries américains seront diffusés par nos chaînes de télévision dans la langue de Molière, les petits Français auront d’autant moins de chances de maîtriser celle de Shakespeare (1). Et les étrangers continueront à se moquer de notre accent déplorable, comme dans l’une des scènes les plus drôles de The Bubble, film israélien récemment sorti en France. On rejoint là le paradoxe constitutif du doublage. Les comédiens "prêtent" leurs voix aux acteurs étrangers, tout en se substituant aux leurs : elles nous les font donc méconnaître alors même qu’il s’agirait de les rendre plus proches de nous ! Il y a quelques années, au cours d’une manifestation pour l’obtention du statut d’artiste-interprète, dans le cadre d’une grève qui paralysa un temps une profession en manque de reconnaissance (« grève du doublage » à laquelle Rencontres autour du doublage consacre un chapitre), un "doubleur" de Woody Allen arborera fièrement un portrait de l’acteur américain avec une grande croix sur sa bouche. Arme à double tranchant. Le comédien français entendait montrer que, sans lui, nous ne pourrions pas entendre Woody Allen. Or, bien sûr, cela n’est vrai que pour ceux qui regardent les films dans les versions sur lesquelles le "doubleur" a accompli son œuvre… Débat sans fin, qui n’aura peut-être bientôt plus lieu d’être, si le passage au tout numérique favorise la généralisation des versions dites "multiples" (C1). Grâce à ce procédé, la télécommande permet de choisir sa langue, ainsi que ses sous-titres éventuels. Plusieurs chaînes du câble le proposent depuis quelque temps pour une partie de leur programme (Canal Jimmy par exemple). Arte s’y est mise depuis peu (C2), comme l’explique son directeur de la programmation (Emmanuel Suard), dans « Goût français, goût allemand », passionnant entretien donné à la revue Allemagne d’aujourd’hui pour son numéro spécial « Cinéma allemand : les jalons d'un renouveau » (n°176, avril-juin 2006, p.11).

Et voici que même TF1, à la faveur de la TNT, promet de s’y convertir progressivement, la saison 3 de la série Grey’s Anatomy ayant été la première à en bénéficier à partir de mai 2007. Heureuses nouvelles, qui n’entraîneront bien sûr pas la disparition du doublage et des études le concernant, en particulier sur son histoire et ses techniques. Nous n’avons esquissé ici que quelques pistes de réflexion. Gageons que la « Gazette du cinéma » continuera d’en suggérer bien d’autres, que ce soit sur son site ou dans une prochaine publication.


Note:

(1) (5 septembre 2008) : Le Figaro a publié dans son édition du 3 septembre une page bien documentée sur l’enseignement des langues à l’école. Parmi les facteurs expliquant l’avance des Européens du Nord sur ceux du Sud figure la « stimulation continuelle des connaissances des enfants », ceux de Finlande étant 93 % à affirmer « regarder tous leurs films en version originale ». Claude Hagège donne également d’autres explications dans l’entretien que je repique ci-dessous.


Hagège : «Les Français ont moins de facilité»

Propos recueillis par M.-E. P.

03/09/2008.

INTERVIEW - Pour le linguiste Claude Hagège, des raisons avant tout historiques et linguistiques expliquent les performances moyennes des Français.

Claude Hagège, linguiste français, polyglotte, est directeur d'études en linguistique structurale à l'École pratique des hautes études, il est titulaire de la chaire de théorie linguistique au Collège de France.

LE FIGARO.  Pourquoi les Scandinaves ou les Allemands paraissent-ils avoir de telles facilités à apprendre l'anglais par rapport aux Français ?

Claude HAGÈGE.  Deux raisons, linguistique et historique, expliquent cet état de fait. Les enfants de ces pays apprennent mieux l'anglais parce que le vocabulaire et la structure linguistique de ces langues dites anglo-saxonnes ou scandinaves sont très proches de l'anglais. Même s'il n'y a parfois aucune ressemblance phonétique. Des pays comme la Norvège, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark apprennent par ailleurs l'anglais de façon plus précoce et plus intense que les pays de langue romane pour une raison purement historique : si l'anglais est aussi présent dans leur scolarité et dans leur quotidien, à la télévision par exemple, c'est parce que leur langue maternelle n'est connue nulle part ailleurs que dans leur propre pays !

Les Français sont-ils si mauvais que cela en anglais ?

Ils partagent une certaine difficulté à apprendre l'anglais avec les autres Européens de langue romane comme les Italiens et les Espagnols, dont le lien est beaucoup plus lâche avec l'anglais que les pays scandinaves. A fortiori, les pays éloignés géographiquement de la zone d'influence anglaise comme les Russes, les Japonais, les Chinois sont encore plus loin d'être «naturellement» doués en anglais. Ils éprouvent même plus de difficultés que nous, les tests internationaux le démontrent. Enfin, les Français comme les Espagnols, dont les langues sont répandues bien au-delà de la seule Europe, éprouvent beaucoup moins  l'«urgence» et la nécessité d'apprendre l'anglais qu'un petit pays comme le Danemark dont la langue maternelle n'est parlée… qu'au Danemark.

La France ne souffre-t-elle tout de même pas d'un mode d'enseignement très académique, fortement axé sur l'écrit au détriment de l'oral ?

Les pratiques d'enseignement peuvent certainement être améliorées en France. Mais les préjugés selon lesquels l'enseignement en langues serait mauvais sont tout à fait exagérés, même s'ils sont tenaces. Je fréquente beaucoup de professeurs et d'étudiants en anglais et je peux vous assurer que la conversation orale tient une part importante dans l'apprentissage. La source principale des difficultés des Français est ailleurs, c'est la structure même de notre langue qui est en cause.


Complément (6 janvier 2009) : A l'occasion de la réforme de l'audiovisuel en cours, dont la mesure la plus spectaculaire est la suppression de la publicité à certaines heures sur les chaînes de télévision publiques, le pape de la pédagogie, Philippe Meirieu, prône l'instauration d'un cahier des charges plus contraignant ("rigoureux", écrit-il) pour toutes les chaînes, aussi bien publiques que privées. Parmi les six mesures phares de son manifeste "Pour un télé responsable", paru hier dans Le Monde, la cinquième est la plus digne de retenir notre attention :

"Afin de lutter contre l'incompétence notoire des petits Français en matière de langues étrangères, toutes les chaînes, sans exception, devraient être contraintes de diffuser les émissions, feuilletons et films étrangers en version originale sous-titrée, et cela aux heures de grande écoute."


Voici le texte complet de Meirieu :

L'enjeu de la réforme de l'audiovisuel est clair : ou bien l'Etat garantira au service public les moyens de son indépendance et de sa qualité, ou bien ce dernier s'étiolera et, à court terme, sera marginalisé ou privatisé.

Mais tout se passe aujourd'hui comme si cette question pouvait être isolée de celle des droits et obligations des chaînes privées. Or sans une réflexion globale sur la fonction de la télévision dans notre société, sans une réinterrogation citoyenne de l'ensemble du fonctionnement de l'audiovisuel, les chaînes publiques seront amenées soit à basculer dans une télévision "officielle", politiquement et culturellement correcte, soit à singer les chaînes privées, mais avec moins de moyens.

La question est d'autant plus décisive que l'arrivée massive de nouveaux canaux de distribution, sur le Web ou sur nos téléphones, ne banalise pas la télévision, tout au contraire. Face à l'afflux d'images qui se télescopent et nous assaillent de toutes parts, face à une consommation effrénée de clips de toutes sortes, les grandes chaînes de télévision restent, symboliquement et concrètement, les seules références communes. Quand YouTube met en ligne un million et demi de nouvelles vidéos chaque jour, quand des centaines de millions d'images fixes et animées circulent en permanence entre les particuliers, la télévision reste le seul média qui conçoit, organise et présente des "programmes".

On n'empêchera personne de diffuser et de consulter une multitude d'images par l'intermédiaire des téléphones ou des ordinateurs. Mais c'est justement pour cela qu'il faut renforcer les chaînes de référence qui ont la responsabilité de présenter une vision du monde moins chaotique et plus saisissable. A côté du déferlement et de la surenchère d'images hypnotiques, nous avons besoin de chaînes qui ne misent pas systématiquement sur la sidération pour scotcher les téléspectateurs à l'écran. Nous avons besoin que de grandes chaînes de référence suscitent la réflexion et introduisent à la culture.

C'est pourquoi il est absolument nécessaire que l'ensemble des chaînes généralistes, publiques et privées, qui bénéficient d'une large diffusion soit soumis à un cahier des charges rigoureux. Le droit d'émettre, d'entrer dans tous les foyers et dans les chambres des enfants (54 % des élèves français ont la télévision dans leur chambre), ne peut se concevoir sans des devoirs.

Du point de vue éducatif, quelques décisions immédiates s'imposent.

- En même temps que la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, il faut interdire toute publicité, sur toutes les chaînes et à toutes les heures, dix minutes avant et dix minutes après les émissions à destination du jeune public. Exactement le contraire de ce qui se passe aujourd'hui quand on supprime systématiquement les génériques de fin et qu'on utilise les mêmes codes graphiques pour les dessins animés et la publicité qui leur succède.

- On doit imposer à toutes les chaînes qui diffusent des journaux télévisés et des magazines à destination des adultes de présenter des émissions de décryptage de l'information à destination des enfants et adolescents. C'est bien le moins que nous puissions faire, en effet, nous qui ne cessons de nous gargariser avec "la formation à la citoyenneté" et livrons nos enfants à un bombardement permanent d'informations indéchiffrables.

- Les émissions pour la jeunesse devraient toujours faire l'objet d'appels d'offres transparents avec, chaque fois, un cahier des charges précis et l'obligation, pour chaque chaîne, de mettre en place un comité consultatif, composé de parents, d'experts et de jeunes, chargé de transmettre un avis circonstancié sur toutes les propositions.

- Afin de lutter contre l'incompétence notoire des petits Français en matière de langues étrangères, toutes les chaînes, sans exception, devraient être contraintes de diffuser les émissions, feuilletons et films étrangers en version originale sous-titrée, et cela aux heures de grande écoute.

- Pour compléter la signalétique qui existe aujourd'hui et déconseille certaines émissions aux enfants de moins de 10, 12 ou 16 ans, toutes les chaînes devraient être astreintes, sur chaque émission qu'elles signalent, à ouvrir un forum Internet avec des conseils aux parents et la possibilité d'un dialogue régulé avec eux. Systématiquement, les chaînes devraient rappeler aux familles la règle d'or du bon usage de la télévision pour les enfants : "Choisir avant. Regarder avec. Parler après."

Bien d'autres choses seraient nécessaires, en particulier en matière d'information citoyenne, d'ouverture à la création artistique et culturelle, de retours automatiques sur les émissions avec des débats ouverts à tous. Si l'on veut définitivement écarter le risque de télévisions aux ordres (du gouvernement ou de leurs actionnaires), chaque chaîne devrait être contrainte de diffuser une émission hebdomadaire indépendante d'analyse de ses propres programmes. Pas de véritable démocratie, en effet, sans un minimum de contrepoison à toutes les tentations totalisantes et totalitaires. Car l'enjeu est de taille : donner à la France la fierté de sa télévision et stimuler l'émulation des intelligences au lieu de laisser nos médias s'enfermer dans une oscillation mortifère entre crétinisme et élitisme.

Philippe Meirieu (professeur à l'université Lumière-Lyon-II, est directeur de la chaîne de télévision Cap Canal)

Ce texte est soutenu par la FCPE, la PEEP, la Ligue de l'enseignement, Education & Devenir, les centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (Ceméa) et le SGEN-CFDT.


Compléments :

C1) Un état des lieux de la VM sur les chaînes françaises est proposé par Télérama dans son numéro du 12 janvier 2011 (p.29).

C2) Hélas, bien souvent, un film est annoncé en VM puis passe en VF, par exemple The Game, le 23 janvier 2011.

C3) (13 décembre 2011) Un nouveau film, Hollywoo, met en scène un acteur de doublage, dont la profession est bien sûr tournée en dérision.

http://www.bienpublic.com/fr/images/A155FC40-4354-41B8-A238-3E9E4B732AD9/LBP_03/hollywoo-jeanne-est-la-doubleuse-francaise-d-une-actrice-americaine-qui-joue-dans-une-serie-tele-a.jpg

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