Mister Arkadin

JEUNES ET VIEUX HABITUÉS

25 Avril 2008, 21:27pm

Publié par Mister Arkadin

Pourquoi donc l’annonce de la sélection du Festival de Cannes est-elle encore attendue comme un événement et fait-elle l’objet d’un tel ramdam, avec conférence de presse en grande pompe, micros empressés et passage des président et délégué général dans tous les médias ? En attend-on encore vraiment quelque surprise que ce soit ? Quelque espoir d’un renouvellement ? Quelque espoir d’une audace de la part des sélectionneurs ?

1 792 longs métrages candidats, nous précise Le Monde d’aujourd’hui. Tout ça : cet énorme travail de visionnement par des petits comités de petits yeux au service des deux têtes pensantes de la direction du festival. Pour ça : un savant saupoudrage prévalant manifestement de plus en plus sur toute prise de risque.

Gilles Jacob prétend qu’avec l’arrivée de Thierry Frémaux au poste de délégué général, une « primauté » serait désormais « accordée à l’artistique » (toujours d’après Le Monde), les films « importants et novateurs » étant privilégiés. Force est de constater que ces derniers sont comme par hasard toujours réalisés par la petite série de réalisateurs ayant la carte auprès de ces messieurs.

La sélection francophone est à cet égard symptomatique, comme l’année dernière (Breillat, Honoré et je ne sais plus trop qui, si mes souvenirs, non des films, aussi vite oubliés qu’à moitié vus, mais de la sélection, sont bons). Au reste, pourquoi donc penser que le cinéma français aurait besoin de renouvellement, voire de découvertes, alors que nous disposons de cinéastes aussi immenses que Desplechin et Garrel, qui feront encore une fois s’extasier les gazettes qui font la mode (Les Cahiers, Les Inrocks, Libé, Le Monde) ?

Avions-nous déjà été gratifiés d’une sélection aussi paresseuse ? Même la section "Un certain regard" n'annonce rien de bien excitant. C'est donc vers des inconnus qu'il faudra se tourner. Mais ceux-ci sont bien rares en compétition, où l'on nous refourgue les vieux habitués ou semi-habiles surcotés, souvent bien fatigués, quoique leur persévérance nous vaille encore parfois quelques fulgurances et quoiqu’on serait prêt à tout leur pardonner tant ils nous ont déjà donné (Wenders, Egoyan voire Eastwood, les Dardenne, Depardon et Soderberg), et les jeunes habitués, fatigués avant même d'être vieux et dont on n’attendait déjà plus grand-chose après les premiers films (Michel Gondry, Nuri Bilge Ceylan, Jia Zhangke, Charlie Kaufman – ce dernier comme cinéaste après avoir signé quelques scénarios aussi indigents que prisés des snobs).

Pas plus d’audace hors compétition ou en séances spéciales, avec, c’est selon, les surévalués ou légèrement dévalués Allen, Ferrara, Wong Kar Waï, Spielberg. Restent Giordana et Kusturica, qui semblent eux aussi avoir leur(s) chef-d'œuvre(s) derrière eux.

Bref, même si quelques pépites se cachent sans doute dans le lot (à l’instar du Coen de l’année dernière), cela va roupiller dur sur la Croisette : bon courage aux festivaliers !


Lien complémentaire : « Cannes, un festival qui tourne à vide » (Le Monde diplomatique, mai 2006).