Mister Arkadin

PHÉNOMÈNES

20 Juin 2008, 23:31pm

Publié par Mister Arkadin

La troisième note que j’ai ajoutée à mon article « Beaucoup – Pas du tout » pourrait laisser penser qu’aucun film ne trouve grâce à mes yeux et que je ferais mieux d’occuper mes loisirs ailleurs que dans des salles de cinéma. Je m’empresse donc de signaler le premier film qui m’a marqué depuis un bail, depuis L’Heure d’été si mes souvenirs sont bons, quand bien même je n’ai pas grand-chose à en dire (quel dommage que l’admiration inspire souvent moins que l’exécration !...) et qu’il me faudrait le revoir pour mieux l’évaluer. Il s’agit du dernier Shyamalan, Phénomènes (The Happening). Un Shyamalan, assurément, avec son cortège de mystères, de personnages désorientés et d’angoisse diffuse, à tel point que les fans ne s’y retrouvent pas, à force d’y retrouver le même univers que dans les précédents films. Ainsi un lecteur des Inrocks écrit-il sur leur site : « Un air de déjà vu ou presque, qui risque de décevoir les addict de Shyamalan mais qui conviendra probablement aux novices (s’ils subsistent !). Please... Mr M. Night Shyamalan, don’t sold your soul to the devil ! Don’t let money rule your creativity ! it’s so precious...”

Peut-être est-ce parce que je suis l’un de ces "novices", n’ayant vu que deux ou trois Shyamalan et ne les ayant que modérément appréciés, que celui-ci m’a fasciné. J’ai du mal à comprendre pourquoi, la seule explication que je trouve est que j’ai constamment eu l’impression en voyant ce film que le cinéma était le seul moyen d’expression apte à rendre captivante et sensuelle une telle histoire, à faire ressentir par le spectateur ce que les personnages ressentent eux-mêmes. Je ne puis trouver une manière moins banale de rendre compte du talent de Shyamalan, dont la mise en scène me semble d’autant plus impressionnante que, contrairement à la majorité de ses films, qui s’achèvent sur un grand rebondissement en guise d’explication magistrale, tous les indices permettant de comprendre quels sont les "phénomènes" qui préoccupent les personnages nous sont donnés très rapidement. Si suspens il y a, il est similaire à celui des Oiseaux. Nous sommes promptement informés que c'est la végétation qui s’en prend aux humains, mais, au fur et à mesure du film, elle traque de plus en plus près les personnages principaux, de la même façon que les oiseaux d’Hitchcock étaient de plus en plus nombreux, de plus en plus gros, de plus en plus méchants (pour paraphraser François Truffaut). C’est donc moins la résolution de l’énigme qui intéresse ici Shyamalan, même s’il ne se prive pas de filmer le processus de réflexion de son personnage principal, interprété par le décidément formidable Mark Wahlberg, que sa perception des choses, que ses tentatives d’être à l’écoute de la nature tout en se déprenant de son emprise.


Bande-annonce du film.

Entretien avec Shyamalan.