Mister Arkadin

BESANCENOT, LE VICTIME D’UNE SANS-PAPIÈRE

21 Août 2008, 23:01pm

Publié par Mister Arkadin

Voici quelques années, j’avais été épaté, au cours d’une émission de France Culture (« Répliques ») dans laquelle il était question de la féminisation des mots (de fonctions notamment), par l’humour pince-sans-rire d’un professeur de philosophie qui avait réussi à glisser dans la conversation, en n’appuyant aucunement son effet, puis en continuant de parler comme si de rien n’était, qu’il était « un victime » (1). On ne pouvait mieux montrer le ridicule de nos modernes précieux, de la complaisance envers un féminisme outrancier et suranné, mais ayant toujours le vent en poupe. Le plus beau avec Ubu, c’est quand la réalité rattrape la farce. Le farceur, ici, est facteur. Son conformisme d’idiot utile éclate, une fois de plus, dans une vidéo qu’Alain Soral a mise en ligne avant-hier sur son site (« Bobo-libéralisme : petit cours de rappel avant la rentrée... »). Que ceux que Soral exaspère aille directement au passage (au début de la sixième minute du document) qui voit Olivier Besancenot compatir, la larme à l’œil, avec la misère d’immigrés clandestins pourchassés par la gestapo sarkosyste, des drames ayant frappé un sans-papiers et une sans-papiers : « une sans-papières », se reprend-il, sans que cela choque son interlocutrice et sans qu’il se rende compte de l’énormité de sa bourde (2).   Ne manque que le nez rouge à ce rigolo ! Il ne porte pour l'instant que le faux nez…


Compléments :

(1) (1er septembre 2009) Devait manifestement prendre place ici une note, mais elle a disparu, j’ignore à quel moment et pourquoi. Je ne me souviens plus non plus de son contenu…

(2) (1er septembre 2009) Depuis l’année dernière, j’ai eu l’occasion de constater qu’il ne s’agit pas là d’une « bourde ». Cela semble être la façon quasi officielle de désigner une immigrée clandestine dans certains milieux. Il s’est aussi confirmé depuis que ceux-ci pouvaient avoir la modestie de se parer du titre de Résistant autant qu’ils veulent, ils représentent les opposants rêvés pour le Pouvoir (et pour le Medef, comme le dénonce une nouvelle fois récemment E&R). On appréciera par exemple le magnifique « Sans papiers, la fabrique du délinquant » publié dans Libération (12 août 2009, p.23) par Évelyne Perrin (militante d’AC ! et de Stop précarité), dont voici un extrait : « […] la France a toujours besoin de ces travailleurs dans les secteurs de l’économie aux conditions de salaire et de travail les plus mauvaises, toujours désertés par la main-d’œuvre nationale. »
(3) (27 mars 2010) Dans le dépliant publicitaire du film réalisé par le collectif des cinéastes pour les "sans-papiers" (les guillemets sont dudit collectif), On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici !, et qui appelle à la régularisation de tous les travailleurs sans papiers, l'un de ceux-ci déclare :
« Si c'est pas les sans papiers qui font ce travail, là, le patron ne trouvera jamais quelqu'un pour le faire. » J'ai du mal à comprendre la logique. Si ce travailleur est régularisé, il n'acceptera donc plus ce travail que seul un sans papier, ce qu'il ne sera plus, accepterait. Et si ce patron ne pouvait trouver, aux conditions qui lui conviennent, qu'un sans papier, il ne pourra garder ce travailleur auquel des papiers auront été donnés. Mais la sanction que mérite peut-être ce patron pour avoir employé des sans papiers, sanction que le collectif n'a pas l'air d'envisager (il ne figure en tout cas pas parmi ses revendications affichées), est-elle de devoir garder ce travailleur dans d'autres conditions, plus décentes, mais du coup moins avantageuses pour le patron, alors que ses concurrents continueront à employer, à moindre coûts pour eux, des sans papiers arrivés depuis moins longtemps et du coup moins enclins à "sortir du bois" ?
(4) (21 mai 2012) Vient de paraître sur le sujet l'excellent Le Sanspapiérisme. Où sont les papiers des sans-papiers ? Anatomie d'une manipulation, par Luc Gaffié, aux éditions Xenia (Vevey, Suisse, 128 p.). Si l'implication des acteurs savamment mal rasés et des actrices aux lèvres charnues dans cette manipulation est soulignée de belle manière, le grotesque Welcome se voyant épinglé au passage, manque toutefois un chapitre sur le véritable genre cinématographique qu'est devenu le film d'hommage aux clandestins et d'éloge aux complices des filières qui les exploitent.  
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(5) (2 juin 2012) Jean-Claude Michéa, dans Le Complexe d'Orphée (p.142), conseille, au sujet du refoulement du « souvenir des luttes des ouvriers de Lip et des paysans du Larzac au profit de celles des clandestins de l'église Saint-Bernard (et sur l'étrange pacte entre l'univers "associatif" et le monde du showbiz et des médias noués à cette occasion », la lecture du livre de Thierry Blin L'Invention des sans-papiers (PUF, 2010).
(6) (28 septembre 2012)
http://lesalonbeige.blogs.com/.a/6a00d83451619c69e2017ee3cc1eaf970d-800wi