Mister Arkadin

DU MUTISME ET DU SUSPENS

9 Juin 2008, 08:59am

Publié par Mister Arkadin

L’un des attraits de tenir un blog comme celui-ci, sorte de journal d’un cinéphile à ciel ouvert, est que l’on peut coucher sur l’écran quelques idées sans se soucier qu’elles forment un tout bien constitué, qu’elles soient suffisamment développées et raccordées entre elles, voire cohérentes, alors qu’une parution en revue exigerait un tout autre "fini" dans la réflexion et l’écriture.

Ainsi me contenterai-je aujourd’hui de noter un point commun entre plusieurs films sortis récemment. Il s’agit de There Will Be Blood, Je suis une légende, Il y a longtemps que je t’aime et Le Nouveau Protocole (d’autres pourraient être mentionnés sans doute). Vous ne voyez pas le rapport ? Tous quatre présentent un personnage principal dont le mutisme est la caractéristique la plus affirmée, au moins dans la première demi-heure. Le Daniel Plainview de Paul Thomas Anderson et Daniel Day-Lewis est si concentré sur son entreprise de forage, si solitaire et replié sur lui-même qu’il ne prononce pas un mot de tout le début du film. Les trois autres (Will Smith, Christine Scott-Thomas et Clovis Cornillac) subissent, viennent de subir, ou sont encore sous l’effet d’un tel choc qu’il faut un long moment pour comprendre ce qui les fait agir, ou rester entièrement inactive (dans le cas de CST), tant eux-mêmes semblent rétifs à donner toute explication (aux autres personnages comme aux spectateurs).

Les rôles exigent tous quatre ce mutisme, mais je ne puis m’empêcher de voir dans cette coïncide une astuce de scénaristes, au demeurant fort bien vue et aucunement répréhensible, pour capter l’attention du spectateur. L’une des difficultés de l’écriture d’un scénario est sans doute de distiller des informations sur les personnages et sur l’intrigue de façon pas trop artificielle, sans qu’elles paraissent sortir de la bouche des personnages uniquement pour pallier l’absence d’un narrateur extérieur à l’action (comme dans un roman ou comme dans les films qui ont recours à une voix off). Dans les quatre films qui nous occupent, les scénaristes ont contourné cette difficulté, s’en sont même servi pour créer un suspens dès l’entame du récit, par la tension, presque l’agacement, que le décalage entre ce que cache le personnage principal et ce que le spectateur brûle de savoir entretient. Il serait dommage que cette astuce devienne un truc revenant trop souvent. Elle a au moins contribué à rendre passionnants à mes yeux trois de ces quatre films, au moins dans leur première heure.