Mister Arkadin

Articles avec #ecrivains et cinema

ON NE PRÊTE QU'A DURAS, MAIS SANS DONNADIEU

23 Septembre 2012, 23:03pm

Publié par Mister Arkadin

Lors d’une conversation récente, JL (1) m’a dit sa colère en découvrant la présentation, dans la récente Pléiade Duras (volume 1/2, 1943-1973), d’Hiroshima mon amour comme du premier scénario publié (ce qui aurait été inédit à l’époque).

J’ai partagé cet étonnement, teinté de désabusement dans mon cas en constatant soit la puissance d’intimidation de Gallimard pour réussir à faire passer auprès de la presse "informée" une telle ânerie comme argument publicitaire, soit l’ignorance sans cesse affichée par les journalistes, qui ont laissé le responsable de cette édition, Gilles Philippe, la débiter sans être contredit (par exemple dans Libération, 20 octobre 2011, p.III [« Le cinéma fait son entrée dans la Pléiade » « pour la première fois » - textes de scénarios (Hiroshima et Une aussi longue absence)] et Le Figaro, 20 octobre 2011, p.32).

http://4.bp.blogspot.com/_5SMlnCFhaTA/TL7Mjf6syAI/AAAAAAAAQNc/YsHkPc_5FFw/s1600/poster_05.jpg

Ce n’est toutefois pas la moindre entourloupe de cette édition à être passée comme une lettre à la poste. Intimidation ou ignorance, je ne saurais dire, mais je n’ai lu personne protester que l’on se foutait du monde en parlant d’"Œuvres complètes" de la dame, qui commenceraient en 1943 ! Malin, Gilles Philippe, dans certains entretiens, a anticipé les objections, sans pour autant préciser pourquoi il ajoutait… « sous son nom de plume » (2) ! La consultation de la fiche Wikipedia de MD aurait suffi aux journalistes pour lui rétorquer que c’était tout de même une façon un peu facile de s’en tirer à bon compte.

http://www.histoire-memoires.com/img/politiques-autres/duras-marguerite/empire-francais-duras-roques.jpg


Notes :

(1) Auteur de l’une des Bibles de la cinéphilie française, avec le JPC/BT, le PV, l’AH/FT, le CB, l’EV que je prépare.

(2) La jobardise des journalistes officiant dans la presse "branchée" est sans limite, certes. On admira tout de même le papier publié le 13 juillet 2012 dans le magazine bancaire Les Inrockuptibles (p.99), sous le titre « renommer, fit-elle », où la volonté de se déprendre de la figure paternelle semble avoir été la seule raison, pour Duras, d'effacer Donnadieu.

 


Complément (19 décembre 2012) : Duras fait partie de ces élus dont la moindre parole est recueillie pieusement, les éditeurs faisant tous les fonds de tiroir possibles pour ajouter un titre d'Elle à leur catalogue. Viennent d'être publiées trois "bonnes feuilles exclusives" reproduisant des extraits d'un entretien réalisé par une journaliste italienne, qui va paraître sous le titre La Passion suspendue (Le Nouvel Observateur, n°2511, 20 décembre 2012, p.144-146, « La confession secrète de Duras »). Entre diverses banalités et incongruïtés, on remarque la question suivante, aussi indiscrète que pointue : « Votre premier livre, "Les Impudents", date de 1943. Vous aviez 29 ans. »

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AUX ORIGINES D’UN "GENRE NOUVEAU" : "L’OR DU TEMPS"

4 Avril 2012, 23:02pm

Publié par Mister Arkadin

Deux des personnes que j’apprécie le plus parmi les chercheurs en histoire du cinéma, Paola Palma et Alain Virmaux, sont les meilleurs spécialistes des rapports entretenus par Colette avec le septième art. Aussi fouillées soient leurs publications sur le sujet (particulièrement le livre de PP édité chez Temi en 2010, Colette. Una scrittrice al cinema. Recensioni e riflessioni, et Colette et le cinéma, synthèse des travaux d’AV et de son épouse Odette, publiée avec Alain Brunet en 2004), il est un point de détail qu’ils ont tous deux, sinon ignoré, du moins laissé presque totalement dans l’ombre : la publication, dans une collection non seulement dirigée par Colette, mais qui portait son nom (cf. la coupure de presse ci-dessous, parue dans la Revue mondiale du 1er février 1925), de l’un des premiers romans situés dans les milieux du cinéma.

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Bien qu’ils le mentionnèrent dans leur livre Un genre nouveau : le ciné-roman (Paris, Edilig, collection « Médiathèque » [1], 1983, p.33 et « repères bibliographiques », p.122) et qu’ils en reproduisirent la couverture (p.110), les Virmaux ne firent en effet que très peu de cas de L’Or du Temps. Roman de l’âge du cinéma, publié par le journaliste et critique Pierre Scize aux Éditions Ferenczi en 1923 (collection « Colette », 238 p.). Il s’agissait de la reprise en volume d’un récit paru, en feuilleton de trente-huit épisodes du 2 août au 11 septembre 1921 (à partir du n°911), dans le quotidien de Gustave Téry Bonsoir, dont les pages culturelles étaient dirigées par Henri Béraud.  

Alors que, pendant longtemps, j’avais recherché en vain cette rareté, je suis récemment tombé deux fois dessus, la dernière par le plus grand des hasards, dans une belle et discrète librairie de Bruxelles, à la fin d’un séjour où je désespérais de ne rien trouver de bien intéressant en cette ville qui fut, jusqu’aux débuts des années 2000, la providence des chineurs dans mon genre. 

Belle pièce de collection, assurément, mais roman plutôt médiocre, bien moins bon que le Cinoche de Boudard dont j’ai parlé voici peu et avec lequel, en plus d’offrir une peinture sarcastique des milieux du cinéma (à cinquante ans d’intervalle), il présente l’intérêt pour moi de se moquer de la presse cinématographique – à laquelle Pierre Scize appartenait (contrairement à Boudard, plus rosse à son égard) – puisque, Georges Hovard, le metteur en scène de L’Or du Temps se trouve être « chroniqueur cinématographique au Grand Jour » (page 41). Voici le passage le plus croustillant à ce sujet (pages 119-121) :

- […] Vous êtes tous les mêmes. Vous prenez ce qui s’offre. Vous avez tous besoin de travailler. Avec de l’argent je ferais tourner des films obscènes au plus scrupuleux d’entre vous. Avec de l’argent, je ferais écrire ce que je voudrais sur n’importe quel navet. Vous n’avez pas le droit de crâner, tous, ici. Mérindol a tourné La Marquise de la Mort qui était une interminable cochonnerie. Portal et Bousquet ont accepté des besognes de garde-chiourme pour mener devant l’appareil les trois mille figurants de Messaline. Brown a arrosé tous les journaux corporatifs pour essayer de couler Arbell avec qui il est associé aujourd’hui… Dites donc que ça n’est pas vrai ? Est-ce qu’il faut en rougir ? Est-ce que je vous reproche quelque chose ? Vous êtes de f…tues bêtes !

« Moi, je touche de l’argent pour louanger vos films et quand je ne passe pas à la caisse, je les engueule… Est-ce que je suis une fripouille ? Je suis un homme d’affaires. »

Tous écoutaient, les uns en silence, les autres avec un sourire complice. Tous subissaient de la part de ce petit vieillard bilieux et sarcastique ce qu’ils n’auraient supporté de personne.

Seul, Georges s’écria :

- Ce que cet animal est saoul !

Dubert le regarda bien en face :

http://a7.idata.over-blog.com/1/56/09/56/PHOTOS---3/L-Or-du-temps.jpg

- Le plus rigolo, mon petit, c’est encore toi. Tu batailles depuis deux ans. Tu écris des articles contre les mauvais films. Tu te crois indépendant parce que tu n’acceptes de publicité que pour les bonnes bandes. Tu as combattu tous ceux qui faisaient des navets. Tu n’as pas trouvé dans ton dictionnaire des synonymes assez de mots pour flétrir les faiseurs d’adaptations. Et, quand tu as un film à tourner, tu commences par adapter… comme les autres… Et tu oses t’en vanter…

Mérindol arrêta le butor par une esquisse qui rappela à tous la présence de Prosper Gérente :

- Mais aussi… N’avons-nous pas tous rêvé d’adapter L’Or du Temps pour l’écran. C’est une œuvre si…

- Si connue ! trancha avec un gros rire Dubert.


Note :

[1] Cette collection de la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente était dirigée par François Chevassu, l’un des piliers de la revue Image et Son et des Saisons cinématographiques, récemment disparu (cf. la nécrologie parue dans Positif, par Jean A. Gili, n°611, janvier 2012, p.65).

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LE CINOCHE DE BOUDARD

7 Mars 2012, 12:50pm

Publié par Mister Arkadin

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Aussi bien dans l’entretien qu’il a donné au "Libre journal du cinéma" (le 1er décembre 2011) que dans son récent essai La France d’Alphonse Boudard, Pierre Gillieth a reconnu sans détour que la contribution de Boudard au cinéma, que ce soit par le biais d’adaptations de ses romans, notamment La Métamorphose des cloportes (où les références au cinéma sont pourtant légion), que par sa collaboration à des scénarios originaux ou inspirés d’œuvres d’autres auteurs, n’avait guère produit de films mémorables. Dans son livre de souvenirs recueillis par Lucien d’Azay (Contre-enquête, publié en 1998 chez Robert Laffont), Boudard parle de « films "casse-croûte" » : « Je faisais le mieux possible, certes, mais il fallait aussi que je gagne ma vie » (page 173). Aussi bien n’est-ce pas par pure modestie qu’il émet un diagnostic pertinent à ce sujet : « pour moi, le cinéma était quelque chose de tout à fait secondaire, puisque je ne pouvais pas être le maître… » (page 174).

Par conséquent, ce que les rapports de Boudard au cinéma ont engendré de meilleur est sans doute son roman Cinoche, dans lequel il livre une savoureuse satire des « us et coutumes cinochières » (Éditions La Table ronde, 1974 ; collection « Folio », 1975, page 75). Gillieth indique qui se cachent derrière les personnages croqués malicieusement par Boudard : l’inénarrable couple Marc Simenon – Mylène Demongeot (Luc Galano et Gloria Sylvène, tout du long du récit, avec au passage un portrait du père Ralph Galano, un Georges Simenon qui aurait été peintre à succès, mais artiste aux manies similaires…), les cinéastes Henri-Georges Clouzot et Denys de La Patellière (le sadique Satanas et le médiocre Glapaudière, page 50), Pascal Jardin (l’opportuniste Blaise Potager, page 88), Michel Audiard (le pétillant Loulou Masardin, page 80). En revanche, autant un autre pseudonyme est transparent (« le génial Asmachin », prophète de la caméra stylo, page 127), autant quelques autres sont moins évidents aujourd’hui (le producteur Slimane Chilbik, page 67, Anatole Vasinat, page 85, Marius Gonfalon, page 121, Kurt Zolbelblatt et Virgil Korluche, Léon et Marilyn Busard, directeur de production et attachée de presse, page 266).

Boudard est encore moins explicite que Gillieth, car il prétend s’être « servi de certains traits de personnes que j’ai rencontrées dans ce métier, mais je les ai mélangés. […] En fait, Cinoche n’est pas un livre à clefs, c’est un livre à fausses clefs… Et puis ce n’étaient pas de très grosses vedettes : si j’ai choisi cette affaire-là en particulier, c’est parce qu’elle était un peu minable. »

L’affaire en question, c’est la rocambolesque préparation du Champignon de Marc Simenon, film n’ayant en effet pas laissé un souvenir impérissable dans la mémoire des cinéphiles – ci-dessous deux affiches, dont l’une à l’opportunisme tout à fait dans le ton du livre de Boudard :

http://www.encyclocine.com/films/en13908.jpg

Au moins ce Champignon aura-t-il été le prétexte à l’écriture d’un des romans les distrayants et instructifs sur les milieux du cinéma. Tropisme personnel oblige, j’ai sélectionné en guise d’échantillon un passage où Boudard épingle la critique (pages 33-34 ; notons qu’il vise plus explicitement encore page 85 « les dévots des Cahiers du cinéma », et qu’il épingle sans ménagement les clans de la Nouvelle Vague et de Libé dans Contre-enquête) :

« Hyde Park, les explications mortelles au surin… tous les ruffians à melon gris perle… Jo le Havrais, Alex le Juif… les rues du Soho avant 14, ça me faisait rêver la plume ! Un sujet fort et coloré à lui tout seul… l’ambiance Mac Orlan. Mais déjà, hop ! le Milo me plongeait dans une autre période… l’après-guerre en Argentine… le gang des Parisiens… la maison gigolette à Buenos-Aires. Là, il s’est bourré, le vecchio… esbigné à temps avant que ça se termine pour les voyous retardataires sur les pontons du Rio de la Plata. L’autre, il voulait fourrer tout ça dans un seul film d’une heure et demie, ça me paraissait bien glandilleux… je respirais le naveton à l’avance… encore une occase de se faire étriller par tous les roquets de la critique. Surtout avec le blase qu’il arborait… Galano… ils allaient par lui faire de fleurs… la moindre connerie, on lui servirait tout chaud son papa si génial, si fantastique dans sa spécialité, son Art… Tel père pas tel fils… je lisais déjà leurs gentillesses à ces messieurs. Ils ont leurs tronches… celui-ci au moindre pet… sublime, révolutionnaire, transfigurateur esthète !... celui-là toujours traîné au fond des chiottes, glavioté, piétiné féroce, soupçonné des pires intentions réactionnaires, fascistes, racistes, bourgeoises bien pensantes. Ils se veulent presque tous à présent, nos critiques, moralistes… métaphysiciens, moines ligueurs vigilants d’une religion cinématographique bien difficile à cerner dans son évangile. L’état de grâce, ils le décrètent sans qu’on sache au juste pourquoi… s’ils vous prennent dans leur collimateur haineux, on peut se prévoir l’autocritique douloureuse les grands soirs de révolution culturelle. Le môme Galano, probable que les milliards de son dab barbouilleur, ça jouerait plutôt contre lui… ce que je gambergeais. Il avait pas l’air tellement de prévoir les seaux de merde qui se déversent soudain ! Il me semblait d’un naturel par trop optimiste. »


Complément :

(11 février 2013) Un lecteur me signale que le film dont il serait question dans Cinoche ne serait pas Le Champignon, mais L'Explosion, dont le sujet serait « quand même plus proche de ce que raconte Boudard dans son livre ». N'étant guère familier de l'œuvre de ce Simenon là, je le crois sur parole. Dont acte.

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CÉLINE AU "TARAPOUT"

15 Janvier 2012, 00:03am

Publié par Mister Arkadin

L’un des événements parisiens, littéraires et mondains de la fin 2011 a été la présentation le 21 novembre, au Gaumont Opéra (Paris, boulevard des Capucines), du documentaire de Patrick Buisson Paris Céline, avec l’excellent Lorànt Deutsch. L’indispensable Bulletin célinien (BC, n°336, décembre 2011, p.13) en a bien entendu rendu compte, en reprenant l’article publié par Francis Bergeron dans Présent (25 novembre 2011, p.2), quasi parfait comme toujours. Je me permets d’y renvoyer en émettant cette très légère réserve car deux omissions se sont glissées (1).

La première, qui a été rectifiée dans la version publiée dans le BC, était l'oubli, parmi les personnalités ayant assisté à cette projection exceptionnelle, de notre ami commun Philippe d’Hugues, qui, pour n’être pas un fervent célinien déclaré, en remontre à beaucoup, non seulement en histoire du cinéma, mais en histoire littéraire, y compris sur cet auteur pour lequel il n’a nul mépris, bien qu’il ne figure pas parmi ses préférés. Il m’a en effet signalé la seconde omission : le Gaumont Opéra n’est autre que le Paramount Opéra, son précédent nom. « So What ? », me direz-vous. Il s’agit du fameux Paramount, dont l’inauguration en novembre 1927 fut un événement encore plus considérable (ci-dessous le compte rendu publié par Émile Vuillermoz dans Le Temps du 26 novembre 1927, page 6, que j’avais déjà reproduit dans mon livre "Le Temps" du cinéma, page 212). Mais encore…

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Il convient tout simplement de rappeler que Céline lui-même a abondamment parlé de cette salle prestigieuse, à sa façon cela va de soi et en l’affublant d’un petit nom de son cru, dans Le Voyage au bout de la nuit, dont je reproduis ci-dessous quelques passages (Éditions Gallimard, collection « Folio », pages 445-445 et 448-450) :

[…] le « Tarapout » m’a attiré. Il est posé sur le boulevard comme un gros gâteau en lumière. Et les gens y viennent de partout pressés comme des larves. Ils sortent de la nuit tout autour les gens avec les yeux tout écarquillés déjà pour venir se les remplir d’images. Ça n’arrête pas l’extase. C’est les mêmes qu’au métro du matin. Mais là devant le Tarapout ils sont contents, comme à New York ils se grattent le ventre devant la caisse, ils suintent un peu de monnaie et aussitôt les voilà tout décidés qui se précipitent en joie dans les trous de la lumière. On en était comme déshabillés par la lumière, tellement qu’il y en avait sur les gens, les mouvements, les choses, plein des guirlandes et des lampes encore. On aurait pas pu se parler d’une affaire personnelle dans cette entrée, c’était comme tout le contraire de la nuit.

[…] Voilà que pendant qu’on se parlait bien agréablement ainsi, qu’on se confessait en somme, survint l’entracte du Tarapout et les musiciens du ciné qui débarquent en masse au bistrot. On prend du coup un verre en choeur. Lui Parapine il était bien connu des musiciens.

De fil en aiguille, j’apprends d’eux qu’on cherchait justement un Pacha pour la figuration de l’intermède. Un rôle muet. Il était parti celui qui le tenait le « Pacha », sans rien dire. Un beau rôle bien payé pourtant dans un prologue. Pas d’efforts. Et puis, ne l’oublions pas, coquinement entouré par une magnifique volée de danseuses anglaises, des milliers de muscles agités et précis. Tout à fait mon genre et ma nécessité.

Je fais l’aimable et j’attends les propositions du régisseur. Je me présente en somme. Comme il était si tard et qu’ils n’avaient pas le temps d’aller en chercher un autre de figurant jusqu’à la Porte Saint-Martin, il fut bien content le régisseur de me trouver sur place. Ça lui évitait des courses. À moi aussi. Il m’a examiné à peine. Il m’adopte donc d’emblée. On m’embarque. Pourvu que je ne boite pas, on ne m’en demande pas davantage, et encore...

Je pénètre dans ces beaux sous-sols chauds et capitonnés du cinéma Tarapout. Une véritable ruche de loges parfumées où les Anglaises dans l’attente du spectacle se détendent en jurons et cavalcades ambiguës. Tout de suite exubérant d’avoir retrouvé mon beefsteak je me hâtai d’entrer en relations avec ces jeunes et désinvoltes camarades. Elles me firent d’ailleurs les honneurs de leur groupe le plus gracieusement du monde. Des anges. Des anges discrets. C’est bon aussi de n’être ni confessé, ni méprisé, c’est l’Angleterre.

Grosses recettes au Tarapout. Dans les coulisses même tout était luxe, aisance, cuisses, lumières, savons, sandwichs. Le sujet du divertissement où nous paraissions tenait je crois du Turkestan. C’était prétexte à fariboles chorégraphiques et déhanchements musicaux et violentes tambourinades.

Mon rôle à moi, sommaire, mais essentiel. Ballonné d’or et d’argent, j’éprouvais d’abord quelque difficulté à m’installer parmi tant de portants et lampadaires instables, mais je m’y fis et parvenu là, gentiment mis en valeur, je n’avais plus qu’à me laisser rêvasser sous les projections opalines.

Un bon quart d’heure durant vingt bayadères londoniennes se démenaient en mélodies et bacchanales impétueuses pour me convaincre soi-disant de la réalité de leurs attraits. Je n’en demandais pas tant et songeais que cinq fois par jour, répéter cette performance c’était beaucoup pour des femmes, et sans faiblir encore, jamais, d’une fois à l’autre, tortillant implacablement des fesses avec cette énergie de race un peu ennuyeuse, cette continuité intransigeante qu’ont les bateaux en route, les étraves, dans leur labeur infini au long des Océans...


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/36/Cin%C3%A9_Gaumont_Op%C3%A9ra.jpg

Note :

(1) Plus une affirmation qui, pour être juste, se trouve nuancée pour cette occasion : Patrick Buisson y est décrit comme un « conseiller politique de Sarkozy, directeur de chaîne télévisée, éminence grise, auteur de best-sellers historiques, bibliophile averti, documentaliste hors pair, régulièrement vilipendé par Le Monde et les bien-pensants ». Rien à redire, sinon que, pour une fois, Le Monde s’est montré "fair-play" à l’égard de Buisson puisque ce journal a publié, dans son supplément « Télévisions », un article élogieux pour Paris Céline. On n’en dira en revanche pas autant de Télérama, aussi fielleux qu’impertinent.

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AFTER CRASH

30 Novembre 2011, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

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J’ai reproduit hier les passages où il est question de cinéma dans le livre d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, dont l’adaptation, signée Philippe Lioret (baudruche qui mériterait d’être définitivement dégonflée après cette nouvelle débandade), vient de sortir sous le titre Toutes nos envies.

http://entetedaffiche.files.wordpress.com/2011/02/matt_damon_in_hereafter_wallpaper_1_1024.jpg

Plus encore que les références explicites au cinéma, font penser à des films le début, de façon prospective, la description du Tsunami renvoyant à sa représentation par Clint Eastwood dans Hereafter, et le passage où le narrateur aurait pu citer le Crash de David Cronenberg : « En tapant sur Google les mots "sexualité, handicap", je suis tombé sur un site appelé Overground, destiné aux gens sexuellement attirés par les amputés » (p.210). Étrange, de la part du cinéphile Carrère, qui semble parfois voir toute situation à l'aune d'une représentation cinématographique, qu'il n'y ait pas songé.

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POUR LES BONUS DU DVD

29 Novembre 2011, 00:11am

Publié par Mister Arkadin

Il a filé dans sa tanière et Rodrigue, esseulé, a commencé à tourner en rond et harceler Hélène, qui essayait de somnoler dans une chaise longue au bord de l’immense piscine d’eau de mer où une Allemande âgée mais incroyablement athlétique qui ressemblait à Leni Riefenstahl nageait chaque matin pendant deux heures.

Quelques mois plus tôt, j’ai réalisé un film d’après mon roman, La Moustache. Pendant la préparation et le tournage, il nous est souvent arrivé, à Hélène et moi, de passer la nuit dans le décor principal, l’appartement du couple que jouaient Vincent Lindon et Emmanuel Devos. Nous prenions un plaisir clandestin à dormir dans le lit des héros, à utiliser leur baignoire, à remettre hâtivement les choses en place avant que l’équipe arrive, le matin. Le scénario comportait une scène érotique que je voulais très crue. Les deux acteurs, un peu inquiets, me demandaient régulièrement comment je comptais la tourner et je répondais avec assurance que j’avais mon idée, alors que je n’en avais aucune. Sur le plan de travail, une nuit entière était prévue pour la scène 39 et, cette nuit approchant, j’ai commencé à m’inquiéter aussi. Un soir, dans le décor, Hélène à qui je confiais cette inquiétude a proposé que pour y voir plus clair nous répétions la scène, nous. Deux nuits de suite, devant une caméra vidéo posée sur pied, nous l’avons donc répétée, variée, enrichie, en mettant beaucoup de cœur à l’ouvrage. Le moment venu, elle a été tournée pour de bon, elle n’était pas si mal mais on l’a finalement coupée au montage et c’est devenu une plaisanterie rituelle d’annoncer aux acteurs qu’on la gardait pour les bonus du DVD. En réalité, ce qui serait beaucoup mieux pour les bonus du DVD, ce seraient les deux cassettes de porno domestique rangées dans le tiroir de mon bureau sous l’innocent étiquette : essaies, rue René-Boulanger.

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À la péripétie, presque invisibles car ils prenaient leurs repas à part, je ne sais où, il y avait les Suisses ayurvédiques et Leni Riefenstahl qui chaque matin continuait à faire ses longueurs de bassin.

Le film que j’avais tourné l’été précédent allait être présenté au festival de Cannes. Je me sentais brillant, important, et cette semi-belle-sœur cancéreuse dans sa petite maison au fond de son patelin de province, cela me faisait de la peine, bien sûr, mais c’était loin. […] Entre Cannes et la sortie du film, il y avait encore une station sur le chemin qui me conduisait vers la gloire, c’était un autre festival, à Yokohama. Je voyageais en classe affaires, il y aurait le gratin du cinéma français, je me voyais déjà fêté en japonais.

J’ai été et je suis encore scénariste, un de mes métiers consiste à construire des situations dramatiques et une des règles de ce métier c’est qu’il ne faut pas avoir peur de l’outrance et du mélo. Je pense tout de même que je me serais interdit, dans une fiction, un tire-larmes aussi éhonté que le montage parallèle des petites filles dansant et chantant à la fête de l’école avec l’agonie de leur mère à l’hôpital.

Comme à la fête de l’école, on avait l’impression que le scénariste avait eu la main lourde.

À l’autre extrémité de l’échelle, le seul autre hôtel où j’avais réellement habité, je veux dire vécu plusieurs semaines, était le luxueux Intercontinental de Hong Kong, où Hélène était venue me rejoindre pendant le tournage de La Moustache.

À plusieurs reprises, tandis qu’il parlait, j’avais senti Hélène à côté de moi s’impatienter et presque se cabrer. C’était comme de regarder un film qu’on aime à côté de quelqu’un qui l’aime moins, et je voyais bien ce qui dans les paroles d’Étienne avait pu la heurter.

On avait l’impression qu’en disant juge il pensait flic, et flic comme les jouait Michel Bouquet dans les films d’Yves Boisset à l’époque : cauteleux et pervers, celui entre les mains de qui il vaut mieux ne pas tomber.

Si on m’avait demandé de citer trois ou même un seul grand juge je serais resté sec, tout ce que j’aurais trouvé c’est quelques noms dont on parle à propos de dossiers médiatiques, et encore ces juges connus du public – Halphen, Van Ruymbeke, Eva Joly – sont des juges d’instruction, pas des juges siégeant au tribunal avec une robe et un parement d’hermine, personnages que la mythologie romanesque et cinématographique montre plutôt comme d’antipathiques gardiens de l’ordre bourgeois.

À la fin, les figurants s’éclipsent. Nathalie, elle, s’attarde et lui propose d’aller au cinéma. Le film qu’ils vont voir, Rouge, de Kieslowski, raconte l’histoire d’un juge boiteux et misanthrope que joue Jean-Louis Trintignant, mais ils ne prêtent aucune attention à cette coïncidence car au bout de dix minutes elle l’embrasse.

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Cercle de notables, dynasties de commerce et de robe, façades sévères derrière lesquelles se vident à huis clos les querelles d’héritage : ça amusait plutôt Étienne de se retrouver parachuté dans cette province des films de Chabrol, d’autant qu’il n’était pas question d’habiter Vienne, seulement d’y aller trois fois par semaine, une demi-heure de voiture depuis le quartier de Perrache où ils venaient de trouver l’appartement qu’ils habitent aujourd’hui.

Ils sont entrés à quatre dans son bureau, deux cadres de la société, dont l’un était venu spécialement de Paris, et deux avocats de Vienne. J’aimerais raconter leur entrevue comme une scène de film policier. Cela commencerait doucement, on plaisanterait : alors comme ça, c’est vous, l’empêcheur de tourner en rond ? Mais les plaisanteries tournent à la menace voilée, et bientôt plus voilée du tout.

Ouf. Dans un film, une musique intensément dramatique devrait accompagner la découverte de ces lignes par l’héroïne. On verrait ses lèvres bouger à mesure qu’elle avance dans sa lecture, son visage exprimerait d’abord la perplexité, puis l’incrédulité, enfin l’émerveillement. Elle lèverait les yeux vers le héros en balbutiant quelque chose comme : mais alors… cela veut dire ? Contrechamp sur lui, calme, intense : tu as bien lu.

On faisait des barbecues dans les jardins, on se gardait mutuellement les enfants, on échangeait des DVD : films d’action pour les garçons, comédies romantiques pour les filles, que Patrice et Juliette regardaient sur l’écran de leur ordinateur car, seuls en cela dans le village, ils n’avaient pas la télévision.

Quand Anne-Cécile ou Christine passaient, l’après-midi, prendre une tasse de thé et bavarder, elle disait que les journées coulaient lentement, entre le fauteuil et le canapé, dans une perpétuelle sieste nauséeuse, qu’elle n’avait pas la force de lire, à peine de regarder un film de temps à autre, que la vie se rétrécissait et que ce n’était pas drôle, mais elle ne s’étendait pas davantage, à quoi bon ?

Le mercredi 9 juin, il a loué au vidéoclub de Vienne le film d’Agnès Jaoui Comme une image. Après avoir couché les filles, ils l’ont regardé ensemble sur le canapé du salon, l’ordinateur posé sur le repose-pieds, devant eux. Juliette avait son masque d’assistance respiratoire mais elle ne se sentait pas trop mal. Elle s’est endormie avant la fin, sur son épaule, comme presque toujours désormais quand ils regardaient un film ou qu’il lui faisait la lecture à voix haute.

J’ai donné des nouvelles de Jean-Baptiste, qui fait maintenant ses études dans une université en Irlande, et de son frère aîné, Gabriel, qui débute comme monteur de cinéma.

Patrice raconte, lui, que ses premiers mots ont été : où est Maman ? et que le premier film qu’elle a aimé, c’est Bambi. Elle a revu cent fois la scène où Bambi comprend que sa maman ne se relèvera pas, c’est l’image la plus juste qu’elle se fait de sa propre histoire.

D’autres vies que la mienne, par Emmanuel Carrère,
Paris, P.O.L., 2009 ;
À vue d’œil, 2009
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COMME DANS LES FILMS DONT LE JEUNE HOMME RÉCITE LES RÉPLIQUES CULTES

19 Novembre 2011, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

 

Dans un remake russe des Tontons flingueurs, à la rigueur

cela pouvait faire penser, pour la violence et la rage, à la dérive urbaine de Robert De Niro dans Taxi Driver

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C’était le scénario qu’il se racontait à trente ans, émigré sans le sou largué sur le pavé de New York, et trente ans plus tard, voilà, le film se réalise

un genre d’amabilité que je croyais l’apanage des actrices américaines : riant beaucoup, s’émerveillant de tout ce que vous lui dites, vous plantant là quand passe quelqu’un de plus important

s’en prenant à Poutine avec aussi peu de précautions qu’une actrice engagée, chez nous, en faveur des sans-papiers peut s’en prendre à Sarkozy

j’écris des livres, des scénarios, et ma femme est journaliste

Arrêtez de vous faire un film d’épouvante

Quand il arrive avec Kadik au cinéma Pobiéda

étaler des livres d’occasion sur une table pliante dans le hall d’un cinéma

notre Édouard, ce Barry Lyndon soviétique

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un film projeté de façon quasi permanente à Kharkov tout au long de ces années, et qu’il ont vu en bande dix, vingt fois : Les Aventuriers, avec Alain Delon et Lino Ventura

avoir l’air d’un homme comme Delon, qu’il essaie d’imiter, seul devant son miroir

une certaine Néna (pas Nina, ni Léna : Néna), qui était la femme du cinéaste Jacques Baratier – auteur de Dragées au poivre, avec Guy Bedos

jamais à ma connaissance parlé de Tarkovski fils

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il va boire un coup avec les autres et tente de fomenter une révolte à la manière d’un de ses héros, le marin du cuirassé Potemkine

des gens comme les frères Mikhalkov, Nikita et Andreï, tous deux cinéastes de talent, célèbres à l’étranger, louvoyant entre docilité et audace avec autant de doigté que leur père, poète célèbre lui aussi et qui entre l’aube et le crépuscule de sa longue carrière trouva le moyen de composer des hymnes à Staline et Poutine

toujours riant, avec l’acteur connu qui l’embrasse à pleine bouche avant d’entrer dans l’appartement

Quand on vient de Moscou, c’est comme si on passait d’un film en noir et blanc à un film en couleurs.

dans de petits cinémas pornos, et cela aussi les enchante

pensé que sa vie aventureuse le mènerait quelque part, que le film finirait bien

quelquefois, il se paye un cinéma porno, moins pour s’exciter que pour pleurer doucement, silencieusement

avec l’air de se prendre très au sérieux, les feuillets dactylographiés de ce qui doit être un scénario

se flatte d’avoir perdu un million de dollars en produisant un film d’avant-garde

l’auteur des Dents de la mer

les clients des revues et des cinémas pornos

comme le richard à haut-de-forme des Lumières de la ville

commettre un meurtre politique, comme De Niro dans Taxi Driver

devenu une sorte de wunderkind de la critique de cinéma

emmener les filles à des projections privées

trouvé du travail comme critique de cinéma

une autre allure que les conversations de café filmées par les anciens élèves de l’IDHEC

un restaurant géorgien qui ressemble, pense Édouard, aux restaurants de marché noir dans les films français sur l’Occupation

l’affaire semble partie pour tourner comme dans les films dont le jeune homme récite les répliques cultes

Obi-Wan Kenobi, le sage mentor, dans Star Wars, du chevalier Jedi velléitaire et indécis à qui fait de plus en plus penser Gorbatchev

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l’horreur du héros dans L’Invasion des profanateurs de sépultures, le vieux film de science-fiction des années cinquante, quand il découvre que les hommes ont été, peu à peu, remplacés par des extraterrestres et que chacun de ses familiers, en apparence inchangé, est en réalité un mutant malfaisant

un journaliste américain qui s’était fait assez sérieusement démonter la gueule et, par ailleurs, partageait ma passion pour les histoires de science-fiction paranoïaques dont L’Invasion des profanateurs de sépultures est le paradigme

Hatzfeld décrit Arkan, qui préside à l’opération, comme une sorte de Rambo

un cinéaste anglais d’origine polonaise avec qui je partage beaucoup de curiosités

ce changement d’échelle présenté comme un contrechamp est un peu vicieux

à l’enterrement de Sakharov, un jeune homme avait comparé le défunt à Obi-Wan Kenobi et Gorbatchev à un Jedi maladroit

ceux qui se référaient à Star Wars pour se raconter l’histoire de leur pays

un film d’épouvante absolument terrifiant et qui se terminait de façon enthousiasmante

Castro, Kadhafi et Saddam Hussein, seuls rescapés du cercle des poètes disparus

Beau, costaud, le sourire franc, la poignée de main ferme : Mel Gibson dans L’Année de tous les dangers.

Cette figure [le baron Ungern von Sternberg] comparable à l’Aguirre de Werner Herzog

pêle-mêle dans son panthéon Lénine, Mussolini, Hitler, Leni Riefenstahl, Maïakovski, Julius Evola, Jung, Mishima, Groddeck, Jünger, Maître Eckhart, Andreas Baader, Wagner, Lao-tseu, Che Guevara, Sri Aurobindo, Rosa Luxembourg, Georges Dumézil et Guy Debord

dans les films, le héros est toujours blessé à l’épaule

Il faudrait un Scorsese pour illustrer cette aventure.

On traverse l’Herzégovine, plateau rocheux, venteux, aride, où ont été tournés beaucoup de western spaghettis et où ne poussent, dit-on, que des pierres, des serpents et des oustachis.

Les affiches et peintures qui recouvraient les murs rongés d’humidité représentaient Staline, Fantômas, Bruce Lee, Nico et le Velvet Underground, Limonov en uniforme d’officier de l’armée rouge.

On commandite de grands films romanesques sur les purges, comme Soleil trompeur de Nikita Mikhalkov.

Arnold Schwarzenegger en moins fluet

Alain Delon, montrant un intérêt inattendu pour les affaires intérieures russes, l’a assuré de son soutien dans Paris Match.

Liza, une ravissante et longiligne punkette qui a vingt-deux ans, qui ressemble à Anne Parillaud dans Nikita

Comme dans un film de Mankiewicz, l’officier falot et obséquieux va se révéler une machine de guerre implacable et dégommer un à un ceux qui l’ont fait roi.

une personnalité aussi puissante et consensuelle de Mikhalkov

combiner un nouveau voyage d’études sur les possibilités de déstabilisation du Kazakhstan avec un stage de survie, façon Rambo, dans les montagnes de l’Altaï

comme le voyageur trop civilisé devant le trappeur mongol Dersou Ouzala

C’est lui [Mikhalkov], Kouznetsov, qui a sévi, à la demande du cinéaste.

Pour un homme qui se voit comme un héros de roman, la prison, c’est un chapitre à ne pas rater et je suis sûr que, loin d’être accablé, il a joui de chaque instant, j’allais dire de chaque plan de ces scènes de film cent fois vues

une règle, à la télévision, de ne regarder que les informations, jamais un film ou une émission de variétés qu’il considère comme le début de l’avachissement

la plage d’Ostie, près de Rome, où il est allé avec Elena quelques mois avant que Pasolini ne s’y fasse assassiner

Un ami plaisantait récemment, devant moi, au sujet de David Lynch, le cinéaste, en disant qu’il était devenu complètement zinzin parce qu’il ne parlait plus que de la méditation et voulait persuader les gouvernements de la mettre au programme dès l’école primaire.

ses compagnons de cellule regardent à la télé un de ces films policiers qu’ils adorent, malgré les tentatives d’Édouard pour leur faire prendre conscience de ce qu’ils ont, pour eux d’insultant

un spectacle de film burlesque : des processions de détenus écopant avec des verres à eau, du matin au soir, des flaques sans cesse renouvelées

voilà qu’on lui annonce que dans dix jours, dans huit, dans trois, c’est fini, on replie le décor, on congédie les figurants, on passe à un autre film

fait exactement pareil quand j’ai tourné une séquence de mon film documentaire à la colonie pour mineurs de Kotelnitch, ayant espéré un spectacle dantesque et me résignant mal à ce qu’il ne le soit pas

j’aime bien avoir avec lieu des discussions de scénaristes

une quantité de grands livres ou de grands films dont les héros finissent dans la panade

Raging Bull, par exemple, et sa dernière scène où on voit le boxeur joué par De Niro au bout du rouleau, complètement déchu.

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Limonov, par Emmanuel Carrère,
Paris, P.O.L., août 2011
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ROMAN ET CINÉMA SELON HENRI BÉRAUD

13 Juillet 2011, 10:37am

Publié par Mister Arkadin

APPENDICE AUX CAHIERS N°XIV et XV DE L’ARAHB SUR LE CINÉMA : ROMAN ET CINÉMA SELON HENRI BÉRAUD - UN REVENANT SELON JEAN-JOSÉ MARCHAND (CAHIER HENRI BÉRAUD, N°XXV, PRINTEMPS 2011, P.33-39).

 

L’un des genres journalistiques les plus pratiqués durant les premières décades du XXe siècle est l’enquête, menée en particulier auprès des écrivains et intellectuels. Le pullulement d’enquêtes de toutes sortes, aussi bien dans les quotidiens que dans les gazettes littéraires, dans les magazines que dans les périodiques spécialisés, était tel qu’une revue, dans un numéro paru à la fin des années 1920, dressa la liste, aussi fournie qu’hétéroclite, des enquêtes parues les mois précédents dans les journaux, des plus sérieuses aux plus farfelues (1). La "question cinématographique" ne pouvait manquer d’en susciter, tant elle agita, à partir de la fin des années 1910, les milieux intellectuels, qui s’interrogeaient sur le devenir de cette invention scientifique en passe de devenir un moyen d’expression susceptible de concurrencer le théâtre, discipline reine des arts de l’époque. Au moment où l’ARAHB a publié ma petite étude sur les rapports entre Henri Béraud et le cinéma, dans deux cahiers de 2007 et 2008, j’en avais recensé une trentaine parues jusqu’en 1930, sans compter celles menées par les revues spécialisées, plus nombreuses encore. Elles abordaient les thèmes les plus divers, du cinéma éducateur (La Vie, 1912) au rapport entre cinéma et poésie (Annales politiques et littéraires, 1930), en passant par « L’Avenir du cinéma français » (La Renaissance politique, littéraire, artistique, 1921), Charlot (Les Chroniques du Jour, 1926), « Une bibliothèque du film ? » (Les Cahiers de la République des Lettres, 1927) ou « la nécessité d’un Hollywood français » (Paris et le Monde, 1928-1929). J’avais compulsé en tous sens ces multiples enquêtes en ayant la certitude de trouver au moins une réponse d’Henri Béraud à l’une d’elles, vu la prolixité de notre écrivain dans ces années-là et le nombre incroyable de ses amis journalistes. Ce serait bien le diable si aucun d’eux ne l’avait interrogé au moins une fois et si Béraud n’avait trouvé le temps d’adresser deux ou trois paragraphes alors que les directeurs de journaux se seraient battus pour voir la signature du prix Goncourt 1922 dans leurs colonnes. J’avais fait chou blanc, ce qui ne pouvait que confirmer le faible intérêt manifesté par Béraud pour le cinéma.

Or, voici qu’au hasard d’autres recherches, apparaît notre auteur au milieu des cent quarante-trois écrivains et cinéastes (2) ayant répondu à une enquête ainsi formulée : « Roman et Cinéma. Estimez-vous que le cinéma ait eu ou puisse avoir une influence sur le roman ? Et laquelle ? ». Elle a paru dans le quotidien parisien L’Ordre, fondé en décembre 1929 et dirigé par Émile Buré (sur le plan politique) et Georges Ludwig (administratif), à partir du n°273, 30 septembre 1930. On trouvera ci-dessous la réponse d’Henri Béraud, précédée de la présentation de son enquête par René Groos, ainsi que de la présentation de Béraud par le même journaliste.

Nos lecteurs se souviennent peut-être que le second cahier Cinéma publié par l’ARAHB concernait le film Un revenant de Christian-Jaque, dont le scénario, écrit par le cinéaste en collaboration avec Henri Jeanson, s’inspirait, sans l’admettre, de Ciel de suie. Pour que cet appendice fasse parfaitement écho aux deux cahiers, on trouvera également ci-dessous, après la réponse d’Henri Béraud à L’Ordre, une critique de Jean-José Marchand (14 août 1920 – 8 mars 2011), parue dans l’hebdomadaire Climats (3). C’est aussi une manière de rendre hommage au grand critique d’art et de littérature disparu récemment (4).


Roman et Cinéma. Estimez-vous que le cinéma ait eu ou puisse avoir une influence sur le roman ? Et laquelle ? - Enquête de René Groos

Jamais sans doute plus qu'aujourd'hui, où l'art muet devient parlant, le cinéma n'avait inspiré à la fois enthousiasmes et colères, espérances et craintes. Jamais il ne fit couler plus d'encre ; jamais il ne fut prétexte à plus de remarques de tout ordre, à plus de frivolités, à plus de vues sagaces.

Et voilà peut-être qui nous justifie : voilà qui nous excuse d'avoir entrepris à notre tour, après tant d'autres enquêtes qui auraient pu lasser le bon vouloir des personnalités consultées, celle que nous présentons aujourd'hui aux lecteurs de l'Ordre.

La question

Nous avons fait tenir, à diverses personnalités du monde des Lettres et du Cinéma, la lettre suivante :

Monsieur,

Voici quelque deux ans, M. Pierre Benoit remarquait qu'une nouvelle esthétique du roman semblait naître du cinéma : « Simplicité du plan, marche rigoureusement chronologique de l'action, façon toujours directe dont se présentent les personnages, souci constant de les faire agir avant de tenter une justification psychologique de leurs actes. » Et l'auteur de Koenigsmark ajoutait : « La valeur de cette esthétique peut être niée. Ce qui est moins aisé, c'est de contester son existence, et le développement qu'elle ne va plus cesser de prendre. »

Il serait curieux, nous semble-t-il, d'examiner aujourd'hui si cette prophétie s'est réalisée. Et c'est pourquoi nous nous permettons de vous poser  les questions suivantes :

Estimez-vous que le cinéma ait eu ou puisse avoir une influence sur le roman ? Et laquelle ?

L'Ordre serait heureux, et même fort honoré, de publier votre réponse à ces questions.

L’Ordre, 25 octobre 1930, p.1-2 :

Henri Béraud :

Fougueux et prompt, Henri Béraud montre au moins trois beaux dons : une gaillardise de polémiste, la verve épique dont il anime au Quatorze juillet ou aux jours de septembre une foule révolutionnaire, semi-consciente et enthousiaste, cet art enfin d'imaginer des personnages qui montrent un beau visage humain. Et je n'ai rien dit de la langue qu'il parle, riche et loyale, drue et ferme.

Voici la réponse de M. Henri Béraud :

Le cinéma sert de Bible, d'Université, de Théâtre, de journal, à plusieurs centaines de millions d'individus. Pour beaucoup il remplace les stupéfiants, la foi et la Révolution. D'un bout du monde à l'autre bout, il a répandu les belles manières, le baiser en trois temps, les knickerbockers (5), l'architecture cubiste, le plaisir en série, le goût de la vitesse et le dégoût des voyages. Le cinéma a modifié la politique en suscitant des dictateurs photogéniques ; il a troublé la vie sociale en plaçant les aspects de luxe sous les yeux de la misère ; il a dégradé la musique en égalant, sur ses gélatines sonores, la Neuvième au Nocturne de Werther (6). Il a tué le rêve. Pourquoi diable n'aurait pas, sur le roman, « une influence » ?

Irait-on croire que le roman est une arche, un tabernacle, et que le pauvre monde soit contraint au respect pétrifié de ce genre tabou ?

Plaisante illusion !

Bien avant le cinéma un art « art » avait influencé le roman et cet « art » n'était ni plus ni moins que le feuilleton populaire. Si l'on veut bien examiner la production romanesque en 1885, date de la publication des Filles de plâtre (7), et 1910, temps des premiers films à succès, l'on verra que la plupart des romanciers en renom durant cette période, et principalement les naturalistes, relèvent plus ou moins de Xavier de Montépin et se sont, en fin de compte, partagé son public. Le monde ne change pas, ni la littérature. Tenons pour assuré qu'une si belle leçon n'a pas été perdue. Ce n'est pas parce que Montépin s'appelle Griffith qu'il n'est plus Montépin...

Cela dit, on peut admettre que, d'un point de vue moins commercial et sans doute plus heureux, le film ait pu influencer le roman. Moins, peut-être, dans le sens indiqué par M. Pierre Benoit (marche rigoureusement chronologique de l'action) que dans une recherche fort souhaitable de l'effet rapide et visuel (exemple : Paul Morand), de la symétrie décorative (le Maurois de Climats), de la fresque anecdotique et rythmée (le Dorgelès du Réveil des Morts), du reportage affabulé (René Benjamin). Toutefois, un nombre important de romanciers estimés se sont, jusques aujourd'hui, montrés tout-à-fait imperméables à cette influence. C'est peut-être qu'ils ne vont pas au cinéma...

Henri Béraud.


Notes :

(1) L’Annuaire général des lettres, dans son édition de 1931 (p.155-158), se livra au même type d’exercice, en donnant une liste des quarante-cinq enquêtes « qui ont été les plus remarqués » (ainsi que de soixante-treize reportages, p.159-160), les intellectuels et hommes de lettres ayant notamment été interrogés en 1930 sur « le besoin de tuer » (Paris-Soir), sur la civilisation américaine (« Pour ou contre », Le Figaro), « la nécessité et à la possibilité d'une organisation européenne » (Monde), la possibilité d’une « fusion de la poésie et du cinéma » (Les Annales), l’existence d’une « inquiétude particulière à notre époque » (Les cahiers de l’Étoile), « Partiriez-vous pour la prochaine ? » (Le Cri de Guerre), « Au fond, aimez-vous la vie moderne ? » (La Liberté).

(2) Ne donnons les noms que d’à peine la moitié de ceux-ci, les autres noms ne disant plus grand-chose à grand monde aujourd’hui : J.-H. Rosny aîné, Rachilde, Antoine, André Salmon, Paul Bourget, Alexandre Arnoux, Georges Duhamel, Jaque-Catelain, Clément Vautel, Maurice Constantin-Weyer, Marcel Prévost, Fernand Divoire, Abel Gance, Roland Dorgelès, Paul Léautaud, Edouard Herriot, Paul Reboux, Maurice Maeterlinck, Maurice Leblanc, Paul Valéry, Jérôme et Jean Tharaud, Pierre Véry, J.H. Rosny jeune, Francis de Miomandre, Max Jacob, Jean Schlumberger, Lucien Descaves, Yvette Guilbert, Marcel Arland, Jean Giono, Georges Suarez, Cami, Irène Nemirovsky, Henri de Régnier, Jacques de Baroncelli, Maurice Dekobra, Emmanuel Berl, Henri Pourrat, Claude Farrère, Philippe Soupault, Lucien Farnoux-Reynaud, Jean Epstein, Henry Bordeaux, Henri Béraud, Marcel Aymé, Paul Ginisty, Pierre Descaves, Suzanne Bianchetti, Eugène Montfort, Marcelle Tinayre, Gus Bota, Gaston Thierry, Alain, Camille Mauclair, Joseph Delteil, André Maurois, Jules Romains, André Thérive, Jean Paulhan, Jean-Richard Bloch, Emile Henriot et Julien Green.

(3) Créé le 23 novembre 1945 avec pour sous-titre « hebdomadaire de la Communauté française », puis « France et Outremer », « les Annales coloniales » ou « hebdomadaire de la Communauté française », ce titre a duré une dizaine d’années.

(4) On peut retrouver le « journal des lectures de Jean-José Marchand » sur le blog personnel qu’il tenait et sa voix dans un entretien filmé sur le site de la Quinzaine littéraire, à laquelle il collaborait depuis 1970 (http://laquinzaine.wordpress.com/2009/10/19/les-interviews-filmees-des-collaborateurs-%E2%80%93-jean-jose-marchand/).

(5) Joueurs d’un club de baseball fondé en 1845 à New York et, par extension, règles de ce sport qu’ils avaient édifiées. Les Knickerbockers n’existent plus aujourd’hui. En revanche, les joueurs de basket-ball de l’équipe professionnelle de New York s’appellent les Knicks.

(6) Werther, opéra de Jules Massenet composé en 1892, d'après Les Souffrances du jeune Werther de Goethe.

(7) Roman de Xavier de Montépin (1823 – 1902) paru en 1855.


« Films de festivals », par Jean-José Marchand, Climats, 31 octobre 1946


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CÉLINE + GODARD

10 Janvier 2011, 00:02am

Publié par Mister Arkadin

Il est des sujets inépuisables. Que certains ne se lassent pas d’explorer, en long et en large. Auxquels d’autres s’agrègent, sentant le bon filon.

Jean-Luc Godard n’est guère battu, en ce qui concerne le cinéma, que par son compère François Truffaut. Adjoignez-lui la Shoah et il pourra rivaliser, ce qui n’a pas échappé à l’éditeur astucieux qui publie Filmer après Auschwitz : Jean-Luc Godard et la question juive en mars prochain.

Dans le domaine de la littérature, Céline fera encore événement, dès février, à l’occasion d’un colloque où Émile Brami reviendra sur son rapport au cinéma, dont j’ai déjà parlé ici.

J’en profite pour mettre en ligne un document qui m’a récemment été donné par G.L., annonçant un film associant LFC et JLG :

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RAISON D'UNE EXÉCUTION

19 Septembre 2010, 23:50pm

Publié par Mister Arkadin

http://www.librairie-brillat-savarin.be/wp-content/uploads/2010/09/NOUVELLE-REVUE-D-HISTOIRE-50.jpgDans un article paru dans La Nouvelle Revue d'Histoire (n°50, dossier "Vichy, le temps des énigmes"),  ainsi que dans une émission du « Libre journal des historiens » (Philippe Conrad et Dominique Venner, Radio Courtoisie, jeudi 16 septembre 2010, de 18h00 à 21h00), l'historien du cinéma Philippe d'Hugues revient  sur le cinéma sous Vichy, ainsi que sur quelques idées reçues relatives à l'écrivain, journaliste et critique de cinéma Robert Brasillach. Il donne notamment une explication inédite du refus de sa grâce par le général De Gaulle (enregistrement de la première partie de l'émission, aux environs des minutes 55 à 65) (1),   qui concerne également l'écrivain Henri Béraud, à propos duquel j'ai publié une étude sur ses rapports au cinéma.  


(1) Deuxième partie de l'émission.

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