Mister Arkadin

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À QUI LE TOUR ? S’IL SUFFIT DE "FORCES SUR LE STADE" !

1 Avril 2015, 23:27pm

Publié par Mister Arkadin

Quoique rétif aux pétitions, il m’arrive d’en signer, tous les deux ou trois ans.

Bien qu’alerté très rapidement par la dynamique association des Amis de Maurice Ravel et bien que la cause m’ait d’emblée paru bonne, c’est avec deux semaines de retard que je me suis décidé à signer la pétition « Non à la calomnie sur le compositeur Henri Dutilleux ! Pour l'apposition d'une plaque commémorative à l'endroit de son ancienne résidence sur l'Ile Saint-Louis ».

Je renvoie au volumineux dossier constitué sur le blog de l’association susmentionnée mes lecteurs qui n’auraient pas entendu parler des poux que la très érudite municipalité du IV° arrondissement est allé chercher dans la chevelure du grand compositeur.

Le point le plus notable à ce propos, sur un blog de cinéma, est que l’unique reproche fait à Dutilleux quant à ses activités pendant l’Occupation est d’avoir composé la musique de Forces sur le stade, un court métrage réalisé en 1942 sur commande du Commissariat Général à l’Éducation Générale et aux Sports (dépendant de l’État français, plus communément appelé Vichy, ou le régime de Pétain).

Un journaliste du Monde s’est fendu d’une analyse de ce film.

S’il n’y a que ça, on n’a pas fini de débaptiser des rues, des théâtres, de cesser de jouer des pièces, tant tant d’autres ont fait bien pire, à commencer par Guitry, Sartre, Beauvoir, Cocteau, etc., pour s’en tenir à des personnalités s’en étant extrêmement bien sortis à la Libération et d’autres pas trop mal.

Pourrions-nous encore célébrer comme figure titulaire de la critique cinématographique le fondateur de La Revue du cinéma, Jean George Auriol, qui se trouve avoir aussi été le scénariste de Forces sur le stade (ainsi que d’avoir, plus compromettant, pas mal écrit dans Ciné-Mondial, journal contrôlé par les Nazis) ?

Cette affaire confirme en tout cas que plus on s’éloigne de l’Occupation, moins la pulsion épuratrice se refroidit et plus elle doit trouver de nouveaux objets sur lesquels s’exercer.

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Parallèlement, notons :

- qu’après Alexis Carrel, c’est un autre de nos prix Nobel de médecine qui doit être éjecté de la mémoire nationale, Charles Richet (cf. « Charles Richet, jugé "raciste", ne donnera plus son nom à un hôpital du Val-d'Oise »). Va-t-on vider de leurs postes tous les petits copains de sa promotion que notre cher Président a placés un peu partout sous prétexte qu’elle prit le nom de Voltaire (qui n’était pas le dernier à s’y connaître en matière de racisme, d’islamophobie et d’antisémitisme) ?

- que l’inauguration d’une rue Commandant Denoix de Saint Marc, par Robert Ménard (discours du 14 mars 2015), en lieu et place d’une rue du 19 mars 1962, a fait pousser de hauts cris.

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Compléments :

- Le lendemain de la rédaction de ce billet, je recevais deux courriels annonçant que la Mairie de Paris avait finalement décidé, le 2 avril en fin d'après-midi, qu'une plaque en l'honneur de Dutilleux serait bien installée. Comme quoi, je mésestime mon influence, indéniable, n'est-ce pas ? (j'en entends qui seraient capables de prétendre que ce revirement est plutôt dû aux dizaines de protestations que la décision initiale a provoquées : pfff...)

- Dutilleux et le petit remplacement : « Je suis de ceux qui ne se sont pas encore remis de l’attitude du ministre de la Culture de l’époque, Aurélie Filippetti, assistant en grande pompe aux funérailles de Georges Moustaki, en 2013, tandis que se déroulaient sans aucune présence officielle, au même moment, celles d’Henri Dutilleux. C’est une date essentielle de l’histoire de la culture dans notre pays, donc de l’histoire de France : celle où la musiquette a remplacé la musique comme référence officielle ; celle où l’industrie culturelle s’est substituée à la culture, le show-bizness à la magique étude, le divertissement (et je n’ai strictement rien contre Georges Moustaki) au grand art » (Renaud Camus, « La gloire d'Henri Dutilleux », "Boulevard Voltaire") ; point de vue que la programmation musicale sur France Culture durant la grand grêve de mars-avril 2015 rendent on ne peut plus pertinents.

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"ANNALES DU CINÉMA FRANÇAIS. LES VOIES DU SILENCE 1895-1959"

22 Décembre 2013, 00:39am

Publié par Mister Arkadin

Le 13 mai dernier, j'annonçais que serait bientôt publiée, dans Livr'Arbitres (n°11, printemps 2013, p.8-9), une note de lecture sur le prodigieux ouvrage que Pierre Lherminier a publié il y a un an. Elle l'a été en juin dernier ; la voici ci-dessous.

Pour des étrennes, il s'agit assurément du suprême cadeau à faire à un ami cinéphile !


Pierre Lherminier, Annales du cinéma français. Les voies du silence 1895-1929, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2012.

http://s1.lemde.fr/image/2013/02/14/534x0/1832947_5_f31d_couverture-du-livre-les-annales-du-cinema_5d3aec9358ae9ba427f38b50259b0aaf.jpg

À moins d’être adepte du sadomasochisme, il n’est guère d’occasion d’être saisi simultanément par une intense jubilation et par une légère sensation d’humiliation. C’est pourtant le délicieux alliage de sentiments qu’ont probablement connu tous les chercheurs en histoire en découvrant le monument érigé en l’honneur du cinéma français par Pierre Lherminier. Encore n’a-t-il pour l’instant paru que le premier tome, consacré à la période du Muet : 1136 pages bien tassées, merveilleusement illustrées et éditées (mention spéciale pour l’index thématique, denrée aussi rare que stimulante), dont on ne peut écrire qu’elles frôleraient la perfection, car elles y parviennent ! Aucun soupçon de remplissage, comme dans tant de "beaux livres", domaine dans lequel le cinéma n’est pas avare, hélas plus souvent pour le pire que pour le meilleur, y compris quand ils sont signés de noms réputés, dont on devine assez vite que la préoccupation principale est de faire fructifier leur entregent médiatique (par exemple Olivier Barrot dans son récent Tout feu tout flamme. Une traversée du cinéma français, hors de prix vu qu’il ne coûte que deux fois moins cher, pour cent fois moins de matière, et de bien moindre qualité). Pas de paresseuse compilation non plus, à la manière d’un Jean-Luc Douin (pour une série de dictionnaires : de la censure, du désir au cinéma, etc.). Non, de la jubilation pour des années de lecture et de contemplation, vous dis-je ! Mais pourquoi ai-je ajouté que l’ouvrage serait aussi quelque peu humiliant ? Qu’un homme seul, certes le plus grand éditeur de cinéma qu’ait jamais compté la France, ait pu réaliser un tel tour de force, une somme qui, à n’en point douter, fera encore date dans cinquante ans, sans qu’aucun spécialiste de toutes les abondantes questions dont il traite n’y trouve quasiment la moindre scorie, ne peut que vous faire vous sentir ignorant et velléitaire en comparaison… Vivement la suite !


PS : Le 28 mars 2009, j'avais émis quelques petites réserves sur un aspect mineur d'un précédent livre de Pierre Lherminier, au sujet de Delluc, Vuillermoz et des débuts de la critique de cinéma en France. Les Annales du cinéma français n'entretiennent plus aucune ambiguïté sur la question, puisque y est reproduite, sous le titre « Naissance de la critique cinématographique » (pages, 572-573), la chronique d'Émile Vuillermoz parue dans Le Temps du 23 novembre 1916, avec, dans le chapeau, la présentation suivante : « cette chronique d'Émile Vuillermoz peut être considérée comme le texte fondateur de la critique cinématographique dans la presse française ».

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CONTRE-HISTOIRE DU CINÉMA A LA RADIO

30 Août 2012, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

Je donne le détail, dans ma rubrique « Radio et cinéma », de la programmation d’une émission d’été sur France Inter qui se proposait de traiter de « quarante questions que vous vous êtes toujours posé sur l’histoire du cinéma ». Suivant, d’une certaine manière, le sillon tracé par le regretté Francis Lacassin, il s’agit d’une sorte de "contre-histoire" du cinéma, expression d’autant plus appropriée que la conclusion de l’émission « Comment faire aujourd’hui l’histoire du cinéma ? » fut qu’il n’y aurait plus vraiment d’historien du cinéma (dixit Thierry Jousse ; les responsables de l’AFRHC auront apprécié !)

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Si l’idée de formuler ainsi des questions décalées séduit quand on la découvre, on a tôt fait de se rendre compte en essayant qu’il n’y a rien de plus simple. En voici donc quarante six pour l’année prochaine, les premières qui me sont venues immédiatement à l’esprit (que messieurs Bou et Thoret ne s’offusquent pas si je prends souvent délibérément le contre-pied de leurs propres questions) :

  1. comment peut-on être nolano-finchien ?
  2. y a-t-il un moins bon film d’Orson Welles ? (variantes : d’Hitchcock ? de Chaplin ? de Tarantino ? de Kubrick ? etc.)
  3. le cinéma porno survivra-t-il encore longtemps à l’heure d’Internet ?
  4. pourquoi faut-il aimer les teenage movies ?
  5. François Truffaut est-il bien le digne disciple de François Vinneuil ?
  6. certains cinéastes se conforment-ils aux discours tenus sur eux par la critique pour accroître leur réputation ?
  7. rester dans une salle pour regarder un film qui vous fait mourir d’ennui est-il bien raisonnable ?
  8. de quoi Lévy est-il le nom ? (variante : de quoi M’Bala M’Bala est-il le nom ?)
  9. sommes-nous tous des girls-next-door ?
  10. les films de Manoel de Oliveira doivent-ils toujours aller plus lentement ?
  11. la comédie américaine est-elle de droite ou de gauche ?
  12. après la prostitution, l’ordre moral socialiste interdira-t-il la pornographie ?
  13. regarde-t-on encore un film dans les salles projetant en numérique ?
  14. si Charlot s'était transformé en Stolin (ou en Stalone...) et non en Hynkel, les USA auraient-ils attaqué l'URSS et non l'Allemagne ?
  15. Marilyn Monroe a-t-elle été à l’abri des appareils photographiques un seul instant de sa vie ?
  16. doit-on trouver intriguant que les critiques de Charlie-Hebdo et de Rivarol écrivent souvent à peu près la même chose (exemple : Prometheus) [C1] ?
  17. Hitchcock était-il vraiment méprisé par la critique avant les Cahiers du cinéma ?
  18. les images sont-elles plus coupables au temps de James Holmes qu’elles ne l’étaient au temps de la bande à Bonnot ?
  19. l’histoire du cinéma est-elle un éternel recommencement ?
  20. la 3D sera-t-elle de nouveau un feu de paille ?
  21. le spectateur et le critique revivent-ils, avec le passage à la 3D, ce que vécurent les contemporains du passage au Parlant ?
  22. les critiques de cinéma ont-ils jamais servi ?
  23. que signifie que les critiques de cinéma pourraient "servir" ?
  24. le cinéma de festival est-il un genre comme les autres ?
  25. y a-t-il des cinéastes dont les films gagnent à être entendus à la radio, alors que d’autres y perdent [terribles extraits de L'Effrontée dans une récente émission de RTL !] ?
  26. à quoi reconnaît-on un film indien (à part que ses acteurs sont indiens…) ?
  27. comment le cinéma fabrique-t-il ses succès ?
  28. pourquoi peut-on espérer qu’aucune adaptation du Voyage au bout de la nuit n’aboutira jamais ?
  29. comment s’est produit le miracle du cinéma taïwanais des années 1980-1990 ?
  30. si Jamel Debbouze réalise un film, y fera-t-il jouer celui qu'il désigna comme le meilleur des comiques français ou invitera-t-il plutôt l'ancien partenaire de celui-ci à venir déblatérer contre lui (ou Debbouze n'a-t-il plus besoin de ce genre de petites bassesses pour gravir les échelons, contrairement aux kaïras arrivistes ?)
  31. comment la critique a-t-elle pu passer à côté de Blood and Bones ?
  32. à quoi servent les déportés au cinéma ?
  33. pourquoi certaines bandes annonces dispensent-elles de voir le film qu’elles sont censées encourager à aller voir ?
  34. Tarantino, historien du cinéma ?
  35. Inglorious Basterd est-il un film révisionniste ?
  36. la manière de reconnaître un film porno proposée par Umberto Eco s'applique-t-elle aux films d'Antonioni ?
  37. Van Damm : et si Buster Keaton avait eu la parole ?
  38. Fatty Arbuckle a-t-il été victime d’un complot ourdi par ses rivaux Chaplin et Keaton ?
  39. le QI de Jane Mansfield était-il supérieur à celui de Marilyn Monroe ?
  40. le cinéma peut-il aider à prendre la décision de divorcer ? (variante : le cinéma peut-il aider à prendre la décision d’assassiner ses enfants, ses parents ou ses voisins ?)
  41. et si les coupes effectuées par les producteurs derrière le dos des réalisateurs avaient du bon ? (n’y voir aucune allusion à Ciboulette ou à Laurence Anyways)
  42. pourquoi les sélections et palmarès du festival de Cannes énervent-ils tant les grincheux ?
  43. voit-on mieux le cadre à la télévision ou au cinéma ?
  44. quelqu’un d’autre que les critiques a-t-il le temps de regarder les boni de DVD ?

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45. reste-t-il quelques gogos pour penser que Clint Eastwood serait devenu Démocrate et "Humaniste" ?

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46. Hollywood finira-t-il par réaliser quelques films sur Hiroshima et Nagasaki, ou sur la Nakba ?

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Compléments :

[C1] (30 mars 2013) ou plus récemment sur Cloud Atlas.

[C2] (.................Monde des livres.............)

 

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EXTENSION DU DOMAINE "JUDÉOCENTRIQUE"

17 Juin 2012, 23:02pm

Publié par Mister Arkadin

Le "Passek", qu'il est inutile de présenter aux cinéphiles, a fait l'objet d'une profonde refonte, passant de 758 pages en 1991 à 1120 pages dans la « nouvelle édition entièrement mise à jour » de septembre 2011 (le format des deux éditions étant identique).

http://www.cultura.com/ressources/products/1/3/1/3/7/9/1238954.jpg

Avant d'y revenir un peu plus en détails, en me focalisant sur mon champ de recherche privilégié, notons une extension du "judéocentrisme" dans le domaine du cinéma, pour reprendre le terme utilisé par Éric Conan et Henry Rousso à propos de « la place démesurée prise par la question du souvenir de Vichy et de la Shoah, devenus, notamment auprès de la deuxième et de la troisième générations après la guerre, un élément constitutif de l'identité juive ». Ainsi, en plus de corriger la date de naissance de Bardèche, aurait-il pu être précisé que, lors de la rédaction de leur Histoire du cinéma, Maurice Bardèche et Robert Brasillach étaient respectivement les critiques cinématographiques de 1935 et de La Revue universelle (information plus pertinente que le journal dans lequel le second était critique littéraire) - de la même manière qu'il a été ajouté, dans la notice sur Pierre Bost, que ce dernier a également été critique de cinéma -, ou que l'ouvrage de MB-RB a fait l'objet de deux autres éditions. Il a été plutôt choisi, à son propos, de remplacer le bout de phrase « contestable sur bien des points mais toujours passionné (et passionnant) » par le suivant : « contestable sur bien des points – en particulier par un antisémitisme virulent appliqué au monde du cinéma – ».Pour-vous-I---22.11.28--3---Pierre-Bost.jpg

Qu'il ait été jugé nécessaire de rappeler le caractère antisémite d'une partie de l'ouvrage n' a rien d'extravagant, quoiqu'il aurait pu être précisé que c'est surtout vrai d'ajouts faits à la seconde édition (1), publiée sous l'Occupation. Il est en revanche bien dans le ton d'une époque marquée par la couardise quasi généralisée qu'il ait paru indécent de reconnaître que des auteurs antisémites avaient pu aussi écrire une œuvre toujours passionnée et passionnante.

http://blog.rc.free.fr/blog_divers/cv%20pmh%20-%20histoire%20du%20cinema%20de%20maurice%20bardeche%20et%20robert%20brasillach%20-%20tome%20I%20le%20cinema%20muet.jpg

Je reproduis ci-dessous les deux notices sur Maurice Bardèche et Robert Brasillach, parues l'une dans le Dictionnaire du Cinéma (dir. Jean Loup Passek, assisté de Michel Ciment, Claude Michel Cluny et Jean-Pierre Frouard, Paris, Larousse, octobre 1991, p.49, par Dominique Rabourdin), l'autre dans le Dictionnaire mondial du Cinéma (coord.réd. Christian Viviani [autres membres du comité de rédaction : Michel Baptiste, Jean A. Gili, Lucien Logette, Daniel Sauvaget], Paris, Larousse, septembre 2011, p.87, notice revue, et dépourvue de signature).

- Version de 1991 :

Bardèche (Maurice), écrivain français (Dun-sur-Auron 1909) et Brasillach (Robert), journaliste et romancier français (Perpignan 1909 – Fort de Montrouge 1945). Robert Brasillach est le critique littéraire en titre de l’Action française quand il publie en 1935, avec son beau-frère Maurice Bardèche, une Histoire du cinéma (chez Denoël), rééditée, avec de nombreuses additions et modifications, en 1943, 1948 et 1953. Le plus grand mérite de ce livre, de grande audience à l’époque, contestable sur bien des points mais toujours passionné (et passionnant), est d’être l’un des tout premiers à avoir une ambition aussi universelle. Lors de la première publication de leur ouvrage, les deux auteurs avaient tout juste vingt-six ans. D.R. [Dominique Rabourdin]

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- Version de 2011 :

Bardèche (Maurice), écrivain français (Dun-sur-Auron 1908 – Canet-Plage 1998) et Brasillach (Robert), journaliste et romancier français (Perpignan 1909 – Fort de Montrouge 1945). Robert Brasillach est le critique littéraire en titre de l’Action française quand il publie en 1935, avec son beau-frère Maurice Bardèche, une Histoire du cinéma (chez Denoël), rééditée, avec de nombreuses additions et modifications, en 1943, 1948 et 1953. Le plus grand mérite de ce livre, de grande audience à l’époque, contestable sur bien des points – en particulier par un antisémitisme virulent appliqué au monde du cinéma – est d’être l’un des tout premiers à avoir une ambition aussi universelle. Lors de la première publication de leur ouvrage, les deux auteurs avaient tout juste vingt-six ans.


Note :

(1) François Albera, dans un article paru dans la revue CiNéMAS (vol. 21, n°2-3, « Des procédures historiographiques en cinéma », printemps 2011, p.55) parle « du Bardèche et Brasillach de 1935 et de l'infâme réédition de 1943 », ce qui sous-entend que celle de 1935 ne l'est pas ("infâme").


Dico-du-Cinema---Archives-Larousse.jpg

Complément :

15 août 2012 : dans les "archives" en ligne de Larousse, l'édition 2001 est disponible. Mais c'est la notice de 2011 qui figure sur le site (page 115) en ce qui concerne Bardèche/Brasillach.

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HERVÉ COUTAU-BÉGARIE (1956 – 2012)

17 Mars 2012, 13:04pm

Publié par Mister Arkadin

Une messe à la mémoire d'Hervé Coutau-Bégarie est célébrée aujourd’hui à 15 heures en l'église Saint Eugène, à Paris.

http://blog.rc.free.fr/blog_equipe/herve%20coutau%20begarie%202.jpg

Même les amis les plus proches de ce grand savant, spécialiste de stratégie, semblent avoir été surpris par l’ampleur des témoignages de sympathie suscités par sa disparition. Les messages postés à la suite de la nécrologie parue sur Secret défense, le blog du spécialiste des affaires de Défense Jean-Dominique Merchet, en sont un exemple, parmi d’autres.

Je n’ai pour ma part eu qu’une seule occasion de rencontrer cet homme remarquable, au cours du libre journal du cinéma du 15 juin 2006, où HCB était venu présenter un livre qu’il avait dirigé avec Philippe d’Hugues et auquel j’avais participé, Le Cinéma et la guerre (sommaire ci-dessous). On pourra récupérer soit l’extrait où HCB parle des rapports entre guerre et cinéma (minutes 38 à 58 environ de l’émission), soit l’émission complète.

HCB y donne la liste de ses trois films de guerre préférés : Alexandre Nevski ; Kolberg ; Torpille sous l’Atlantique

http://www.cinemaparlantquebec.ca/Cinema1930-52/resources/multimediaFiles/CQ_1994_0179_PH_01.JPG

http://4.bp.blogspot.com/-vCIYlQdEl8o/TaqhK36wwII/AAAAAAAAAmw/_eOgqlJPamE/s1600/10.jpg

http://classicwarmovies.com/posters_ww2/enemy-below-poster_2.jpg

 


Le cinéma et la guerre, publié sous la direction de Philippe d'Hugues et Hervé Coutau-Bégarie, sous l’égide de la Commission française d'histoire militaire, Paris, Institut de stratégie comparée / Éditions Économica, Collection « Bibliothèque stratégique », 2006, 190 p. (appendice au volume Les Médias et la guerre, dir. Hervé Coutau-Bégarie, 2005, 1034 p.).

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51FKB5K1VJL._SS500_.jpg

Avant-propos d’Olivier Boré de Loisy

Préface de Philippe d’Hugues

« La guerre antique au cinéma », par Pierre-Emmanuel Barral

« La guerre médiévale vue par le cinéma », par François Amy de la Bretèque

« La guerre terrestre au XVIIIe siècle au cinéma », par Frédéric Naulet

« Les guerres coloniales de l’empire britannique au cinéma », par Pierre-Emmanuel Barral

« Kolberg », par Jean Tulard

« Guerre et paroxysme chez Eisenstein », par Jean-Jacques Langendorf

« Quelques figures de la stratégie et de la tactique dans le film de guerre », par Alain Paucard

« La Seconde Guerre mondiale à l’écran », par Gérard Langlois

« La résistance française prise sur le vif », par Philippe d’Hugues

« Quand la guerre est un spectacle », par Norbert Multeau

« La guerre du Viet-nam au cinéma », par Pierre-Emmanuel Barral

« Les Rois du désert : peut-on rire de la guerre en Irak ? », par Pascal Manuel Heu


Complément : enregistrement d'une émission de Paul-Marie Coûteaux, « hommage à Hervé Coutau-Bégarie : une morale, une école, un héritage ».

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PAYSAGE FRANÇAIS

22 Décembre 2008, 00:22am

Publié par Mister Arkadin

Bien qu'ayant essayé de recenser de façon relativement complète les blogs français de cinéma (ici et ), je ne les fréquente que très irrégulièrement, par manque de temps plus que par manque d'intérêt, un désolant paradoxe me poussant à ne pas aller trop souvent visiter ceux que j'apprécie le plus, de peur d'être aspiré par la spirale infernale d'Internet, qui nous fait naviguer d'article en article, de lien en lien et d'heure en heure, sinon perdue, du moins évaporée ! Ainsi n'ai-je découvert que très récemment le billet Paysage(s), dans lequel Ludovic Maubreuil a lancé fin septembre un référendum sur le cinéma français de ces vingt dernières années : « Qu'y a t'il à sauver de ces vingt dernières années ? » Maubreuil y écrit très aimablement attendre ma réponse, que je n'ai par conséquent pu lui envoyer avant la publication des résultats.

Je la donne donc aujourd'hui, en trichant un peu. Ne pouvant me limiter à dix films, je donne d'abord les dix films qui me sont venus à l'esprit les dix premières minutes :

Van Gogh (Pialat)

Mon père ce héros (Lauzier)

Conte d'été (Rohmer)

Pour rire ! (Belvaux)

Smoking / No Smoking (Resnais)

Série de films produits par Chevallier sur Arte (en particulier Les Roseaux sauvages et L'Eau froide)

Laissez-passer (Tavernier)

Travaux. On sait quand ça commence... (Rouan)

Parfait amour ! (Breillat)

La Vie de Marianne (Jacquot ; film passé sur Arte, qui devait sortir en salles, ce qui ne fut jamais fait...)

Puis les dix films auxquels j'ai pensé à la lecture des listes des autres blogueurs ayant participé à ce sondage :

Germaine et Benjamin (Doillon ; version longue de Du fond du cœur passée en feuilleton sur Arte)

Un cœur en hiver (Sautet)

OSS 117 (Hazanavicius) et Un gars, une fille (Dujardin/Lamy/Camus/Jacques)

La Vie des morts et La Sentinelle (Desplechin)

De bruit et de fureur (Brisseau)

Un baiser s'il vous plaît (Mouret)

Le Parfum d'Yvonne (Leconte)

Marion (Poirier)

Veillées d'armes (Ophuls)

Level Five (Marker)

Un regret : plusieurs auteurs mentionnés ci-dessus pourraient figurer dans une liste des pires films pour certains de leurs films suivants (Breillat, Brisseau, Desplechin, Doillon, Leconte, Poirier, Resnais).

Un hommage : à Gérard Lauzier, pas seulement parce qu'il est récemment décédé, mais parce qu'il a réalisé un film que je tiens pour un miracle de finesse, anomalie dans sa filmographie, pour laquelle j'ai un faible inexplicable.

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FORD

26 Novembre 2008, 00:05am

Publié par Mister Arkadin

Avec un nom pareil, Ford, Charles de son prénom, semblait prédestiné à devenir historien du cinéma. Mais sa mauvaise réputation en la matière, et plus encore en matière idéologique (il n'était pas franchement d'extrême-gauche...) (1), ne le destine en rien à servir de "bréviaire" (2) dans la découverte du cinéma par un adolescent. Voici pourtant ce qu'a déclaré Frédéric Taddeï à Valeurs actuelles (20 novembre 2008, p.86) (3) : « Á 14 ans, j'avais lu comme un bréviaire l'Histoire du cinéma de Charles Ford et, à 20, je me suis dit qu'il fallait que je vive intensément ce que j'avais vu au cinéma. »

Frédéric Taddeï confirme, une fois de plus, à la fois son anti-conformisme et son absence de crainte du quand-dira-t-on, sa curiosité et son érudition, en bref la richesse de sa personnalité. Il sait toutefois laisser en sourdine celle-ci quand il mène ses entretiens, que ce soit dans son émission d'Europe 1 (« Regarde les hommes changer », tous les samedis, après avoir été diffusée tous les jours en semaine) ou dans son émission de France 3 (« Ce soir ou jamais »). Alors même que je préfère ordinairement la formule de la première de ces deux émissions (un dialogue, qui permet à l'invité de s'exprimer relativement longuement et sans être interrompu à tout bout de champ), c'est dans la seconde (un débat réunissant un assez grande nombre d'intervenants) que le talent de Taddeï s'épanouit totalement, tant il est miraculeux de réaliser une émission aussi structurée et pertinente dans de telles conditions et surtout à la télévision, où il fait figure d'exception. Quoi qu'il en soit, l'autre formidable qualité de Taddeï est son audace dans le choix des invités, le plateau où il a réuni Edwy Plenel et Alain de Benoist, le 16 mai 2007 (sur l'héritage de Mai 68), étant probablement son coup de maître (qui montrait de plus la magnanimité de l'un et l'opportunisme de l'autre, ce dernier étant trop vaniteux pour refuser une invitation à la télévision et trop désireux de promouvoir les livre et site qu'il venait de publier et de lancer pour refuser de se retrouver confronté à un intellectuel qu'il avait contribué, dans une campagne de lynchage orchestrée par Le Monde quinze ans auparavant, à éjecter des médias dominants).

Le principal inconvénient des émissions de Taddeï finalement, c'est qu'elles ne permettent pas de l'entendre s'exprimer en son propre nom. Heureusement que son succès nous permet de lire de temps en temps des entretiens où il fait les réponses, et non plus les questions !


(1) Un procès l'a à ce propos opposé à la presse de gauche, qui en fit sa tête de Turc durant les années 1970, pour des raisons dont je ne me souviens plus exactement, mais sur lesquelles je reviendrai peut-être un de ces jours. Il donnait alors des verges pour se faire battre, en collaborant à Éléments, la revue de la « Nouvelle Droite » honnie, et en publiant une biographie favorable à Leni Riefensthal, ce cinéaste dont une bonne partie de la presse a accueilli la mort avec soulagement, sinon avec joie (« Enfin ! », fut-il écrit dans le « Bloc-notes » de Positif).

(2) L'emploi de ce terme convient cependant parfaitement pour Charles Ford, auteur d'un Bréviaire du cinéma, au demeurant représentatif de son œuvre : une documentation riche et abondante (en l'occurrence un recueil de citations diverses sur le cinéma), agréablement présentée, mais difficile à utiliser (les références n'étant données que de façon parcimonieuse ou incomplètes, et parfois erronées). Quant à cette Histoire du cinéma que Taddeï mentionne, difficile d'identifier avec certitude de quel volume il s'agit, tant Ford a publié d'ouvrages d'histoire du cinéma (et du western !), seul ou avec René Jeanne, en gros volumes ou en éditions de poche.

(3) Pour un ancien d'Actuel (remember le beau supplément « Un siècle de films X » qu'il avait conçu en avril 1991 avec Frédéric Joignot, Stéphane Bourgoin et Henri Gigaix), donner un entretien à Valeurs actuelles, n'est-ce pas déjà une preuve d'ouverture d'esprit ? Pas si étonnant que cela, ceci dit, quand on se rappelle qu'il collabora aussi à L'Idiot international.

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DISPARITION DE ROGER ICART

27 Juin 2008, 16:59pm

Publié par Mister Arkadin

J’apprends aujourd’hui, par la lettre d’information de l’AFRHC (cinehistoire@afrhc.fr), la mort le 12 juin dernier de Roger Icart. Après José Baldizzone, c’est une deuxième personnalité très attachante de la cinéphilie du Sud-Ouest qui disparaît depuis le début de l’année. Espérons que nous n’aurons pas d’aussi mauvaises nouvelles avant longtemps.

J’avais signalé le récit de cet historien du cinéma toulousain sur la drôle de guerre du cinéma, paru dans le dernier numéro de CinéScopie. Il ne s’agissait vraisemblablement que d’un extrait d’un manuscrit important sur le cinéma en France durant les années 1940, que Roger Icart préparait de longue date. Espérons que ce projet sera repris et publié. Cela permettrait, entre autres, de se rendre compte que les travaux historiques de Roger Icart ne se limitaient pas à Abel Gance, même si les deux noms étaient justement associés. Réalisés par un passionné en marge de l’Université, en liaison avec la Cinémathèque de Toulouse et l’Institut Jean-Vigo, ils étaient quelque peu dédaignés par les historiens professionnels. Les plus honnêtes d’entre eux, et pas forcément les moins sérieux, tel Laurent Véray, avaient tout de même l’honnêteté de reconnaître leur qualité et de citer couramment aussi bien les biographies de Gance écrites par Roger Icart (la plus volumineuse ayant paru chez l’Age d’Homme) que le recueil de textes d’Abel Gance joliment intitulé Un soleil dans chaque image (CNRS Éditions, 2002).

Pour ma part, je retiens de Roger Icart, outre sa très grande amabilité et le plaisir évident qu’il avait à faire partager son savoir à moins expérimenté que lui, ses très précieux index de revues de l’entre-deux guerres (Pour Vous, Cinémonde et Ciné-Miroir) et La Révolution du parlant vue par la presse français (Institut Jean-Vigo, 1998). L’enquête initiée par ce dernier livre devrait être étendue à la presse non cinématographique (notamment les revues théâtrales et techniques), mais elle constitue encore un ouvrage indispensable.

Assurément, le parcours et l’œuvre de Roger Icart montrent que l’écriture de l’histoire du cinéma a tout à gagner d’une cohabitation harmonieuse entre universitaires et amateurs, rigueur et passion pouvant être déployées aussi bien par les premiers que par les seconds.

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