Mister Arkadin

CINÉMA ROTATIF

4 Février 2009, 23:12pm

Publié par Mister Arkadin

Le sort réservé à Diamant 13 par l'exploitation parisienne m'incite à ébaucher une liste des films quittant prématurément l'affiche. J'essaierai de répertorier ici les films que j'aurais voulu voir deux ou trois semaines après leur sortie, mais que j'ai manqués pour cause de disparition des écrans, ou de passages trop sporadiques et à des horaires "impossibles" (en pleine journée durant la semaine).

J'ai déjà signalé les cas de Sur ta joue ennemie et de Délire Express. À défaut d'une aussi bonne critique que ces deux films, Diamant 13 bénéficiait de la présence au générique (et sur l'affiche, reproduite en tête de la section « Cinéscope » de Pariscope le 21 janvier 2009) de notre Depardieu national et d'Olivier Marchal, ainsi que d'Asia Argento. Las ! Cela n'a pas suffi pour que, de dix-sept salles en première semaine à Paris, il passe à douze en seconde semaine (et seize en banlieue), puis zéro en troisième semaine. Encore trois salles en banlieue. Nul doute qu'il rejoindra au bout d'un mois le cercle des films disparus !


Complément (9 février 2009) : Un ami me signale que Lino, après avoir pourtant fait la une de Pariscope le jour de sa sortie, la semaine passée, ne passe déjà plus à Paris. Et seul l'Utopia Stella le passe en banlieue, à Cergy-Pontoise.


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VISIBLEMENT

2 Février 2009, 19:15pm

Publié par Mister Arkadin

Ci-dessous une coupure de presse tirée de Charlie Hebdo (10 décembre 2008, p.13) sur Les Bureaux de Dieu (film que Martin Winckler, médecin et cinéphile, critique sur son remarquable site) :

Les adverbes sont très instructifs, et souvent autant sur le sujet (journaliste ou écrivain) qui les emploie que sur le sujet auquel il s'applique. Un « visiblement » redoublé à propos d'un film, serait-ce le signe que l'on s'est dispensé de le voir ? Un « visiblement » pour rapporter des faits, serait-ce le signe que l'enquête s'est limitée à la lecture de quelques confrères ? Caroline Fourest s'inquiète d'une implication scandaleuse des autorités et « infrastructures » catholiques dans le monde de la culture et trouve intolérable qu'une association religieuse ait un droit de regard sur la programmation d'une salle lui appartenant. S'offusquerait-elle autant de la déprogrammation d'un film contre l'avortement dans une salle appartenant à une œuvre laïcarde ?


Complément (24 décembre 2009) : l'Intellectuelle de Charlie-Hebdo et du Journal du Dimanche, Caroline Fourest, auteur de l'article reproduit ci-contre, nous a offert dans Le Monde du 19 décembre 2009 un admirable condensé de sa pensée sur la démocratie et les médias, dans laquelle elle se reconnaît implicitement antidémocrate, puisque, en bonnes logique et honnetêté, elle ne peut que s'appliquer à elle-même les hauts principes qu'elle énonce : « Le propre des antidémocrates est de ne pas se présenter comme tels, de dissimuler leur projet pour profiter des failles de la démocratie en vue de la faire reculer. » http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/05/70/18959520.jpg

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BÉRAUD HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN

1 Février 2009, 00:02am

Publié par Mister Arkadin

Texte remanié d'une causerie prononcée aux Ronchons (Paris), le 14 octobre 2008, à l'invitation de l'Association rétaise des amis d'Henri Béraud (ARAHB), à paraître dans le n°XIX des Cahiers Henri Béraud (p.s. : paru mi-mai 2009 ; cf. couverture, liste des sommaires des cahiers et index, actualisés en conséquence).


Le titre de ce papier est on ne peut plus immodeste. D'abord parce que je ne suis nullement habilité pour prétendre à l'omniscience sur un auteur que je ne lis que depuis quelques années. Je serais de même bien en peine d'entreprendre l'histoire de l'Association rétaise des amis d'Henri Béraud (ARAHB) et de décrire précisément les projets que nous concocte son président et principal animateur, Francis Bergeron. Ensuite parce je vais me contenter (ce verbe - pronominal, comme la langue française est bien faite ! - est parfaitement adapté au narcissisme de la situation) d'évoquer les contributions aux manifestations et publications de l'ARAHB que Francis me fait l'honneur de me demander (merci pour cette confiance) ou d'accepter (ce qui est encore plus généreux de sa part).

Hier, ce sont les deux cahiers spéciaux sur le cinéma publiés fin 2007 et début 2008 :

- n°XIV, sur les écrits d'Henri Béraud à propos du cinéma et sur l'adaptation du Martyr de l'obèse à l'orée du Parlant, au début des années 1930 ;

- N°XV, sur Un revenant, film inspiré de Ciel de suie, réalisé juste après la Libération, et sur les rapports entre deux Henri, Béraud et Jeanson.

Aujourd'hui, c'est la rubrique sur Béraud et l'ARAHB que j'ai créée voici quelques mois sur le mini-site Internet consacré plus généralement à mes publications, au cinéma et à la critique ("Mister-Arkadin", http://mister-arkadin.over-blog.fr/).

Demain, si ma paresse ne l'emporte pas, ce sera un dossier sur Béraud et l'Affaire Salengro, principalement tel qu'il en est rendu compte dans deux téléfilms français.

Continuons à ignorer toute modestie en expliquant comment m'est venue l'idée d'un dossier sur Béraud et le cinéma. Il s'agissait d'un défi : de la même façon que Flaubert déclara qu'avec Madame Bovary, il avait voulu écrire un livre sur rien, j'avais décidé, toutes proportions gardées bien entendu, d'entreprendre une recherche sur rien. Faire une étude sur un sujet impossible, quelle meilleure façon d'éprouver ses capacités de chercheur ? Plus exactement, je désirais montrer que tout écrivain français du siècle dernier, même celui qui pouvait paraître le plus réfractaire ou indifférent au cinéma, ne pouvait, d'une façon ou d'une autre, de près ou de loin, ne pas s'être intéressé à ce moyen d'expression nouveau. Mon choix s'est porté sur Henri Béraud en dépouillant une chronique de Ciné-Magazine, une revue cinéphile des années 1920, dans laquelle le pionnier de la critique Lucien Wahl recensait toutes les occurrences du septième art naissant dans les livres (dont il rendait compte également, dans quelque autre publication). Or, Lucien Wahl avait signalé l'anecdote sur Mussolini au cinéma racontée dans Ce que j'ai vu à Rome, que je vous invite à retrouver dans l'édition originale (1929, p.40-41) ou dans le cahier Béraud n°XIV (p.51-53). Au moins avais-je un point de départ...

En lisant ou relisant tous les livres de Béraud un crayon à la main, je me suis surpris à trouver bien plus de références au cinéma que je ne l'imaginais, y compris dans des livres que j'avais déjà lus (notamment Le Martyre de l'obèse), ceux qui m'avaient justement fait choisir Béraud pour cette étude flaubertienne, puisque, dans mon souvenir, il n'y était pas du tout question de cinéma ! Cela me conduit d'ailleurs à penser que, pour bien connaître une œuvre, la lire en ayant une idée de recherche en tête permet de beaucoup mieux maintenir son attention, d'y découvrir bien plus de richesse, de contenu qu'on en aperçoit en la lisant sans idée de recherche prédéfinie. Bien sûr, cette méthode oriente la lecture ; on pourrait dire a contrario qu'en se focalisant sur un thème, par exemple, on ne lit plus qu'en diagonale ce qui s'en éloigne. L'objection est recevable. Disons alors que, pour bien connaître une œuvre, il faut la lire une première fois le plus vierge possible d'idée préconçue, puis la relire, ou au moins la parcourir attentivement, avec l'objectif d'y relever tout ce qui se rapporte à un thème ou un aspect de l'œuvre. J'ai en l'occurrence choisi le cinéma. Ce pourrait être les chansons ou le théâtre, telle figure de style ou de rhétorique, tel procédé narratif ou élément de ponctuation, les lieux, les femmes ou les enfants, la nourriture ou les idées politiques, les soucis d'argent ou les références au monde de la presse, etc. Pour ma part, si j'entreprenais de nouveau cette relecture de l'œuvre de Béraud accompagnée d'un dépouillement systématique, je choisirais d'inventorier tous les portraits qu'il a écrits. Ce serait donc une relecture sélective et non complète de l'œuvre, se concentrant sur les souvenirs, essais et articles, dans lesquels il faudrait noter tous les noms de personnes dont Béraud a parlé. Muni de cet index, un dictionnaire des portraits écrits par Béraud offrirait un vaste panorama du monde des lettres et du journalisme de son époque, qui démontrerait par là même la générosité du bonhomme, capable de consacrer tant de temps et d'énergie à laisser une trace, originale et vivante, de ses contemporains, capitaux ou non. L'empathie de Béraud, voire sa "sympathie", au sens propre du terme, y serait en effet manifeste.

Pour l'instant, je m'en suis tenu aux personnalités côtoyées par Béraud qui se sont intéressées au cinéma, en particulier le grand critique Émile Vuillermoz, l'un de ses amis lyonnais. J'ai aussi fait un sort tout spécial au journaliste et scénariste Henri Jeanson, proche de Béraud devenu l'un de ses plus féroces détracteurs, avant de lui piquer l'idée de Ciel de son suie pour son Revenant, et de lui rendre tout de même hommage dans ses mémoires. Jeanson me permet de faire la liaison entre mon « Béraud d'hier » et mon « Béraud de demain », celui de l'Affaire Salengro ; celle-là même qui a provoqué la rupture entre les deux Henri, dont témoigne « Le cœur de Monsieur Béraud », l'article que Jeanson publia dans Le Canard enchaîné en novembre 1936 (reproduit dans le cahier n°XV, p.57-61).

L'Affaire Salengro est un trop gros morceau, même en se focalisant sur le rôle qu'y joua Béraud, ou qu'on lui prête, pour la traiter de manière exhaustive. On ne s'étonnera donc pas que j'aie de nouveau choisi le cinéma comme médiateur, à tout le moins l'audiovisuel. Un nouveau téléfilm sur l'Affaire Salengro allant être diffusé courant 2009, probablement sur une chaîne publique, il me semble indispensable que l'ARAHB marque le coup, un précédent, réalisé en 1992 par Denys de la Patellière, avec Jean-Claude Dreyfus dans le rôle de Salengro, ayant donné un résultant on ne peut plus fâcheux en ce qui concerne la représentation de Béraud. C'est un certain Éric Leblanc qui l'interprétait. On ne doit pas faire plus obscur comme acteur de seconde zone, même l'un des cinéphiles les plus érudits de Paris (i.e. de France, sinon du monde), présent parmi nous ce soir, n'en ayant jamais entendu parler. On ne peut donner une image plus grotesque de Béraud, gros fat dépourvu de charme et de talent, tout occupé à comploter avec Maurras (!?) dans quelque officine pour faire chuter le Front populaire. Difficile d'aligner plus de clichés, quand ce n'est pas d'inepties, que ne le font les auteurs de ce téléfilm. Le célèbre et controversé Yves Boisset s'est-il mieux documenté ? A-t-il fait preuve de plus de nuances ? J'avouerais en douter, ne serait-ce qu'au vu du titre, qui annonce la couleur : Salengro, exécution d'un ministre. Laissons-lui cependant l'ombre du doute (n'est-ce pas d'ailleurs cinématographique ?), et attendons de voir. Notons seulement d'ores et déjà la présence de Bernard-Pierre Donnadieu en Salengro, ce qui ne manque pas d'ironie vu qu'il a interprété l'horrible industriel fasciste du pauvre quoique riche Faubourg 36, sorti sur les écrans français en 2008. Il n'est d'ailleurs pas exclu que, par un retournement identique, qui relève presque du private joke, Jean-Claude Dreyfus, présent dans la distribution de ce nouveau Salengro, y joue cette fois-ci Béraud. Pour plus d'objectivité, je pense examiner ces téléfilms à la lumière du meilleur ouvrage consacré à l'Affaire, Ils l'ont tué ! Malgré ce titre racoleur, qui ne rend pas justice du contenu, et bien que son auteur, Thomas Ferenczi, soit journaliste au Monde, il analyse de manière relativement honnête les tenants et aboutissants de cette histoire, le rôle des uns et des autres, qu'il replace dans leur chronologie et leur contexte, en s'appuyant sur des dépouillements de sources d'époque (surtout la presse) effectués par des étudiants ayant travaillé plutôt sérieusement. Tout le contraire du téléfilm de 1992 donc, voire des comptes rendus parus sur le livre de Thomas Ferenczi, notamment celui que Le Monde demanda à Jean-Denis Bredin - que d'aucuns font sans vergogne rimer avec gredin (encore plus depuis la dernière affaire Tapie, les millions empochés par ce dernier n'ayant pas nui à tout le monde), qui ne prennent aucunement en compte les réserves émises par Ferenczi, pourtant peu suspect de complaisance envers l'Infâme, au sujet de la version officielle de l'Affaire, l'enquêteur atténuant, sans la minimiser, la responsabilité des journaux (dont Gringoire, d'où Béraud) dans le suicide du ministre.

Si notre dossier sur Béraud et l'Affaire Salengro traitera pour l'essentiel de ces deux téléfilms, ainsi que du livre de Thomas Ferenczi, nous n'excluons bien évidemment pas de l'enrichir avec tout document relatif à ce sujet. Toute pièce que les membres de l'association des Amis d'Henri Béraud ou tout autre personne pourraient nous apporter sera la bienvenue. N'hésitez donc pas à nous en communiquer. C'est dans le but que chacun puisse contribuer plus aisément à enrichir la documentation dont dispose Francis Bergeron pour établir ses cahiers que j'ai inclus une rubrique Béraud sur mon mini-site en ligne, objet de la dernière partie de cette petite causerie, sur « Béraud aujourd'hui ».

Pour apporter de la documentation nouvelle aux cahiers, encore faut-il savoir ce qu'ils ont déjà publié. Lapalisse n'aurait pas dit mieux. En revanche, reparcourir tous les cahiers à chaque fois que l'on découvre un document sur Béraud pour voir s'il s'y trouve déjà, voilà qui est plus difficile. Dix-huit numéros, en plus de rééditions diverses d'écrits sur ou à propos de Henri Béraud, ont en effet paru de 1996 à 2008. Ces cahiers comportent des reprises de textes de Béraud lui-même (dont ses écrits de captivité et des écrits de jeunesse), certains inédits, des textes récents sur Béraud, inédits ou repris de la presse et d'ouvrages évoquant Béraud, les conférences des 14 juillet Henri Béraud, organisées par l'ARAHB et des reprises de textes anciens sur Henri Béraud. Il m'a semblé qu'un inventaire était indispensable pour voir plus clair dans la masse de documentation et d'études déjà rassemblée, afin de repartir du bon pied. Aussi avons-nous fait paraître au printemps 2008 un « Bilan général de 15 années de publication, par l'Association Rétaise des Amis d'Henri Béraud » (Cahier Henri Béraud n°XVII), qui donne la liste des sommaires, un index par auteurs et des détails des autres activités de l'association. Et, pour s'y retrouver encore plus commodément, cet inventaire a été mis en ligne, ce qui permet une actualisation périodique, à l'adresse Internet suivante :

http://mister-arkadin.over-blog.fr/article-18586032.html

Voici le plan de ce "mini-site" consacré à Henri Béraud :

1. Présentation générale de l'ARAHB et sommaire des cahiers n°I à VII (1996-2002) ;

2. Sommaire des cahiers n°VIII à XVIII (2003-2008) ;

3. Index des cahiers : textes de Henri Béraud ;

4. Index des cahiers : articles et documents contemporains (« Béraud aujourd'hui ») ;

5. Index des cahiers : conférences du 14 juillet ;

6. Index des cahiers : articles et documents anciens (« Béraud hier ») ;

7. Autres publications et activités de l'ARAHB ;

8. Couvertures des cahiers ;

9. Béraud : Bibliographie (actualisation du cahier Béraud n°V, reproduite avec l'aimable autorisation d'Alain de Benoist) ;

10. Bilan d'étape, par Francis Bergeron, président de l'ARAHB.

Espérons que cet inventaire continuera de s'enrichir dans les mois et années à venir, à mesure que Francis nous adressera de nouveaux cahiers et brochures, avec une fidélité qui est la manifestation concrète d'une persévérance et d'une passion remarquables, peu d'associations d'amis d'écrivains y parvenant aussi régulièrement.

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DURAS AU CINÉMA

30 Janvier 2009, 21:20pm

Publié par Mister Arkadin

Rithy Panh, dans son adaptation d'Un barrage contre le Pacifique, ne s'est pas privé, ce qui est son droit le plus strict, d'insister sur les points l'intéressant le plus, notamment les rapports entre les autochtones et les instances coloniales. Cela se fait forcément au détriment d'autres aspects du roman de Marguerite Duras. Malheureusement, l'un d'eux est la place très importante prise par le cinéma dans la vie des protagonistes.

Cela me donne l'occasion de reproduire les deux pages (Gallimard, « Folio », 1982, p.188-189) qui furent choisis au bac français que j'ai passé voici fort longtemps pour l'épreuve de commentaire de texte.


Le piano commença à jouer. La lumière s'éteignit. Suzanne se sentit désormais invisible, invincible et se mit à pleurer de bonheur. C'était l'oasis, la salle noire de l'après-midi, la nuit des solitaires, la nuit artificielle et démocratique, la grande nuit égalitaire du cinéma, plus vraie que la vraie nuit, plus ravissante, plus consolante que toutes les vraies nuits, la nuit choisie, ouverte à tous, offerte à tous, plus généreuse, plus dispensatrice de bienfaits que toutes les institutions de charité et que toutes les églises, la nuit où se consolent toutes les hontes, om vont se perdre tous les désespoirs, et où se lave toute la jeunesse de l'affreuse crasse d'adolescence.

C'est une femme jeune et belle. Elle est en costume de cour. On ne saurait lui en imaginer un autre, on ne saurait rien lui imaginer d'autre que ce qu'elle a déjà, que ce qu'on voit. Les hommes se perdent pour elle, ils tombent sur son sillage comme des quilles et elle avance au milieu de ses victimes, lesquelles lui matérialisent son sillage, au premier plan, tandis qu'elle est déjà loin, libre comme un navire, et de plus en plus indifférente, et toujours plus accablée par l'appareil immaculé de sa beauté. Et voilà qu'un jour de l'amertume lui vient de n'aimer personne. Elle a naturellement beaucoup d'argent. Elle voyage. C'est au carnaval de Venise que l'amour l'attend. Il est très beau l'autre. Il a des yeux sombres, des cheveux noirs, une perruque blonde, il est très noble. Avant même qu'ils se soient fait quoi que ce soit on sait que ça y est, c'est lui. C'est ça qui est formidable, on le sait avant elle, on a envie de la prévenir. Il arrive tel l'orage et tout le ciel s'assombrit. Après bien des retards, entre deux colonnes de marbre, leurs ombres reflétées par le canal qu'il faut, à la lueur d'une lanterne qui a, évidemment, d'éclairer ces choses-là, une certaine habitude, ils s'enlacent. Il dit je vous aime. Elle dit je vous aime moi aussi. Le ciel sombre de l'attente s'éclaire d'un coup. Foudre d'un tel baiser. Gigantesque communion de la salle et de l'écran. On voudrait bien être à leur place. Ah ! comme on le voudrait. Leurs corps s'enlacent. Leurs bouches s'approchent, avec la lenteur du cauchemar. Une fois qu'elles sont proches à se toucher, on les mutile de leurs corps. Alors, dans leurs têtes de décapités, on voit ce qu'on ne saurait voir, leurs lèvres les unes en face des autres s'entrouvrir, s'entrouvrir encore, leurs mâchoires se défaire comme dans la mort et dans un relâchement brusque et fatal des têtes, leurs lèvres se joindre comme des poulpes, s'écraser, essayer dans un délire d'affamés de manger, de se faire disparaître jusqu'à l'absorption réciproque et totale. Idéal impossible, absurde, auquel la conformation des organes ne se prête évidemment pas. Les spectateurs n'en auront vu pourtant que la tentative et l'échec leur en restera ignoré. Car l'écran s'éclaire et devient d'un blanc de linceul.


La comparaison avec les textes de grands écrivains sur des séances de cinéma serait cruelle pour Duras. Contentons-nous d'en reproduire un ci-dessous (extrait prélevé dans Le Voyage au bout de la nuit de Céline) et de renvoyer au Spectateur nocturne, anthologie de Jérôme Prieur (Paris, Cahiers du cinéma, 1993).

Il faisait dans ce cinéma, bon, doux et chaud. De volumineuses orgues tout à fait tendres comme dans une basilique, mais alors qui serait chauffée, des orgues comme des cuisses. Pas un moment de perdu. On plonge en plein dans le pardon tiède. On aurait eu qu'à se laisser aller pour penser que le monde peut-être, venait enfin de se convertir à l'indulgence. On y était soi presque déjà.

Alors les rêves montent dans la nuit pour aller s'embraser au mirage de la lumière qui bouge. Ce n'est pas tout à fait vivant ce qui se passe sur les écrans, il reste dedans une grande place trouble, pour les pauvres, pour les rêves et pour les morts. Il faut se dépêcher de s'en gaver de rêves pour traverser la vie qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes. On choisit parmi les rêves ceux qui vous réchauffent le mieux l'âme. Pour moi, c'était je l'avoue, les cochons. Faut pas être fier, on emporte d'un miracle ce qu'on peut en retenir. Une blonde qui possédait des nichons et une nuque inoubliables a cru bon de venir rompre le silence de l'écran par une chanson où il était question de sa solitude. On en aurait pleuré avec elle.

C'est ça qui est bon ! Quel entrain ça vous donne ! J'en avais ensuite, je le sentais déjà, pour au moins deux journées de plein courage dans la viande. Je n'attendis même point qu'on ait rallumé dans la salle. J'étais prêt à toutes les résolutions du sommeil maintenant que j'avais absorbé un peu de cet admirable délire d'âme.

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CINÉMA ET RADIO : SEMAINE DU 31 JANVIER 2009

29 Janvier 2009, 16:49pm

Publié par Mister Arkadin

Émissions radiophoniques sur le cinéma de la semaine à venir :

« À quoi pensez-vous ? » (Brigitte Lefèvre), France Culture, samedi 31 janvier 2009, de 14h15 à 15h00 : Jeanne Balibar (comédienne et chanteuse)

« Vos plus belles années » (Patrick Sébastien), RTL, samedi 31 janvier 2009, de 11h30 à 12h30 : Roland Giraud (acteur)

« Le Zapping » (Mathias Deguelle), France Inter, samedi 31 janvier 2009, de 15h30 à 17h00 : Jane Birkin (actrice et réalisatrice)

« Eclectik » (Rebbeca Manzoni ; Laurence Garcia, par intérim), France Inter, dimanche 1er février 2009, de 10h10 à 11h00 : Dominique Blanc (comédienne), pour le film L'Autre (de Patrick Marie Bernard et Pierre Trividic)

« Cosmopolitaine » (Paula Jacques), France Inter, dimanche 1er février 2009, de 14h05 à 16h00 : Terence Davies (cinéaste), pour son film Of Time and the City

« Á portée de mots » (François Castang), France Musique, mardi 3 février 2009, de 12h00 à 13h00 : Jérôme Clément (Président d'Arte France), à l'occasion de la sortie du film adapté de son autobiographie Plus tard tu comprendras

« Découvertes » (Michel Drucker), Europe 1, mardi 3 février 2009, à 9h30 : « L'éternelle jeunesse », avec Line Renaud (chanteuse et actrice), Michèle Morgan (actrice) et Charles Aznavour (chanteur et acteur)

« Surpris par la nuit » (Alain Veinstein), France Culture, mardi 3 à jeudi 5 février 2009, de 22h15 à 23h30 : « Pier Paolo Pasolini, le procès interdit » (Yan Ciret) - « Ostie - le corps du massacre : ordure et blasphème », « Le sacrifié de la société » et « Dernières prophéties - cannibalisme, esclavage et capitalisme », avec Anne Wiazemski, Toni Negri, Jean Duflot, Hervé Joubert-Laurencin, Bertrand Levergeois, René de Ceccatty, René Scherer, Jean-Paul Manganaro, les voix de Pier Paolo Pasolini, Laurent Terzieff, Alberto Moravia, Sergio Citti, Leonardo Sciascia, Bernardo Bertolucci, Walter Siti, Sergueï Paradjanov, Pierre Clémenti, Franco Citti, Ninetto Davoli, Pino Pelosi, des lectures et doublages par Nicole Dogué, Damien Manivel, Jean-René Lemoine et « Porno Teo Kolossal », scénario posthume de Pier Paolo Pasolini lu par Jeanne Moreau

« Esprit critique » (Vincent Josse), France Inter, mercredi 4 février 2009, de 9h10 à 9h35 : Dominique Blanc (comédienne), pour le film L'Autre (de Patrick Marie Bernard et Pierre Trividic)

« L'humeur vagabonde » (Kathleen Evin), France Inter, mercredi 4 février 2009, de 20h10 à 21h00 : Patrick Marie Bernard et Pierre Trividic (cinéaste), pour leur film L'Autre

« Jeux d'archives » (Antoine Perraud), France Culture, jeudi 5 février 2009, de 21h00 à 22h00 : Marcel Bluwal (metteur en scène)

« Tout arrive » (Arnaud Laporte, « Le magazine de l'actualité culturelle »), France Culture, vendredi 6 février 2009, de 12h53 à 13h30 : Patrick Marie Bernard et Pierre Trividic (cinéaste), pour leur film L'Autre

« Sur les docks, l'heure du documentaire » (Pierre Chevallier), France Culture, vendredi 6 février 2009, de 16h00 à 17h00 : « Champ libre - Culture et insertion : les "Rendez-vous cinéma" des Restos du Cœur » (documentaire de Alexandre Breton et Guillaume Baldy)



Compléments et rappels :

- Grille des émissions de radio spécifiquement consacrées au cinéma (la grille de la saison 2008-2009 sera mise en ligne courant février)

- Liste des émissions récentes de France Info sur le cinéma

- Liste des invités des émissions de radio d'information sur le site "Zapping du paf"

- Le fil d'information relatif au cinéma de l'AFP



Avec la collaboration régulière de l'indispensable Desata, auquel je renouvelle tous mes chaleureux remerciements.

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PALMARÈS 2008

27 Janvier 2009, 00:00am

Publié par Mister Arkadin

Films vus en 2008

 

Film

Nationalité

Sortie

Note

1.      

No Country for Old Man (E.Coen)

USA

01/23

8

2.      

Plages d'Agnès (Les) (A.Varda)

France

12/17

8

3.      

Two Lovers (J.Gray)

USA

11/19

7

4.      

Heure d'été (L') (O.Assayas)

France

03/05

7

5.      

Agathe Cléry (E.Chatillez)

France

11/26

7

6.      

There Will Be Blood (P.T.Anderson)

USA

02/27

7

7.      

Serbis (B.Mendoza)

Philippines

12/17

7

8.      

Œil du mal (L') (D.J.Caruso)

USA

12/24

7

9.      

Citronniers (Les) (E.Riklis)

Israël

04/23

7

10.   

Mascarades (L.Salem)

France

12/10

7

11.   

Phénomènes (The Happening) (M.N.Shyamalan)

USA

06/11

7

12.   

Filatures (Eye in the Sky) (Y.Nai Hoi)

Hong-Kong

01/02

7

13.   

Valse avec Bachir (A.Folman)

Israël

06/25

7

14.   

A Swedish Love Story (R.Andersson)

Suède

06/04

7

15.   

In Bruges (M.McDonagh)

GB

07/02

7

16.   

Échange (L') (C.Eastwood)

USA

11/12

7

17.   

Lust, Caution (A.Lee)

USA/Chine

01/16

6

18.   

Promets-moi (E.Kusturica)

Serbie

01/30

6

19.   

Cortex (N.Boukhrief)

France

01/30

6

20.   

Liens du sang (Les) (J.Maillot)

France

01/30

6

21.   

Juno (J.Reitman)

USA

02/06

6

22.   

Affaire de famille (C.Drexel)

France

06/04

6

23.   

Wall E (A.Stanton)

USA

07/30

6

24.   

Silence de Lorna (Le) (J.-P./L.Dardenne)

Belgique

08/27

6

25.   

Max la menace (Get Smart) (P.Segal)

USA

09/10

6

26.   

Appaloosa (E.Harris)

USA

10/01

6

27.   

Frangins malgré eux (Step Brothers) (A.McKay)

USA

11/19

6

28.   

Aide-toi, le ciel t'aidera (F.Dupeyron)

France

11/26

6

29.   

The Duchess (S.Dibb)

GB

11/26

6

30.   

It's a free World... (K.Loach)

GB

01/02

5

31.   

Hitman (X.Gens)

USA/France

01/02

5

32.   

Cerfs-volants de Kaboul (Les) (M.Forster)

USA

02/13

5

33.   

MR 73 (O.Marchal)

France

03/12

5

34.   

Angles d'attaque (P.Travis)

USA

03/19

5

35.   

Nouveau protocole (Le) (T.Vincent)

France

03/19

5

36.   

3h10 pour Yuma (J.Mangold)

USA

03/26

5

37.   

Chasseurs de dragons (G.Ivernel/A.Qwak)

France

03/26

5

38.   

Ciao Stefano (G.Zanasi)

Italie

04/30

5

39.   

Maradona par Kusturica (E.Kusturica)

France-Espagne

05/28

5

40.   

L'un contre l'autre (J.Bonny)

Allemagne

04/30

5

41.   

JCVD (M. el Mechri)


06/04

5

42.   

Mad Money (C.Khourie)

USA

07/23

5

43.   

Braquage à l'anglaise (Bank Job) (R.Donaldson)

GB

08/06

5

44.   

Rumba (D.Abel / F.Gordon / B.Romy)

France-Belgique

09/17

5

45.   

Vicky Cristina Barcelona (W.Allen)

USA

10/08

5

46.   

Harcelés (N.LaBute)

USA

10/03

5

47.   

Coluche. L'histoire d'un mec (A. de Caunes)

France

10/22

5

48.   

Mesrine, l'instinct de mort (J.-F.Richet)

France

10/22

5

49.   

Burn after Reading (J.Coen)

USA

12/10

5

50.   

Le Jour où la terre s'arrêtera (S.Derrickson)

USA

12/10

5

51.   

Hunger (S.McQueen)

GB

12/03

5

52.   

Sweeny Todd (T.Burton)

USA

01/23

4

53.   

John Rambo (S.Stallone)

USA

02/06

4

54.   

Notre univers impitoyable (L.Fazer)

France

02/13

4

55.   

Paris (C.Klapisch)

France

02/20

4

56.   

Mongol (S.Bodrov)

USA

04/09

4

57.   

Iron Man (J.Favreau)

USA

04/30

4

58.   

Rec (J.Balagueró/P.Plaza)

Espagne

04/23

4

59.   

Par suite d'un arrêt de travail (F.Andréi)

France

07/02

4

60.   

Hancock (P.Berg)

USA

07/09

4

61.   

Wanted, choisis ton destin (T.Bekmanbetov)

USA

07/16

4

62.   

Premier jour du reste de ta vie (Le) (R.Bezançon)

France

07/23

4

63.   

Fleur secrète (M.Konuma)

Japon

07/30

4

64.   

The Dark Knight (C.Nolan)

USA

08/13

4

65.   

Gommora (M.Garrone)

Italie

08/13

4

66.   

Rien que pour vos cheveux (You Don't Mess with the Zohan) (D.Dugan)

USA

08/27

4

67.   

Comme les autres (V.Garenq)

France

09/03

4

68.   

Inju, la bête dans l'ombre (B.Schroeder)

France

09/03

4

69.   

Loi (la) et l'ordre (J.Avnet)

USA

10/08

4

70.   

Tonnerre sous les Tropiques (B.Stiller)

USA

10/15

4

71.   

W., l'improbable président (Being W.)

USA

10/29

4

72.   

Quantum of Solace (M.Forster)

USA

10/29

4

73.   

Très très grande entreprise (La) (P.Jolivet)

France

11/05

4

74.   

Mesrine. L'Ennemi public n°1 (J.-F.Richet)

France

11/19

4

75.   

Prix de la loyauté (Le) (Pride and Glory) (G.O'Connor)

USA

12/03

4

76.   

Caos Calmo (A.Grimaldi)

Italie

12/10

4

77.   

Pour elle (F.Cavayé)

France

12/03

4

78.   

Largo Wich (J.Salle)

France

12/17

4

79.   

Le bon, la brute et le cinglé (Kim J.-W.)

Corée du sud

12/17

4

80.   

Louise-Michel (B.Delépine/G.Kervern)

France

12/24

4

81.   

Fabrique des sentiments (La) (J.M.Moutout)

France

02/06

3

82.   

Benjamin Gates et le Livre des secrets (J.Turtleroad)

USA

02/13

3

83.   

Femmes de l'ombre (Les) (J.-P.Salomé)

France

03/05

3

84.   

Il y a longtemps que je t'aime (P.Claudel)

France

03/19

3

85.   

Modern Love (Stéphane Kazandjian)

France

03/19

3

86.   

Crimes à Oxford (A. de la Iglesia)

Espagne/France/
GB

03/26

3

87.   

Bienvenue chez les Ch'tis (D.Boon)[1]

France

03/...

3

88.   

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (S.Spielberg)

USA

05/21

3

89.   

Un conte de Noël. Roubaix ! (A.Desplechin)

France

05/21

3

90.   

Sparrow (J.To)

Hong-Kong

06/04

3

91.   

La Personne aux deux personnes (Bruno & Nicolas)

France

06/18

3

92.   

Voyage aux Pyrénées (Le) (J.M./A.Larrieu)

France

07/09

3

93.   

3 p'tits cochons (Les) (P.Huard)

Québec

08/06

3

94.   

Empreinte de l'ange (L') (S.Nebbou)

France

08/13

3

95.   

Parlez-moi de la pluie (A.Jaoui)

France

09/17

3

96.   

Married Life (I.Sachs)

USA

09/24

3

97.   

Being W (K.Zéro / M.Royer)

France

10/08

3

98.   

Grandes personnes (Les) (A.Novion)

France

11/12

3

99.   

Mia et le Migou (J.R.Girerd)

France

12/10

3

100.   

Quatre nuits avec Anna (J.Skolimovski)

Pologne

11/05

3

101.   

Dernier maquis (Rabah Ameur-Zaimeche)

France

10/22

3

102.   

Il Divo (P.Sorrentino)

Italie

12/31

3

103.   

The Spirit (F.Miller)

USA

12/31

3

104.   

Le Tueur (C.Anger)

France

01/09

3

105.   

Triangle (T.Hark/R.Lam/J.To)

Hong Kong

01/16

2

106.   

Guerre (La) selon Charlie Wilson (M.Nichols)

USA

01/16

2

107.   

Live ! (B.Guttentag)

USA

01/23

2

108.   

Astérix et Obélix aux jeux olympiques (F.Forestier/T.Langman)

France

01/30

2

109.   

Didine (V.Dietschy)

France

01/30

2

110.   

Coupable (L.Masson)

France

02/27

2

111.   

Soyez sympas, rembobinez (M.Gondry)

USA

03/05

2

112.   

Mad Detective (J.To)

Hong-Kong

03/05

2

113.   

Sans haine, ni arme, ni violence (J.-P.Rouve)

France

.....

2

114.   

Jeux de dupe (G.Clooney)

USA

04/23

2

115.   

Cash (E.Besnard)

France

04/23

2

116.   

Grand alibi (Le) (P.Bonitzer)

France

04/30

2

117.   

Wonderful Town (A.Assarat)

Thaïlande

05/07

2

118.   

Cleaner (R.Harlin)

USA

05/14

2

119.   

Nés en 1968 (O.Ducastel/J.Martineau)

France

05/21

2

120.   

Sex and the City (M.P.King)

USA

05/28

2

121.   

Eldorado (B.Lanners)

Belgique

06/18

2

122.   

Sans Sarah, rien ne va ! (N.Stoller)

USA

06/18

2

123.   

Au bout de la nuit (D.Ayer)

USA

06/25

2

124.   

Seuls Two (Eric & Ramzy)

France

06/25

2

125.   

Diary of the Dead (G.A.Romero)

USA

06/25

2

126.   

Nos 18 ans (F.Berthe)

France

07/16

2

127.   

L'Incroyable Hulk (L.Letterrier)

USA

07/23

2

128.   

Dorothy (A.Merlet)

France-GB

08/06

2

129.   

Fille de Monaco (La) (A.Fontaine)

France

08/20

2

130.   

Be Happy (Happy-go-Lucky) (M.Leigh)

GB

08/27

2

131.   

Christophe Colomb, l'énigme (M. de Oliveira)

Portugal

09/03

2

132.   

Belle personne (La) (C.Honoré)

France

09/17

2

133.   

Jar City (B.Kormákur)

Islande

09/17

2

134.   

Faubourg 36 (C.Barratier)

France

09/24

2

135.   

Le crime est notre affaire (P.Thomas)

France

10/15

2

136.   

Hellboy 2 (G. del Toro)

USA

10/29

2

137.   

Mensonges d'Etat (Body of Lies) (R.Scott)

USA

11/05

2

138.   

Musée haut, musée bas (J.M.Ribes)

France

11/19

2

139.   

Quatre minutes (C.Kraus)

Allemagne

01/16

1

140.   

Sleuth (K.Branagh)

.....

02/13

1

141.   

The Eye (D.Moureau/X.Palud)

USA

04/09

1

142.   

Randonneurs (Les) à Saint-Tropez (P.Harel)

France

04/09

1

143.   

Deux jours à tuer (J.Becker)

France

04/30

1

144.   

Leur morale et la nôtre (F.Quentin)

France

08/27

1

145.   

Max Payne (J.Moore)

USA

11/12

1

146.   

Hello Goodbye (G.Guit)

France

11/26

1

147.   

Plaisir de chanter (I. Duran Cohen)

France

11/26

1

148.   

Secret défense (P.Haïm)

France

12/10

1




[1] En DvD (prêt).

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BILAN DE L’ANNÉE 2008 - LJC DU 22 JANVIER 2009

26 Janvier 2009, 00:06am

Publié par Mister Arkadin

Le dernier « Libre journal du Cinéma » dirigé par Philippe d'Hugues, sur Radio Courtoisie, auquel j'ai participé en compagnie de Philippe Ariotti le jeudi 22 janvier 2009 (et que j'avais annoncé ici), a été en grande partie consacrée à Bernard Cohn, écrivain, critique cinématographique et cinéaste, pour son roman La Fuite (Éditions Les Cygnes), qui a pour cadre le Festival de Cannes.

En deuxième partie de l'émission, l'actualité a été rapidement passée en revue, que ce soit les films sortis en salle (Les Noces rebelles, Il Divo, Slumdog Millionaire, Et après, Sept vies, Frozen River, Le Miroir magique), une rétrospective (Danielle Darrieux à la Cinémathèque française), les disparitions (Xie Jin, Edmund Purdom, Harold Pinter, Ann Savage, Pat Hingle, Patrick McGoohan,  Claude Berri, Ricardo Montalban), et les publications (les revues "Cinérotica", "Lunatique", "Jeune cinéma" et "Repérages", les livres "Présences. Écrits sur le cinéma" d'Olivier Assayas, "La Correspondance de Paul Roulier-Davenel", de Sacha Guitry, "Corona & Coronilla. Poèmes à Jean Voilier", de Paul Valéry).

Un bilan de l'année 2008 a été proposé ensuite, à partir des listes des meilleurs films des membres de l'équipe et des amis du Libre journal du cinéma. Le temps ayant manqué pour que la liste de Philippe d'Hugues et la mienne puissent être lues à l'antenne, les voici :

Liste de Philippe d'Hugues :

1. L'Ile 2. L'Échange 3. Les Citronniers 4. Il Divo 5. Un conte d'été polonais 6. Grace is Gone 7. Coup de foudre à Rhode Island 8. Les Faussaires 9. Le crime est notre affaire 10. L'Heure d'été

La mienne :

- Films de fiction sortis en salles (148 films vus) : No Country for Old Man ; Les Plages d'Agnès ; Two Lovers ; Agathe Cléry ; L'Heure d'été ; There Will Be Blood ; Serbis ; L'Œil du mal ; Phénomènes ; Les Citronniers ; Mascarades ; Filatures
- Inédit récent, dont la sortie en salles tarde, mais déjà présenté lors de séances spéciales en 2008 : Katyn
- Inédit ancien : A Swedish Love Story
- Documentaire : Valse avec Bachir
- TV : Le Duel 2008 [Obama / Mc Cain] (Arte)
- DVD : Mister Arkadin (édité par les éditions Opening ; documentaire avec Jean-Pierre Berthomé en bonus)
- Coups de cœur : In Bruges ; Max la menace ; La Duchesse
- Meilleure bande-annonce : certainement pas Agathe Cléry !
- Meilleur livre de cinéma : L'Age du rythme (Laurent Guido, Payot Lausanne, 2007) ; certainement pas
Ballaciner de Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature, dont un roman, Mondo, a été adapté au cinéma en 1995 par Tony Gatlif
- Plus mauvais film : Rabbi Jacob au Palais des Congrès filmé en direct par Paris Première le 29 novembre 2008 ; Be King, Rewind
- Regrets (parmi les nombreux films ratés) : California Dremin' ; Capitaine Achab ; A bord du Darjeeling Limited ; Honor de Cavallerio ; L'Ile ; Into the Wild ; Peur(s) du noir ; Redacted ; Un roman policier ; Le Voyage du ballon rouge ; La Zona ; La Vie moderne ; L'Apprenti ; My Magic ; Woman on the Beach ; Speed Racer ; etc.

Synthèse des onze listes des membres de l'équipe ou amis du LJC (Philippe Ariotti, Anne-Marie Baron, Anne Brassié, Bernard Cohn, Arnaud Guyot-Jeannin, Pascal Manuel Heu, Philippe d'Hugues, Jean Ollé Laprune, Alain Paucard, Marie-Noëlle Tranchant, Mitsuo Watanabe) :

L'Heure d'été, d'Olivier Assayas (6 mentions) ; Les Citronniers, d'Eran Riklis (6) ; L'Échange, de Clint Eastwood (5) ; Two Lovers, de James Gray (5) ; No Country for Old Man, de Joel Coen (4) / Les Faussaires (4), de Stefan Ruzowitzky / L'Ile, de Pavel Lounguine (4) / There Will Be Blood, de Paul Thomas Anderson (4) / Le crime est notre affaire, de Pascal Thomas (4) / Les Plages d'Agnès, d'Agnès Varda (4) ; Il Divo, de Paulo Sorentino (3 ; film que sa sortie en toute fin d'année a peut-être desservi)

Enfin, suite à un référendum récent, Philippe d'Hugues a proposé aux auditeurs et amis du "Libre journal du cinéma" de donner, avant le 15 février 2009, afin qu'une synthèse puisse être établie pour la prochaine émission (le jeudi 19 février 2009), leur liste des meilleurs films de l'histoire du cinéma (entre dix et vingt), en plus des traditionnelles listes des meilleurs films de l'année.


Compléments : enregistrement de l'émission ; script sur le blog de Radio Courtoisie.

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VIVA WAJDA !

24 Janvier 2009, 01:04am

Publié par Mister Arkadin

N'ayant pas encore vu Katyn quand j'ai écrit le billet annonçant sa sortie prochaine dans les salles (à-ce-qu'on-dit... attendons pour voir !), je ne pouvais que me féliciter de son passage sur une chaîne numérique de Canal +. J'aurais cependant été embarrassé si le film lui-même n'avait pas été à la hauteur de son ambition, l'exclusion du "grand sujet" comme critère de la qualité d'une œuvre ayant heureusement été entérinée depuis longtemps par la critique française (au moins depuis un célèbre article de Claude Chabrol, ce si sérieux critique devenu un plaisant cinéaste, sinon un plaisantin). Je m'en serais presque voulu d'avoir semblé céder à l'indulgence que l'on observe fréquemment à l'égard de films ni faits ni à faire, mais dont on pense qu'il est toutefois bon qu'ils aient été faits, qu'ils soient par conséquent conseillés, vu l'importance que l'on prête au sujet traité. Point n'est besoin d'écrire qu'il était nécessaire qu'un film tel que Katyn existe, indépendamment de la qualité même de l'œuvre. En l'occurrence, elle est admirable, ce qui rend d'autant plus scandaleux le peu d'empressement à la distribuer en France (vu surtout le nombre de plus en plus élevé d'inepties encombrant les écrans, à tel point que même l'indulgent Ulysse fait plus souvent la grimace qu'un sourire dans Télérama de la semaine dernière).

Dieu sait pourtant si ce type de films, des fictions réalisées par des cinéastes confirmés à partir de l'histoire dramatique de leur famille et de leur peuple, a pu donner le meilleur comme le pire, en passant par le médiocre, tant l'entreprise est délicate, et même casse-gueule. Le meilleur avec le chef-d'œuvre d'Atom Egoyan (Ararat), Les Violons du bal de Michel Drach et l'un des rares films de Kazan encore à peu près regardables (America America), le médiocre avec La Liste de Schindler de Steven Spielberg, Le Pianiste de Roman Polanski (entre autres pour la raison que je donne ici) ou Mayrig de Henri Verneuil, le pire avec Un secret (qui passe en ce moment sur Canal), le film du sympathique Claude Miller, qui, s'il ne méritait tout de même pas les cris d'indignation des journalistes de l'émission « Tout arrive » (sur France Culture), pas pour les bonnes raisons qui plus est, constitue sans doute le "film de trop" sur la Shoah - ceci dit en plagiant Tony Judt (« Trop de Shoah tue la Shoah », Le Monde diplomatique, juin 2008, p.22-23).

Wajda ne risquait certes pas de réaliser la fiction de trop sur les crimes du stalinisme, vu leur nombre somme toute on ne peut plus restreint. Mais, vu la cote déplorable dont il jouit aujourd'hui auprès de la critique française, inversement proportionnelle à celle dont il était crédité jusqu'à Danton, on pouvait se demander s'il réaliserait le film qu'il fallait. Il l'a fait !


PS : Wajda avait réalisé en 1990 le documentaire Dans la forêt de Katyn.

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CINÉMA ET RADIO : SEMAINE DU 24 JANVIER 2009

23 Janvier 2009, 12:35pm

Publié par Mister Arkadin

Rappels et rattrapages :

« Là-bas, si j'y suis » (Daniel Mermet), France Inter, mercredi 7 janvier 2009, de 15h00 à 16h00 : Retour sur la vie et la mort du Professeur Choron et de Charlie Hebdo, avec Pierre Carles, Delfeil de Ton, Willem et Arthur, à l'occasion de la sortie du film de Pierre Carles et Martin Choron Dernière

« Libre journal de Jean Darnel », Radio Courtoisie, mercredi 21 janvier 2009 : Marianne Basler (comédienne), pour son spectacle-Lecture "Marie-Antoinette - Correspondance 1770-1793" (texte d'Evelyne Lever), du 23 janvier au 20 février 2009, au Foyer du Théâtre de la Madeleine - c'est de la scène, et non du cinéma, mais je ne pouvais pas manquer de signaler la présence dans un studio que je fréquente moi-même de l'actrice française la plus sexy

« Esprit critique » (Vincent Josse), France Inter, mercredi 21 janvier 2009, de 9h10 à 9h35 : Le Festival Premiers Plans, à Angers, avec Jeanne Moreau (une des marraines du Festival), Claire Burger (réalisatrice), présentant dans la sélection pour Forbach dans la section films d'école européens et Toute ma vie j'ai rêvé dans la section figures libres, et Claude-Eric Poiroux (Directeur du Festival)

« Culture vive » (Pascal Paradou), RFI, mercredi 21 janvier 2009, à 17h10 : Gérard Mordillat (romancier et cinéaste), pour la présentation de son film En compagnie d’Antonin Artaud au Fipa (Festival International de Programmes Audiovisuels, du 20 au 25 janvier), et Alain Fleischer (écrivain, photographe et cinéaste, pour son documentaire son documentaire Morceaux de conversation avec Jean-Luc Godard, sorti en salles le 21 janvier 2009

« Rendez-vous » (Laurent Goumarre), France Culture, mercredi 21 janvier 2009, de 19h15 à 20h00 : Amos Gitaï (cinéaste), pour son film Plus tard tu comprendras

« Et pourtant elle tourne » (Bruno Duvic ; émission qui, malgré son titre, n'est pas spécialement consacrée au cinéma, ni même à Jane Birkin), France Inter, jeudi 22 janvier 2009, de 18h15 à 19h00 : Entretien avec Amos Gitaï (cinéaste) et chroniques d’Eva Bettan sur Plus tard tu comprendras et Les Noces rebelles

« Y'en aura pour tout le monde » (Jean-Marc Fogiel), Europe 1, vendredi 23 janvier 2009 : Guillaume Canet (acteur)

« RTL Soir » (Nicolas Poincaré), RTL, vendredi 23 janvier 2009, de 19h15 à 20h00 : Charles Berling (comédien)

« Rendez-vous avec Claire Chazal » (Claire Chazal), Radio Classique, vendredi 23 janvier 2009, de 18h00 à 18h30 : Fanny Ardent (actrice)


Émissions radiophoniques sur le cinéma de la semaine à venir :

« Masse critique » (Frédéric Martel, « Le magazine des industries culturelles »), France Culture, samedi 24 janvier 2009, de 8h10 à 9h00 : « Le phénomène Bollywood à l'épreuve de la mondialisation », avec Éric Fournet (revue Bollywood), Vijay Singh (cinéaste), Emmanuel Grimaud (anthropologue), Vincent Paul-Boncourt (producteur) et Camille Deprez (historienne)

« Note contre note » (Martine Kaufman), France Musique, samedi 24 janvier 2009, de 9h30 à 11h00 :  Avec Elisabeth et Alain Virmaux, « Colette au concert et au spectacle »

« Panique au Mangin Palace, le ministère psychique » (Philippe Collin), France Inter, samedi 24 janvier 2009, de 11h05 à 12h00 : Sacha Guitry

« Matière à penser » (Pierre Moracchini), Radio Notre-Dame, samedi 24 janvier 2009, à 11h05 - Rediffusion de l'émission du lundi 19 janvier 2009, à 18h30 : Luther, film d'Éric Till, avec le pasteur Alain Joly

« Carnet nomade » (Colette Fellous), France Culture, dimanche 25 janvier 2009, de 6h00 à 7h00 - Rediffusion de 14h00 à 15h00 : « Entrons dans le monde de Jacques Demy », avec Rosalie Varda, Agnès Varda, Anouk Aimée, Marc Michel et Rebecca de La Bardonnie

« Vos plus belles années » (Patrick Sébastien), RTL, dimanche 25 janvier 2009, de 11h30 à 12h30 : Georges Lautner (cinéaste)

« Cosmopolitaine » (Paula Jacques), France Inter, dimanche 25 janvier 2009, de 14h05 à 16h00 : Amat Escalante (cinéaste mexicain), pour son film Los Bastardos

« Jazz Fan » (Laure Albernhe), TSF Jazz, dimanche 25 janvier 2009, à partir de 19h00 : Jean-François Rauger (critique de cinéma et programmateur à la Cinémathèque française 

« Ronde de nuit » (Olivier Le Borgne), France Vivace, nuit du dimanche 25 au lundi 26 janvier 2009, de 1h00 à 4h00 : « Hommage à Claude Berri »

« Découvertes » (Michel Drucker), Europe 1, lundi 26 janvier 2009, à 9h30 : Le Bal des actrices

« Le fou du roi » (Stéphane Bern), France Inter, lundi 26, mardi 27 et mercredi 28 janvier 2009, de 11h05 à 12h30 : Charles Berling et Roland Giraud (acteurs) ; Romane Borhinger et Mélanie Doutey (actrices) ; Isabelle Carré (comédienne)

« Rendez-vous » (Laurent Goumarre), France Culture, lundi 26 janvier 2009, de 19h15 à 20h00 : José Benazeraf (cinéaste), à l'occasion de la parution de deux coffrets DVD regroupant huit films (Éditions Label K films)

« Y'en aura pour tout le monde » (Jean-Marc Fogiel), Europe 1, mardi 27 janvier 2009 : Bernadette Laffont (comédienne)

« Esprit critique » (Vincent Josse), France Inter, mardi 27 janvier 2009, de 9h10 à 9h35 : Le Bal des actrices, avec Maïween (réalisatrice) et Marina Foïs (actrice)

« Coup de projecteur », TSF Jazz, lundi 26 et mardi 27 janvier 2009, à 8h30 - Rediffusions à 11h30 et 16h30 : « Godard intime », avec Alain Fleischer (cinéaste), à l'occasion de la sortie de son film Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard ; Georges Delerue (compositeur de musique), avec Stéphane Lerouge, éditeur d'un coffret de six CD's (chez Universal) - Rattrapage : vendredi 23 2009, Le Bal des actrices

« Á portée de mots » (François Castang), France Musique, mardi 27 et jeudi 29 janvier 2009, de 12h00 à 13h00 : Roland Giraud (comédien) ; Hugues Questeur (comédien)


« Les Grandes gueules » (Alain Marshall), RMC, mardi 27 janvier 2009, à 13h00 : Guillaume Canet (acteur), pour le film de Nicolas Saada Espion(s)

« L'invité classique » (Olivier Bellamy), Radio classique, mardi 27 janvier 2009, à 18h30 : Lorant Deutsch (acteur)

« Rendez-vous » (Laurent Goumarre), France Culture, mardi 27 janvier 2009, de 19h15 à 20h00 : Nicolas Saada (cinéaste)

« Surpris par la nuit » (Alain Veinstein), France Culture, mercredi 28 janvier 2009, de 22h15 à 23h30 : « Pour un Wolman » (Dominique Meens), « Radiophonie postume de Gil Joseph Wolman, poète, écrivain, cinéaste et plasticien (1929-1995) », avec Hélène Hazéra

« À plus d'un titre » (Jacques Munier ; « L'actualité des revues »), France Culture, vendredi 30 janvier 2009, de 15h30 à 16h00 : la revue de cinéma Vertigo, avec Marcos Uzal et Cyril Neyrat

« Médiagora » (Claude Carrez), RCF, vendredi 30 janvier 2009, de 21h00 à 21h55 - Rediffusion le dimanche à 3h00 : Puisque nous sommes nés, film de Jean-Pierre Duret


Compléments et rappels :

- Grille des émissions de radio spécifiquement consacrées au cinéma (la grille de la saison 2008-2009 est en cours de préparation)

- Liste des émissions récentes de France Info sur le cinéma

- Liste des invités des émissions de radio d'information sur le site "Zapping du paf"

- Le fil d'information relatif au cinéma de l'AFP


Avec la collaboration régulière de l'indispensable Desata, auquel je renouvelle tous mes chaleureux remerciements.

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TRIBUT

21 Janvier 2009, 00:30am

Publié par Mister Arkadin

« Immense cinéaste » (une radio), « génial touche-à-tout » (RTL), « géant du cinéma français » (Le Figaro), « une des grandes figures du cinéma français » (Christine Albanel, Ministère de la Culture), le « patron » (Métro), etc. On ne compte plus les hommages dithyrambiques rendus à Claude Berri, dont je donne quelques exemples en ce qui concerne la radio, la télévision n'ayant pas été en reste, plus de programmes spéciaux ayant été concoctés pour la mort de Berri que pour les morts quasi simultanées d'Antonioni et de Bergman l'année dernière. Au cas où tout média de cinéma se devrait de se joindre obligatoirement aux concerts de louanges, je m'y prête bien volontiers. Voilà qui est fait.

Seule note un peu discordante, quoique assez équilibrée, dans Libération, qui, malgré une très généreuse "une" (un gros « Tchao Berri » accompagné de la formidable trogne de l'acteur, bizarrement désigné uniquement comme « réalisateur et producteur de cinéma ») et une nécro guère enthousiaste, mais plutôt bienveillante (voir ci-dessous), ne peut manquer de rappeler les conflits qui opposèrent le nabab au journal. Je reviendrai un de ces jours sur la querelle entre Berri et Daney au sujet d'Uranus, en introduisant un arbitre inattendu en la personne d'Éric Rohmer.



Libération, mardi 13 janvier 2009

En une : « Tchao Berri »

p.5 : « Claude Berri sans amnésie », par Gérard Lefort

Claude Berri, dit-on, aimait bien les affaires de famille. Et les histoires qui vont avec : passionnelles, compliquées, exténuantes. En apprenant dimanche qu'il venait d'être hospitalisé pour une nouvelle attaque cérébrale, une pensée s'envola vers son fils, Thomas Langmann, qui, physiquement, ressemble beaucoup à son père jeune. Puis vint le temps de la nécrologie qui, comme de coutume, n'est jamais écrite d'avance. Ce qui autorise l'émotion et n'empêche pas pour autant la réflexion. En attaquant violemment, et à plusieurs reprises, les critiques cinéma de Libération dont les écrits avaient eu l'heur de lui déplaire, Claude Berri voulait-il nous faire entrer dans le cercle de sa famille qui, comme toute famille, carbure à l'amour-haine ? En exigeant par voie de justice un droit de réponse particulièrement calamiteux pour une analyse de Serge Daney sur Uranus parue en 1991 dans Libération, Claude Berri, à nos yeux, se dégrada. Après la mort de Serge Daney, il s'en excusa. On lui pardonna. Mais on ne pouvait pas occulter cet épisode navrant. Ce doit être ça un «parrain» : il vous embrasse, il vous étouffe, il vous embrasse...

p.22-23 :

« Berri, mort d'un baron du cinéma », par Gérard Lefort et Didier Péron

Le producteur omniprésent du cinéma français est mort hier à 74 ans d'une attaque cérébrale. Retour sur un parcours jalonné de gros succès et de beaux ratés.

«Si j'avais réussi comme acteur, je me demande si j'aurais fait de la mise en scène. C'est parce que j'étais inoccupé que j'ai convaincu mon père et quelqu'un de ses amis fourreurs de mettre de l'argent dans une pièce de théâtre de François Billetdoux. D'une carrière d'acteur ratée est née ma volonté de faire de la mise en scène. Il fallait que je mange. C'est tout. Puis d'une carrière de metteur en scène plus ou moins ratée est venue mon envie de devenir producteur.» Ainsi s'autodéfinissait Claude Berri dans un entretien à Paris Match en novembre 2006. Il serait excessif de résumer sa vie, dense et compliquée, à l'aune de cette citation. Elle contient pourtant le paradoxe d'un homme qui, venu d'un milieu modeste, s'est fait tout seul et ne pouvait s'empêcher de jeter sur son passé, voire sur son avenir, l'œil mélancolique d'un homme ayant perdu bien des illusions.

Coup d'essai. Il est né Claude Langmann, le 1er juillet 1934, passage du Désir (Xe arrondissement de Paris) dans une famille d'artisan fourreur, d'un père communiste qui échappe aux nazis en se cachant dans les environs de Lyon. Au lendemain de la guerre, le jeune homme, fasciné par le théâtre et le TNP de Jean Vilar en particulier, veut devenir acteur. Il apprend le métier (cours Simon) et figure dans des troisièmes rôles au cinéma au début des années 50. Sa carrière ne démarre pas et il se tourne vers la réalisation d'un court métrage en 1962, le Poulet,le Vieil Homme et l'Enfant, dialogue entre pépé réac et petit garçon juif qui met en piste pour une des dernières fois le «monstre» Michel Simon. Le film est salué par François Truffaut qui voit en Claude Berri un nouveau Jean Renoir. pour lequel il crée la société Renn Production, nom inspiré de l'actrice Katharina Renn avec qui il avait joué au théâtre. Ce coup d'essai d'un inconnu obtient un oscar à Hollywood. Il poursuit dans la veine quasi autobiographique avec

Allégeance. En 1968, c'est d'ailleurs avec Truffaut qu'il part en Tchécoslovaquie pour acquérir les droits d'Au feu les pompiers de Milos Forman. Ils débarquent en plein printemps de Prague. Ils en profitent pour ramener en France les enfants de Forman menacés par l'invasion soviétique. Paul Rassam faisait partie du voyage. Il est le frère du producteur Jean-Pierre Rassam et Claude Berri a épousé leur sœur, Anne-Marie. Dès lors, dans le giron de Renn Production, rue Lincoln à Paris, va se nouer la légende brillante et névrotique d'un clan, familial au sens large, qui, de l'extérieur, pouvait donner parfois l'impression d'hésiter entre la mafia et la secte. Une affaire de passions en tout cas, faite d'alliances, de ruptures et de beaucoup de fidélité. Entre haine et amour fou, tous les protagonistes de cette saga, de l'attachée de presse au directeur financier, témoigneront régulièrement de ce roman russe. Cette allégeance obligée des proches collait avec la marque de fabrique de celui que l'on a appelé parfois «le parrain du cinéma français».

Au fil du temps, la suractivité de Berri se démultiplie, gagne en puissance. Il crée sa société de distribution, AMLF, et à la fin des années 70, c'est surtout comme producteur qu'il va s'imposer et devenir le manitou régulièrement remercié par la grande famille du cinéma à longueur de cérémonie des césars. Il fait preuve d'un instinct commercial à toute épreuve même s'il risque sa chemise à plusieurs occasions, notamment pour des cinéastes étrangers (Valmont de Milos Forman, Tess de Roman Polanski). Il alterne les grosses comédies populaires (Inspecteur La Bavure) et des films plus ambitieux (l'Homme blessé de Patrice Chéreau en 1983, Trois Places pour le 26 de Jacques Demy en 1988, la Reine Margot de Chéreau à nouveau, en 1994). Lui-même revient en force en 1983 avec Tchao Pantin qu'il réalise en ayant le pif de distribuer Coluche dans un rôle de pompiste dépressif. Nouveau carton et césar du meilleur acteur pour Coluche.

C'est le même homme, imprévisible, protéiforme, qui met en chantier la superproduction qu'il réalise lui-même, le doublon Jean de Florette-Manon des Sources en 1986, projet qu'il impose contre l'avis général. Résultat : des millions de spectateurs. C'est à cette même époque que les rapports de Berri vont devenir houleux avec la critique, et notamment celle de Libération. Cas le plus fameux, Uranus (1991), adaptation du roman de Marcel Aymé, que Serge Daney disqualifie dans les colonnes de ce journal. S'ensuit une de ces colères légendaires de Berri, qui fait un procès à Libération et fait publier un droit de réponse qui se voulait drôle. Après la mort de Daney, Berri s'en excusera...

Il redonnera dans l'invective lors de la sortie de l'Amant de Jean-Jacques Annaud, en envoyant un fax à la rédaction en réponse à la critique titrée «Blaireau chinois, mon amour» : «Achtung ! Achtung ! Si le film ne marche pas, j'attaque !» Suivront Germinal (1993) avec à la clé le chantage «touche pas à la culture populo de gauche». Germinal n'en est pas moins, et plus encore avec le recul, un gros film académique passablement ridicule. Un mystère donc sur les goûts cinéphiles de Berri qui a toujours préféré Lola de Demy à Garçon ! de Claude Sautet (qu'il a pourtant produit) ou un seul Truffaut contre tout Claude Zidi, à qui il confiera la réalisation du premier Astérix, en 1999. Et une intrigue encore plus sombre sur sa propre impuissance comme metteur en scène. En avait-il conscience ? Certaines déclarations de ces dernières années tendraient à le prouver. Il crée encore l'événement et la polémique en 1997 avec Lucie Aubrac. Le film désignait René Hardy comme étant le traître ayant permis l'arrestation de Jean Moulin. La veuve de Hardy portera plainte et obtiendra des dommages et intérêts.

Inattaquable. En pointillé, comme un remord qui ne l'a jamais quitté, il continue de faire l'acteur. Micheton de l'Homme blessé, exhibitionniste fou du dernier film de Gainsbourg, Stan The Flasher (1990). Deux rôles où il se présente nu, défait. Aucun nabab de cet acabit ne prendrait cette liberté d'afficher ainsi une sorte d'impudeur. Sur le tard, en pleine dépression après la mort d'un de ses fils, Julien Rassam, il écrit une autobiographie, Autoportrait, où il vide son sac sans se ménager.

Les succès à répétition transforment Claude Berri en autorité inattaquable au prétexte qu'il fait tourner à bloc la machine du cinéma français. Dans cet esprit, il fonde en 1988 l'ARP (Association des auteurs réalisateur producteurs), «syndicat» censé défendre les intérêts de la profession, notamment contre les majors américaines. Ces dernières années, après le rachat de Renn Production par Pathé, Berri se consacra en priorité à sa passion pour l'art contemporain (lire ci-dessous). Il présida aussi la Cinémathèque française entre 2003 et 2007. Ultime démonstration de son intrigante schizophrénie, il produira conjointement Bienvenue chez les Cht'is (20 millions d'entrées en France) et la Graine et le Mulet d'Abdellatif Kechiche (recouvert de tous les césars en 2007).

Sa dernière compagne, l'écrivain Nathalie Rheims, décrivait Claude Berri (dans le Monde du 23 mars 2007) : «C'est un mélange incroyable d'égoïsme et de don de lui total. Il peut être très dur et très tendre. C'est un homme relativement autiste, sauf quand il va bien, ce qui est rare. Il ne sait pas qu'il est Claude Berri.»

« Le champion du box-office », par Olivier Séguret

Producteur, il a régné sur la profession ; cinéaste, il n'a pas toujours convaincu.

Dans les pays ayant connu un cinéma industriel, on voit bien par exemple comment un Spielberg a pu pendant toute une période être identifié à l'essence de Hollywood ou un Fellini habiter à lui tout seul le grand cimetière de Cinecittà.

Influence. En France, c'est une spécialité historique continue. A des degrés divers, un certain nombre de grands noms ont incarné, de gré ou de fait, quelque chose comme la figure tutélaire symbolique du cinéma national. Chacun à sa fenêtre et à sa manière, Langlois, Truffaut, Toscan, Godard, peut-être même le couple Signoret-Montand, ont tour à tour été les volontaires ou les désignés pour endosser ce costume. Au moment de sa disparition, la question de savoir si Claude Berri a pu lui aussi tenir ce rôle du parrain est délicate. C'est un peu comme si, malgré tous ses efforts, il n'avait fait qu'une partie du boulot. Certes, Claude Berri a été maintes fois l'homme le plus puissant du cinéma français. Clairement ambitieux en ce domaine, il a obtenu la position qu'il a sans aucun doute voulue : la première. Son influence sur l'industrie du cinéma hexagonal des trente dernières années est sans équivalent.

Dans les guerres du box-office, le producteur Berri n'a eu que deux grands concurrents : Alain Poiré et Christian Fechner, eux aussi disparus récemment (en 2000 et en 2008). A la différence de ces derniers, Berri a aussi remporté la bataille de la notoriété médiatique. Mais surtout, Berri a gagné sur tous les autres en termes d'influence interne à l'industrie, où sa puissance en faisait un maître incontournable, aussi craint qu'admiré. A cet égard, ses razzias régulières sur les palmarès des césars fournissent un bon indicateur des rapports très profonds tissés par Claude Berri avec la profession. En tant que producteur surdoué sachant faire fonctionner la complexe machine du cinéma et de ses financements, Berri ne peut qu'inspirer le respect.

Carrière. Cela n'a jamais fait de lui un homme très populaire pour autant. Ses inimitiés dans le métier sont aussi nombreuses que sa carrière a été longue et réussie. En tant que cinéaste, la critique a pu occasionnellement lui porter attention (pour le Vieil Homme et l'Enfant ou Tchao Pantin) mais pas au point de le tenir pour un artiste d'importance.

Alors oui, Claude Berri a bien été un des parrains majeurs du cinéma français. Mais dans une époque plus médiocre que celle où il avait rêvé de le devenir.

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