Mister Arkadin

ENCORE UN INSTANT DE CINÉMA POPULAIRE

3 Août 2010, 23:31pm

Publié par Mister Arkadin

Est reproduite ci-dessous une note de lecture que je viens de publier dans Jeune cinéma (n°331/332, été 2010, p.138-139).


Christian-Marc Bosséno, Yannick Dehée (dir.), Dictionnaire du cinéma populaire français des origines à nos jours, préface de Jean-Jacques Bernard, Paris, Nouveau Monde éditions, octobre 2004, 810 p. ; 2ème édition, préface de Christine Masson, octobre 2009, 894 p.


http://www.nouveau-monde.net/Resources/titles/84736100818460/Images/84736100818460L.gifJean-Baptiste Thoret avait souligné cruellement, dans sa chronique de Charlie hebdo (n°664, 9 mars 2005), à quel point certaines entrées du Dictionnaire du cinéma populaire français étaient d’une faiblesse navrante, voire indigentes. Il pointa par exemple du doigt cette "analyse" du Cinquième élément : « Besson, dans son élément, n’a pas eu d’autre ambition ici que de bien s’amuser, avec l’argent dont il disposait (500 millions), pour offrir à son public ce qu’il attendait : du grand spectacle réussi ». Thoret regrettait également que n’aient pas été apportés d’éclaircissements bien pertinents sur la notion éminemment complexe de "populaire", surtout appliqué au soi disant "septième art". Quoi qu’il en soit, malgré l’inégale qualité de ses notices, habituelle pour un ouvrage collectif (plus encore quand il mêle journalistes et universitaires), ce dictionnaire présentait d’abondantes richesses, en particulier sous la plume d’un Paul Vecchiali ou d’un Noël Herpe, quand ce n’était pas sous celle de tel pionnier de l’histoire du cinéma, plagié de façon transparente à propos de Sous les toits de Paris : « La poésie y prime trop le réalisme […], elle y maintient le bonheur encore un instant. » Il avait aussi le mérite de ne pas se limiter aux films, réalisateurs et acteurs, puisqu’il consacrait aussi des notices aux journalistes (France Roche par exemple, à propos de laquelle on peut cependant regretter que ne soient pas rappelés ses brillants débuts à Ciné-Mondial), aux compositeurs et producteurs, notamment. Certes, les auteurs faisaient un peu trop confiance aux mémoires des personnalités dont ils tiraient les portraits (les erreurs ou omissions allant bon train pour certains, par exemple François Chalais, dont on oublie quel remarquable critique il fut à Combats, sous le nom de François-Charles Bauer) et l’accent y était un peu trop mis sur les personnalités de ces trente dernières années, sans toutefois ignorer les "anciens", tendance renforcée par l’actualisation opérée pour la seconde édition, publiée en octobre 2009. Des choix discutables ont également été effectués en ce qui concerne l’espace accordé aux uns ou aux autres, les familles Gélin ou Laffont (une page chacune) ne paraissant pas moins importantes que les seuls Emmanuelle Béart ou Bernard Giraudeau (deux pages chacun). Mais, au moins, plusieurs pans de cinéma peu considérés, la gauloiserie, l’érotisme et le porno, entre autres, ne sont pas passés sous silence, Brigitte Lahaie ayant légitimement autant droit de cité que Véronique Genest. Plus encore que les textes, de bonne facture sans être éblouissants d’originalité, informatifs et relativement informés mais n’apportant que peu de bonheur d’écriture ou d’érudition, c’est la splendeur de l’iconographie qui retient l’attention, ainsi que son impressionnante diversité (photos et affiches de films bien sûr, mais aussi couvertures de magazines, de disques et de livres, matériaux publicitaires, etc.). L’équilibre entre photos et textes est en outre remarquable. On en regrette d’autant plus le remplacement, en couverture de la seconde édition, du magnifique dessin de Tardi qui ornait la première par un assemblage de photos de stars assez banal. Au rang des déceptions, ajoutons l’absence d’index et de liste récapitulative des articles. Savourons en revanche l’annexe qui donne à la fois la liste des « 100 films français ayant réalisé les meilleurs scores d’entrées en salles depuis 1945 » et celle des « 100 films français les plus diffusés à la télévision ». La Grande Vadrouille ayant de nouveau réalisé la meilleure audience ciné de l’année 2009 à la télévision française, se plonger dans ce Dictionnaire du cinéma populaire français s’avère aussi instructif que plaisant !http://www.nouveau-monde.net/Resources/titles/84736100491640/Images/84736100491640L.gif