Mister Arkadin

CARNÉ ET LES ARCHIVES DU CINÉMA FRANÇAIS

25 Juin 2009, 23:02pm

Publié par Mister Arkadin

J'ai appris le mois dernier, par l'article de Marie-Noëlle Tranchant reproduit ci-dessous que le fonds Marcel Carné, conservé à Boston, va être rapatrié à Paris, grâce à la Cinémathèque française. Vu mon intérêt pour les archives du cinéma et vu l'importance de ce cinéaste (auquel un passionné consacre un excellent site, sur lequel on trouvera des renseignements complémentaires), cette nouvelle ne peut que me réjouir.

Les moyens alloués aux chercheurs par les facultés françaises étant bien moindres que ceux dont disposent les Anglo-saxons, presque aucun historien du cinéma français ne peut consulter les archives de grands cinéastes dispersées outre-mer, à moins de travailler spécifiquement sur eux. Aussi ne pouvons-nous que rêver, sans trop d'illusion, que les archives de Jean Renoir, conservées à UCLA, suivent le même chemin du retour. Je n'en dirai pas autant des archives de Claude Autant-Lara, vu leur moindre éloignement et le délicieux accueil qui est fait aux chercheurs par la Cinémathèque de Lausanne. Quant au critique Émile Vuillermoz, une grande partie de sa correspondance, où plusieurs personnalités du cinéma figurent, est conservée dans les prestigieuses et pléthoriques collections du Harry Ransom Center d'Austin. Bien que croulant sous la documentation sur Vuillermoz, j'en reste inconsolable ! 


La collection Marcel Carné vogue vers Paris », par Marie-Noëlle Tranchant, Le Figaro, 11 mai 2009

La Cinémathèque française vient d'acquérir le fonds d'archives du réalisateur des « Enfants du paradis », détenu par la French Library de Boston.

C'est un événement pour le patrimoine cinématographique : les archives de Marcel Carné, jusqu'ici détenues par la French Library de Boston, reviennent en France. La Cinémathèque française vient de faire l'acquisition de ce fonds particulièrement riche pour la période 1930-1970. Il comporte de nombreux originaux, scénarios, synopsis, affiches, photographies, matériel publicitaire, maquettes, dessins, correspondances. Parmi les pièces les plus remarquables, le manuscrit des Enfants du paradis et le découpage d'Hôtel du Nord.

Rapatrier cet ensemble de documents du plus haut intérêt sur l'œuvre du grand cinéaste était le premier objectif du Cercle de la Cinémathèque française, créé en octobre 2008 et coprésidé par Fanny Ardant et Costa-Gavras. « C'est une structure informelle que nous avons mise en place dans le but de trouver des mécénats pour enrichir nos collections et financer des restaurations de films », explique Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française. Elle s'est révélée très efficace pour cette première opération d'envergure.

De véritables trésors

« C'est le producteur Antoine de Clermont-Tonnerre (devenu depuis président d'Unifrance, NDLR) qui nous a alertés, raconte Serge Toubiana. Lui-même avait appris l'existence de ce dépôt par Arnaud de Vitry, qui avait aidé Carné, et qui compte parmi nos mécènes. Carné avait donné, ou peut-être vendu car il était pauvre, ses archives et celles de Roland Lesaffre à la French Library de Boston. Mais ce fonds n'était pas consultable. Il dormait dans un coin et les Américains n'y attachaient pas grande importance. »

Dépêché à Boston pour aller l'explorer, Laurent Mannoni, historien du cinéma, y a trouvé des trésors qui complètent les archives déjà considérables de la Cinémathèque française sur le trio Carné, Prévert, Trauner.

« La French Library en demandait une somme élevée : 400 000 dollars, dit Serge Toubiana. Grâce à la mobilisation des pouvoirs publics et de mécènes privés, l'affaire a pu se conclure en quelques mois. Le ministère de la Culture a débloqué 100 000 €, apportés par la Direction des musées. La Ville de Paris a également contribué au financement, ainsi que la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, et des personnalités comme Jean-Pierre Jeunet, Jérôme et Nicolas Seydoux. »

Pour l'heure, les précieuses pièces de la collection Marcel Carné voguent sur l'Atlantique. Elles seront accueillies en juin à la Cinémathèque, après une traversée d'un mois et demi.

Là, elles deviendront accessibles aux étudiants et aux chercheurs, et au grand public à travers des expositions et des publications. L'acquisition de la collection Marcel Carné de Boston permet de « constituer un panorama quasi complet sur la carrière de ce cinéaste populaire et internationalement reconnu ». On sait que Les Enfants du paradis figure régulièrement en bonne place sur la liste des chefs-d'œuvre mondiaux du cinéma.