Mister Arkadin

BAZIN DE NAVARRE

16 Janvier 2009, 11:39am

Publié par Mister Arkadin

Dans mon billet du 9 septembre dernier, je mentionne le cycle de projections « Le regard d'André Bazin », organisé à la Cinémathèque française, parmi les événements de l'histoire de la critique en France. Depuis, le cycle Francis Lacassin a rendu un peu moins exceptionnelle cette focalisation, voire cette glorification du point de vue d'un médiateur du cinéma, considéré comme aussi digne d'intérêt que l'œuvre d'un cinéaste. Loin de moi l'idée, par conséquent, de minimiser l'apport de Bazin à la pensée sur le cinéma. Celle-ci fait l'objet d'un travail de "redécouverte" bienvenu, notamment de la part de Hervé Joubert-Laurencin, dont le point d'orgue devrait être la mise à disposition sur le Net, dans le courant de l'année, de l'ensemble des articles de Bazin. Nul doute que cet "événement" doive être salué et ajouté à mon ébauche de liste.

Ne peut-on cependant éprouver quelque agacement à la lecture de la prose parasitaire que la promotion du grand Bazin engendre ? Je l'ai déjà noté à propos des Cahiers du cinéma, ici. Serait-ce faire injure à l'icône que de rappeler que la critique de cinéma en France ne lui doit pas absolument tout ? « Père fondateur de la critique de cinéma de France et de Navarre », écrit-on dans Télérama (1). La France n'est plus suffisante !

L'article est, sur le site de Télérama, accompagné de façon judicieuse par une nécrologie de Bazin par François Truffaut. La piété, quasi filiale, de celui-ci, honorable en tant que telle, et même assez touchante (voyez son hommage à "Apostrophes", un an avant sa propre mort), implique-t-elle que tout ce que la statue du Commandeur a proféré doive être pris pour argent comptant (cf. ses propos sur le cinéma anglais, dont des semi-habiles du genre des Inrocks ne sont pas encore revenus) ?


(1) « Redécouverte - Avez-vous lu André Bazin ? », par Jérémie Couston, Télérama, n°3078, 7 janvier 2008, p.43

L'année sera Bazin. Auteur de 2 500 textes sur le cinéma, André Bazin (1944-1958), père spirituel de François Truffaut et de la critique française, est déjà depuis novembre, 50e anniversaire de sa mort, célébré un peu partout. Notamment en ligne.

« André Bazin, comme les personnages de Giraudoux, était un homme d'avant le péché originel. Tout le monde le savait honnête et bon, mais son honnêteté et sa bonté surprenaient toujours tant elles se manifestaient pleinement. Parler avec lui, c'était comme pour un hindou se baigner dans le Gange. » L'hommage est de François Truffaut, « fils adoptif » d'André Bazin (1918-1958), le père fondateur de la critique de cinéma de France et de Navarre.

En novembre dernier, cinquante ans après sa disparition, Jeanne Moreau a prononcé ce vibrant éloge dans le cadre du colloque franco-américain « Ouvrir Bazin », coorganisé par les universités Paris-VII et Yale. A en croire Dudley Andrew, son biographe, il ne s'agit pas d'une commémoration mais plutôt d'une « émergence » : « Nous révélerons un Bazin qui continue d'émerger de son corpus », promettait l'universitaire. Et quel corpus ! En écrivant plus de 2 500 textes sur le cinéma entre septembre 1944 et novembre 1958, André Bazin est l'auteur d'une œuvre inégalée encore peu connue et quasi introuvable aujourd'hui (mis à part le best of Qu'est-ce que le cinéma ?). Grâce aux efforts de son plus rigoureux fan, Hervé Joubert-Laurencin, l'intégralité des archives baziniennes (dont des centaines d'articles de Radio-Cinéma-Télévision, ancêtre de Télérama !) devrait être disponible en ligne en 2009. En attendant, les conférences continuent à Paris jusqu'au printemps.


"Une année Bazin" : www.ac-paris.fr/portail/jcms/piapp1_62822/programme-une-annee-bazin - Le programme complet en PDF

Prochain rendez-vous : vendredi 16 janvier, "De Bazin à Jacques Rancière : critique et théorie du cinéma", Philip Watts, 16h-18h, INHA (Institut National de l'Histoire de l'Art, Galerie Colbert, 2 rue Vivienne, 75002 Paris), salle Walter Benjamin