Mister Arkadin

Y A-T-IL ENCORE DU CINÉMA DANS LA SALLE ?

8 Novembre 2008, 00:02am

Publié par Mister Arkadin

« Le monde de l'opéra s'interroge sur la diffusion de l'art lyrique au cinéma », titrait mercredi Le Monde à propos de la projection dans une trentaine de salles de Paris et de Province d'opéras du Met (Metropolitan Opera de New York). L'initiative de CielEcran ne pourrait-elle pas susciter une autre interrogation : « le monde du cinéma ne devrait-il pas s'interroger sur la diffusion au cinéma... du cinéma ?! »

Divers phénomènes de transfert, pas entièrement nouveaux, prennent en effet des proportions inédites. D'un côté les cinéastes se déplacent sur scène (des exemples ici), sont exposés ou sont requis pour la cérémonie des Jeux Olympiques (Zhang Yimou à Pékin cette année), d'un autre des opéras sont projetés sur les écrans de cinéma et les films eux-mêmes sont phagocytés par les personnages habituellement principalement connus par la presse ou la télévision (Piaf, Sagan, Mesrine, Coluche, en attendant Coco Chanel, Romy Schneider, etc.), quand ce ne sont pas les personnages de bandes dessinées, et par les starlettes du petit écran (j'ai déjà évoqué le cas d'une Miss Météo, suivie bientôt par une Miss Potiche de M6, Virgnie Efira). Je ne saurais dire si les spectacles gagnent à passer de la scène à l'écran et les cinéastes du film à la scène. Nul doute en revanche que le cinéma ne sorte perdant de ce prolongement de la peopolisation de l'espace public français par d'autres moyens.


PS : Un lecteur me signale que, durant l'Euro de football, les matchs de l'équipe de France pouvaient être vus au Gaumont Parnasse sur écran géant. Rappelons aussi qu'un film entier a été consacré au seul Zidane, filmé tout du long d'un match par une myriade de caméras.



« Le monde de l'opéra s'interroge sur la diffusion de l'art lyrique au cinéma », Le Monde daté du 6 novembre 2008 :

Alors que le Metropolitan Opera de New York (Met) lance sa deuxième saison de diffusions en direct d'opéras par satellite et en haute définition dans des salles de cinéma françaises (et dans le monde entier, dont les Etats-Unis, avec trois cents écrans), la question de la diffusion au plus grand nombre des spectacles lyriques est au coeur du débat, d'autant qu'à ce jour aucune maison d'opéra française ne s'est jointe à cette initiative.

Après avoir programmé, en ballon d'essai et avec grand succès, La Fille du régiment, de Donizetti, avec Natalie Dessay, le 6 avril (Le Monde du 5 avril), et Salomé, de Richard Strauss, le 11 octobre, la société privée CielEcran transmettra les neuf autres spectacles proposés par le Met dans trente salles de cinéma équipées d'écrans numériques à Paris et en région, chaque mois jusqu'au 9 mai 2009. Ainsi, le 8 novembre, à 19 heures, sera projeté Doctor Atomic, de John Adams (salles et tarifs consultables sur www.cielecran.com).

L'initiative de Peter Gelb, le directeur du Met, a suscité des réactions diverses de la part de directeurs d'institutions lyriques et musicales en Europe, qui les ont confiées au Monde. Tous s'accordent pour dire que l'opéra coûte cher et ne concerne, en dépit d'une politique tarifaire particulièrement étudiée, qu'une petite partie de la population.

Nicolas Joël, directeur de l'Opéra de Paris à partir de la saison 2009-2010, reconnaît : "Tout le monde paie des impôts pour cette grande maison d'opéra. Il serait donc normal de pouvoir diffuser les productions de l'Opéra de Paris de manière qu'un maximum de personnes puisse les voir. C'est un aspect des choses auquel je vais m'atteler très sérieusement."

Gérard Mortier, qui signe cette saison sa dernière programmation à l'Opéra de Paris avant de prendre la direction du New York City Opera, la maison directement concurrente mais moins dotée et moins réputée que le Met, a réagi vivement à cette opération. "Peter Gelb a certes réussi un coup de publicité extraordinaire. J'y crois, dès lors que cela touche des villes où il n'y a pas de maison d'opéra. Mais le plus important, selon moi, c'est le travail en amont, l'éducation des jeunes, tel celui que je fais à l'Opéra de Paris. Mais c'est moins visible, moins démagogique..."

Le directeur de la Scala de Milan, Stéphane Lissner, accueille certes avec bienveillance ce nouveau moyen de diffusion : "Si cela permet de découvrir l'opéra en payant moins cher et de bénéficier de spectacles impossibles à voir pour des raisons géographiques, alors l'opéra au cinéma, pourquoi pas ?" Mais il prévient : "Le danger est que ces spectacles soient formatés non plus pour la scène mais pour l'écran, ce qui serait une grave erreur."

Il n'en demeure pas moins que, pour Nicolas Joël, "aucune transmission, si sophistiquée soit-elle techniquement, n'est capable de restituer l'émotion du spectacle vivant. Mais je ne crois pas que cela soit démagogique." Des réticences auxquelles s'ajoutent celles de Gérard Mortier concernant les conditions de filmage, selon lui peu satisfaisantes. "Mais le plus grave pour moi est l'aspect sociologique : les gens vont déjà dans les salles de cinéma et ce n'est pas cela qui les fera venir dans les opéras. On éloigne encore plus ceux qui pensent que l'opéra, c'est pour les autres, que c'est trop cher..."

Selon les premières estimations, il semblerait que beaucoup de ceux qui fréquentent ces séances lyriques au cinéma soient des lyricomanes. Serge Dorny, le directeur de l'Opéra de Lyon, a pu constater que "la grande majorité des personnes qui vont voir de l'opéra dans les salles lyonnaises sont des habitués, voire des abonnés de l'Opéra de Lyon, dont la moyenne d'âge est supérieure à celle qui fréquente mon établissement."

L'une des raisons de la prudence des institutions françaises face à ce nouveau moyen de diffusion s'explique par son coût : chaque soirée du Met coûte 1 million de dollars (783 000 euros), financée par des donations privées. Un investissement trop important pour les maisons d'opéra européennes.

"MARKETING"

Selon Stéphane Lissner, "le modèle de financement privé du Met par des sponsors, ses visées artistiques moins conservatrices que par le passé et le fait de vouloir casser une image trop élitiste, tout cela a obligé son directeur, Peter Gelb, à raisonner en termes de marketing, ce qui n'est pas notre cas en Europe. On n'a pas besoin de faire du copié-collé."

Gérard Mortier enfonce le clou, arguant du fait que Peter Gelb aurait, de surcroît, exigé de CielEcran une exclusivité pour le Met, "tandis que France Musique, qui assure la technique du son, utilise de l'argent public français au profit du Met, donc au détriment de l'Opéra de Paris". En fait, rectifie Marc Welinski, directeur de CielEcran, "le son, comme l'image, est diffusé par satellite, et non relayé par France Musique. Notre partenariat n'est que promotionnel. Par ailleurs, cette exclusivité demandée par Peter Gelb au début de l'opération n'est plus d'actualité".

En attendant, M. Mortier a confirmé au Monde que l'Opéra de Paris venait de conclure un partenariat de diffusion d'archives avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA). Il s'est aussi associé aux sites Internet www.medici.tv et france2.fr pour l'opération de diffusion en direct et en accès gratuit, le 4 novembre, de La Petite Renarde rusée, de Janacek. Enfin, annonce M. Mortier, "une transmission sur écran géant sera assurée en plein air pour le vingtième anniversaire de l'ouverture de l'Opéra-Bastille. Cela coûte cher mais j'y crois."

Renaud Machart et Marie-Aude Roux


La Scala de Milan à l'Auditorium du Louvre

La fameuse soirée d'ouverture du 7 décembre à la Scala de Milan - un Don Carlo de Verdi dirigé par Daniel Barenboïm et mis en scène par Stéphane Braunschweig -, en direct et en haute définition, c'est ce que nous propose l'Auditorium du Louvre, à Paris, pour inaugurer sa nouvelle série de musique filmée consacrée aux grandes maisons d'opéra (www.louvre.fr). Du 7 décembre 2008 au 28 juin 2009, l'institution milanaise sera à l'honneur avec 12 projections choisies parmi les productions des trente dernières années captées par la RAI. Pour l'ère Lissner, la sulfureuse Traviata de Liliana Cavani, le Tristan de Barenboïm-Chéreau. Quant aux mythiques archives, elles alterneront les fameuses mises en scène de Giorgio Strehler (Don Giovanni, Falstaff et Macbeth) avec les versions historicistes de Franco Zeffirelli - La Bohème et Otello sous la géniale direction de Carlos Kleiber. Les voix sont naturellement à l'avenant : Caballé, Freni, Domingo, Pavarotti, Alagna, Ghiaurov...