Mister Arkadin

"MATHIEU", SELON ALAIN

23 Août 2008, 23:07pm

Publié par Mister Arkadin

Pour quelqu’un d’extérieur au petit milieu de la critique ciné parisienne, il est difficile d’identifier les critiques vraiment indépendants de ceux qui arrivent à camoufler les rapports qu’ils entretiennent avec l’industrie du cinéma, avec tel ou tel cinéaste, ou groupe de cinéastes, pour ne mentionner que le principal élément pouvant déterminer leurs avis. Cette question de l’indépendance de la critique est inhérente à cette dernière. Elle l’était déjà aux origines de la critique cinématographique, ce dont j’essaie de traiter ici, à propos de son "père", Émile Vuillermoz, ainsi que dans la thèse que je rédige en ce moment sur celui-ci ; elle le demeure plus que jamais. Ces trop brèves considérations sur une question insoluble me sont revenues à la lecture d’une critique du dernier film de Mathieu Kassovitz. Je ne lis habituellement que dans les grandes diagonales les pages sur le cinéma de Paris Match (comme l’ensemble de ce genre de presse, d’ailleurs). Pour une fois, je viens de lire attentivement « la critique d’Alain Spira », mise en vedette et encadrée en rouge, les trois petits "match" qui l’accompagnent signalant, pour autant que je sache, le seul compte rendu positif sur Babylon A.D. paru dans toute la presse parisienne. Cela m’a presque paru suspect. Mais, après tout, ce critique n’est pas forcé de s’aligner sur le goût commun et nous avons tous nos faiblesses pour quelque film unanimement décrié. Toutefois, au beau milieu du texte, mes soupçons de connivence ont été renforcés par la phrase suivante : « Après ces mesquins problèmes d’argent, Mathieu a dû affronter une série de tracas qui en auraient poussé plus d’un au suicide. » Comment se fait-il que le critique se soit permis de désigner de cette façon celui dont il juge l’œuvre  ? Certes, l’usage abusif du prénom et maintes autres manifestations de fausse familiarité continuent de se répandre, en vertu de l’idéologie du "sympa" stigmatisée par Renaud Camus, y compris là où on l’attendrait le moins, jusque dans le discours journalistique, qui devrait être le plus neutre possible, jusqu’au sommet de l’État même, où l’on a par exemple récemment donné du "Ingrid" ad nauseum. Faut-il voir dans ce "Mathieu" subrepticement glissé au détour d’une phrase, le cinéaste redevenant ensuite un plus commun "Kassovitz", l’aveu d’une proximité ou juste de la sympathie pour quelqu’un de méritant et qui a fait passer un bon moment au critique ? Alain Spira n’aurait-il pas dû informer d’emblée ses lecteurs de son rapport à Mathieu Kassovitz ? Mais peut-être n’a-t-il à son égard qu’un rapport de spectateur à cinéaste ? Ce relâchement dans l’expression n’en serait que plus fâcheux, tant il donne l’impression, qui n’a peut-être pas lieu d’être, d’une critique de complaisance.