Mister Arkadin

WALL-E CAPITAL

9 Août 2008, 15:47pm

Publié par Mister Arkadin

Je partage un certain nombre des critiques adressés à Wall-E, la dernière production Pixar, qui n’égale pas les précédentes (peut-être est-ce notre sentiment parce que nous commençons à nous habituer à leurs prouesses et que, passé un certain stade de perfectionnement technique dans l’animation, on ne progresse plus guère). L’histoire sentimentale est un peu mièvre et le credo écologique peut paraître opportunisme (1) vu l’importance du "merchandising" qui accompagne un tel film (c'est l'avis de Bakchich, entre autres). Mais au moins deux qualités fondamentales peuvent être reconnues à Wall-E : la gageure de construire toute une première partie presque entièrement dépourvue de dialogues, l’attention du spectateur n’étant retenue que par le soin mis à l’élaboration des décors, de la sonorisation, de l’animation des personnages (des robots qui plus est !) et à la mise en scène ; la capacité, surtout dans la deuxième partie, de concevoir un monde futuriste on ne peut plus réaliste, effrayant bien que (parce que ?) non dépaysant, raisonnablement apocalyptique, qui nous épouvante d’autant plus qu’il n’est pas si éloigné que cela du nôtre, qu’il ne fait qu’en pousser à bout les travers, qu’il ne présente que l’état que pourrait atteindre l’humanité si elle poursuit son développement son changement radical. Il n’est que de lire le dossier d’"anticipation" du mensuel Capital (n°203, août 2008) sur « les inventions qui vont changer notre vie » pour constater que la plupart d’entre elles s’efforcent avant tout de répondre à la loi du moindre effort, à la volonté de nous "faciliter la vie", de la rendre plus confortable, moins contraignante. Un "robot valet" porte un plateau repas en couverture : l’homme ne semble se préoccuper que d’inventer des automates qui se substitueront à lui dans quasiment toutes ses tâches quotidiennes. Pixar n’a donc pas eu à forcer le trait pour imaginer le devenir obèse de l’humanité, la généralisation de l’industrie des loisirs et de l’occupation de loques humaines dont le cerveau, à force d’être rendu totalement disponible pour le divertissement, s’atrophie complétement.


P.S. : Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai eu beaucoup de mal à trouver l’une des illustrations de cet article. Non pas la couverture du magazine, mais l’image de Wall-E. On en trouve à revendre qui représentent Wall-E lui-même, mais quasiment pas les personnages humains (je me suis rabattu sur le capitaine du vaisseau spatial, le seul qui semble avoir droit à quelques photos). On ne saurait mieux signifier qu’ils sont quantité négligeable dans le film, et peut-être dans notre avenir…


Note et complément :

(1) En revanche, opposer, comme l’a fait Thomas Sotinel dans Le Monde (30 juillet 2008, p.16), ainsi que d’autres critiques, la « prophétie écologique » « radicale » de Wall-E à l’ « ode à l’automobile » qu’aurait été le précédent film du studio Pixar, Cars, procède d’une vision pour le moins réductrice de ce dernier film, pour le moins ambivalent dans le rapport qu’il établit entre nostalgie et modernité.

- Une fois n'est pas coutume, une excellente analyse de Wall-E est à lire dans Les Inrockuptibles (« Le refoulé du robot », par Jean-Marc Lalanne, n°666, 2 septembre 2008, p.43).