Mister Arkadin

MAX LA MENACE

13 Septembre 2008, 23:02pm

Publié par Mister Arkadin

Les parodies de films d’espionnage, du type Casino Royal ou Austin Powers, m’ennuient d’ordinaire profondément. C’est par conséquent à reculons que je suis allé voir Max la menace (Get Smart), sorti mercredi dernier. Je m’y suis résolu pour les deux acteurs principaux, les remarquables Anne Hataway (rien que son nom me réjouit…) et Steve Carell, le meilleur, et d’abord le plus sobre, comique américain de sa génération (malheureusement mal employé parfois). Une fois installé sur mon siège, j’ai eu le bonheur de découvrir qu’ils partageaient l’affiche avec Terence Stamp et Alan Arkin (qui jouait le formidable grand-père de Little Miss Sunshine, déjà avec Steve Carrell, et, plus anciennement, le si délicieux père de Winona Ryder dans Edward aux mains d’argent). Ce quatuor de grande classe vaut à lui seul le déplacement.

Le scénario n’est pas d’une originalité folle. En revanche, les gags sont d’une finesse rare dans ce genre de grosses productions. Convaincrai-je mes lecteurs de ne pas manquer ce film en leur apprenant que le plus hilarant est scatologique ? Pas de quoi crier au génie, peut-être, mais un film comique qui reste assez fin même quand il vise en dessous de la ceinture, et éminemment cinématographique (il s’agit d’un gag essentiellement sonore), mérite à coup sûr un coup de chapeau.

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DES MORTS QUI N'ONT PAS DROIT AU "DEVOIR DE MEMOIRE"

12 Septembre 2008, 23:16pm

Publié par Mister Arkadin

Assez grande discrétion de la presse à propos du documentaire sur Le Massacre de la rue d'Isly, diffusé hier soir sur France 3 à 23h25 (rediffusion dans les nuits de dimanche à lundi, à 3h05, et de vendredi à samedi, à 2h15).  Ces morts de mars 1962 ne semblent pas mériter le "devoir de mémoire" dont bénéficient par exemple ceux d'octobre 1961 (1). La palme revient à Télérama (2), qui dénonce un film "partiel et partial", car il ne donnerait la parole qu'"aux anciens de l'OAS et aux partisans de l'Algérie française". Notons d'abord que l'auteur, Christophe Weber, ne paraît pas avoir limité ses recherches de témoins, comme tend à le montrer une annonce parue sur un site de Bab el Oued. Ensuite, de tels scrupules ont-ils entaché l'appréciation de L'Avocat de la terreur, pour ne prendre qu'un exemple de film qui prend le parti des terroristes du FLN, sans daigner recueillir le témoignage de leurs victimes, pas plus que Le Monde quand il même ses campagnes contre la torture qui s'est excercée sur certains d'entre eux ?

(1) Cela m'a rappelé une séquence d'un numéro de "Ripostes", l'émission de débats de Serge Moati sur France 5. Il y était question des "Indigènes de la République", des discriminations dont sont victimes les "minorités visibles" de la mémoire de la colonisation ou autres sujets prisés des médias. Je ne sais plus quel discrimination ou crime du colonialisme était évoqué quand un invité que le climat de repentance généralisée commençait à agacer, Henry de Lesquen si mes souvenirs sont bons, s'est mis à évoquer la mémoire peu célébrée d'autres morts et d'autres crimes, les Harkis, la rue d'Isly ou le communisme, je ne sais plus. Un plan de coupe a montré que, pendant ce temps là, un autre invité, particulièrement grave et virulent le reste du temps pour dénoncer l'éternelle France criminelle, se marrait avec son voisin. Sans doute était-ce à propos d'autre chose. Toujours est-il que si, à ce moment là, avaient été évoqués les crimes imputés à Vichy, à Massu ou à Papon, il aurait pris aussitôt la mine consternée de circonstance du Citoyen concerné par les crimes de son pays, de l'Historien soucieux de les lui rappeler en toute occasion.  Cela confirmait  que la souffrance des victimes ne lui importait pas tant que cela, que nous avions affaire à un Idéologue pratiquant l'histoire, à l'un de ses Intellectuels frisant l'hypocrisie, car adeptes du "deux poids deux mesures" et de la recherche orientée. Je tenais déjà Gérard Noiriel pour un historien partisan ; je lisais tout de même ses points de vue ; cela m'est quasiment impossible depuis.
(2) Sur son site est donné le texte d'annonce de la chaîne, et non l'articulet publié dans la version papier de l'hebdomadaire.

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QUAND MÊME UN BEL AIR NE SUFFIT PAS

12 Septembre 2008, 23:04pm

Publié par Mister Arkadin

Combien de films avons-nous vus qui ont besoin d'un bel air de musique pour faire naître une émotion ? Dont on se dit qu'il était un peu facile de la part des auteurs de passer du Schubert ou du Chopin pour relever une mise en scène un peu paresseuse ? Christophe Honoré, dans La Belle personne, diffusé hier soir sur Arte, réussit pour sa part l'exploit de faire écouter du Donizetti chanté par la Callas à ses personnages sans que son film décolle d'un pouce. La platitude d'un certain "jeune cinéma français". Saluons l'artiste !

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CINÉMA ET RADIO : SEMAINE DU 13 SEPTEMBRE 2008

11 Septembre 2008, 23:06pm

Publié par Mister Arkadin

Rattrapage (avec la collaboration de Desata) :

« Un jour sur la toile » (Hélène Chevallier), France Inter, du lundi au vendredi de 18h45 à 18h50 : « Le buzz de Borat » (mardi 14 novembre 2006) ; « Les lapins font leur cinéma » (vendredi 17 novembre 2006) ; « Aniboom : le You Tube des cartoons » (vendredi 26 janvier 2007) ; « La force comique tu auras… » (23 février 2007) ; « Star Wars.com, Episode 2.0 » (mardi 22 mai 2008) ; « Des documentaires rares sur la musique américaine » (mardi 5 juin 2007) ; « Michael Moore wants to hear from you » (mercredi 20 juin 2007) ; « Oubliez le film, regardez le générique ! » (mercredi 17 octobre 2007) ; « Grève à Hollywood : les scénaristes utilisent la Toile » (26 novembre 2007) ; « L'intégrale de South Park gratuitement sur le Web » (mercredi 26 décembre 2007) ; « Tom Cruise et la scientologie font polémiques sur la Toile » (lundi 28 janvier 2008) ; « B Movies : le royaume des séries B » (mercredi 12 mars 2008) ; « Un documentaire anti-islam divise la toile » (lundi 31 mars 2008) ; « Les supercuts ou l'art du montage répétitif... » (17 avril 2008) ; « Les Lego font leur cinéma » (lundi 23 juin 2008) ; « Facebook bientôt au cinéma » (mercredi 3 septembre 2008) ; « Les Monty Python tentent de revivre sur la Toile » (lundi 8 septembre 2008) ; « Des bijoux du cinéma mondial à découvrir sur Internet » (mardi 9 septembre 2008)

« J'ai mes sources » (Colombe Schneck), France Inter, 6 août 2008, de 9h35 à 10h00 : « Réforme audiovisuelle : quelles conséquences pour le cinéma français ? », avec Olivier Mille (producteur et président de la commission télévision de la Procirep), Fabrice de la Patelière (directeur de la fiction de Canal+) et Jean François Stevenin (acteur et réalisateur)

« Le Rendez-vous soir » (Marie Drucker et Patrick Cohen), Europe 1, mardi 2 et mercredi 3 septembre 2008, de 9h30 à 11h00 : Barbet Schroeder, pour son film Inju ; Lambert Wilson et Pascal Elbé, acteurs dans le film Comme les autres

« Esprit critique » (Vincent Josse), France Inter, lundi 8 et mercredi 10 septembre 2008, de 9h10 à 9h35 : La Mostra de Venise, avec Dominique Blanc ; La Possibilité d’une île, avec Sylvain Burmeau et Eric Libiot

« Et pourtant elle tourne » (Bruno Duvic ; émission qui, malgré son titre, n’est pas spécialement consacrée au cinéma, ni même à Jane Birkin), France Inter, mardi 9 septembre 2008, de 18h15 à 19h00 : Entretien avec Manoel de Oliveira

« MinuitDix » (Aude Lavigne ; « Le Magazine nocturne éveillé sur les pratiques contemporaines »), France Culture, jeudi 11 et vendredi 12 septembre 2008, de 00h10 à 01h00 : « Art contemporain », avec François Quintin, Nicolas Boulard et le cinéaste Vincent Dieutre pour ses Exercices d'Admiration ; Cinéma documentaire et cinéma expérimental, avec la cinéaste Nurith Aviv (première directrice de la photographie)

« Le fou du roi » (Stéphane Bern), France Inter, vendredi 12 septembre 2008, de 11h00 à 12h30 : le Festival de Deauville, avec Carole Bouquet, Pierre Jolivet (réalisateur, acteur et scénariste), Parker Posey (actrice) et Philippe Augier (maire de Deauville)


Émissions radiophoniques sur le cinéma de la semaine à venir :

« Vos plus belles années » (Patrick Sébastien et Rémi Castillo), RTL, samedi 13 septembre 2008, de 11h30 à 12h30 : Pierre Mondy (acteur)

« Le journal inattendu » (Christophe Hondelatte), RTL, samedi 13 septembre 2008, à 12h30 : Claude Rich (acteur)

« Le Zapping » (Mathias Deguelle), France Inter, samedi 13 septembre 2008, de 15h30 à 17h00 : Jean-Claude Carrière (scénariste)

« Eclectik » (Rebecca Manzoni), France Inter, dimanche 14 septembre 2008, de 10h10 à 11h00 : Jamel Debbouze (acteur), pour le film d’Agnès Jaoui, Parlez-moi de la pluie

« Les nouveaux chemins de la connaissance » (Raphaël Enthoven), du lundi 15 au jeudi 18 septembre 2008, de 17h00 à 17h50 : « Philosophie du cinéma, ou cinéma de la philosophie », avec David Rabouin (ancien élève de l’ENS, agrégé de philosophie, auteur du livre collectif Matrix, machine philosophique, aux éditions Ellipses), Olivier Pourriol (philosophe, auteur de Cinéphilo, Hachette Littératures), Pierre Montebello (professeur de philosophie à l’Université de Toulouse Mirail, auteur de Deleuze, cinéma et philosophie, à paraître chez Vrin en septembre 2008), Elise Domenach (ancienne élève de l’ENS, philosophe, maître de conférences à l’ENS-LSH), à propos de Stanley Cavell et du film d’Arnaud Despléchin Un conte de Noël (« Pourquoi les films comptent-ils ? », Esprit, n°347, août-septembre 2008), et Marc Cerisuelo (maître de conférences en cinéma à l’Université Paris VII ; « Cinéphilosophie », Critique, n°692, 2005)

« Vos plus belles années » (Patrick Sébastien et Rémi Castillo), RTL, mardi 16 septembre 2008, de 11h30 à 12h30 : Laetitia Casta (actrice)

« Découvertes » (Michel Drucker), Europe 1, mercredi 17 septembre 2008, à 9h30 : « De père en fils », avec Anthony Delon (acteur)

« Nonobstant » (Yves Calvi), France Inter, mardi 16 et mercredi 17 septembre 2008, de 17h05 à 18h00 : Alejandro Jodorowsky (cinéaste), Victoria Abril (actrice)

« Culture vive » (Pascal Paradou), RFI, mercredi 17 septembre 2008, à 17h10 : Agnès Jaoui, pour son film Parlez-moi de la pluie


Rediffusion, dans le cadre des « Nuits » de France Culture :

« Mardis du cinéma » (Françoise Estèbe, 12 juillet 1988), nuit du samedi 13 au dimanche 14 septembre 2008, de 4h20 à 5h55 : Le cinéma noir américain


Rappel (la grille de la saison 2008-2009 est en cours de préparation) : Grille des émissions de radio spécifiquement consacrées au cinéma

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RÉDEMPTION DU CINÉPHILE

10 Septembre 2008, 23:03pm

Publié par Mister Arkadin

Quels sont les meilleurs films de l’histoire du cinéma ? Périodiquement, une revue prestigieuse ou une institution patrimoniale de cinéma organise un référendum auprès de critiques ou de cinéastes pour qu’ils désignent leur(s) film(s) préféré(s). Les réponses sont habituellement très différentes des palmarès obtenus quand ce sont des cinéphiles ordinaires qui sont interrogés. Il est d’autant plus surprenant que  celui des utilisateurs de la plus grande base de donnée en ligne, l’Internet Movie Data Base, son « Top 205 », ne comprenne pratiquement que des films ayant assez bonne réputation critique : Le Parrain, Batman, Le Bon, la brute et le truand, Pulp Fiction, Vol au dessous d’un nid de coucou, Casablanca, 12 hommes en colère, Les Affranchis, Fenêtre sur cour, entre autres films que l’on retrouve aux premières places. Mis à part le tropisme anglo-saxon et la prééminence de films relativement récents, cette liste pourrait être celle d’un critique. Une seule énorme surprise dans ce palmarès, en première place qui plus est : The Shawshank Redemption. « The what ? », se demande probablement nombre de cinéphiles français. « Qu’est-ce que c’est qu’ce film ? D’où qui sort ? » Les Évadés ne diront peut-être pas grand-chose de plus à mes lecteurs, sauf ceux qui ont déjà regardé les photos ci-dessous. Ce film de Frank Darabont est non seulement celui qui a suscité le plus de votes sur l’IMDB (369.731 !), mais aussi celui qui obtient la meilleure note moyenne (9,2), les votants non américains l’ayant autant plébiscité que les Américains (1).

Cela demeure un mystère pour moi. Indépendamment de l’avis que l’on peut avoir sur cette espèce de conte philosophique nous enseignant que l’espoir rend plus libre que la peur, je n’arrive pas à comprendre le gouffre existant entre l’amour des amateurs de cinéma pour ce banal film de prison et la discrétion du culte qui lui est rendu, le peu d’écho qu’il a dans les conversations cinéphiles (2), le néant critique qu’il suscite (3). Tout film ayant un peu de succès engendre aussitôt son lot d’interprétations et d’explications, souvent plus sociologiques qu’esthétiques, parfois idéologiques (les "Ch’tis" étant le dernier exemple en date). Rien de tel en ce qui concerne Les Évadés, qui baigne dans une absence complète d’analyse du phénomène d’adhésion dont il bénéficie.

Quelle audience aura-t-il donc ce soir pour son passage sur M6 ?


(1) Tout juste peut-on remarquer que les utilisateurs de l’IMDB qui sont les plus actifs (« Top 1000 voters ») apprécient un peu moins le film (8,4 de moyenne tout de même).

(2) Pour être tout à fait honnête, je dois préciser que j’avais regardé Les Évadés sur les conseils de mes anciens voisins. Les cinéphiles français le tenant pour un grand film existent donc : j’en ai rencontrés !

(3) Les hebdomadaires de programmes télévisés en rendent bien sûr compte quand ce film passe à la télévision (Télérama par exemple), mais sans qu’il les inspire plus qu’un film de série moyen.


PS (5 décembre 2008) : Je viens de retrouver un Pariscope d'avril 1995 dans lequel Les Évadés est jugé par les critiques dans le tableau "Hit parade" figurant au centre de cet hebdomadaire. Le film est classé en treizième position, sur vingt-cinq, seuls quatre critiques sur neuf l'ayant apprécié. Cela confirme l'indifférence critique qui a toujours entouré ce film. Cela dit, l'avant-dernier de ce même tableau est Chungking Express, que quatre critiques sur dix avaient apprécié, modérément d'ailleurs, alors que ce film est aujourd'hui tenu pour l'un des meilleurs de Wong Kar-Waï, devenu depuis l'un des chouchous de la presse.

Complément :
(8 avril 2013) Un peu moins de cinq ans plus tard, Les Évadés sont toujours en tête du "Top 250" de l'Imdb, à égalité avec Le Parrain pour ce qui est de la moyenne (9,2), mais avec bien plus de votants : près d'un million, dont plus de la moitié lui donne 10/10 !
(1er mai 2013) Les cinéphiles adorateurs de ce film existent, j'en ai trouvé un, le blogueur Maxime, qui a rendu hommage à son film de chevet en y faisant référence par les noms qu'il a choisis pour ses deux blogs : "La Salle Obscure de Shawshank" et "Cinéma Rédemption". Je n'ai pas encore eu le temps de fureter beaucoup sur ces blogs, mais rien que l'accueil au son de One More Cup of Coffee, chapeau !

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COLLATÉRAL

9 Septembre 2008, 23:07pm

Publié par Mister Arkadin

Titre trompeur, puisque j’admets d’emblée qu’il ne sera pas du tout question dans ce billet du film de Michael Mann (pratiquement son seul vraiment bon au demeurant) avec l’excellent Tom Cruise.

Si l’on pense alors aux « dommages collatéraux », on se rapproche de mon sujet. Un Garrel en couverture de Télérama, une Seydoux dans Les Inrockuptibles, les frasques de Depardieu junior, les amours d’une Smet, et plus encore leur présence sur tous les écrans, Première (n°379, septembre 2008, p.20) qui publient les portraits des « filles de… » Bonitzer, Gummer-Streep, Kinski, Willis-Moore, etc., etc. Je suppose que le phénomène vous exaspère autant que moi.

Je voudrais au contraire parler d’un « bienfait collatéral » de la triste affaire Siné/Val, que j’ai déjà rapidement évoquée ici et . Une bonne partie de la presse a ouvert ses colonnes et ses micros à Siné pour présenter l’hebdomadaire qu’il lance aujourd’hui. Rien de bien alléchant ; jusqu’à l’annonce des titulaires des différentes rubriques du canard, que je découvre dans Le Monde du 5 septembre 2008 (p.14 ; article repris ici). Dans la bande à Siné, officiera, aux « Livres », Noël Godin, dont j’ai déjà brièvement évoqué le rapport à la cinéphilie ici. Et surtout, au « Cinéma », Jean-Pierre Bouyxou, beau-fils du directeur et de la rédactrice en chef, si je ne m’abuse. Le Bouyxou féru d’érotisme dont j’ai parlé  ; s’il est un confrère dont je vais suivre régulièrement la chronique, c’est bien celui-ci !

Et quel bonheur, une fois n’est pas coutume, de pouvoir s’exclamer : vive le népotisme cinématographique !


P.S. : Bouyxou participe de temps en temps à l'émission « Mauvais genres » de France Culture, où il peut retrouver Jean-Baptiste Thoret, critique ciné de... Charlie-hebdo  ! Ce même Thoret qui avait succédé à Michel Boujut, lui-même viré par Philippe Val à la faveur d'un changement de formule du journal (Le Nouvel observateur avait alors servi de caisse de résonance  aux récriminations de Boujut ; comme quoi, les temps changent...).

PS 2 : le premier numéro de Siné-Hebdo est assez médiocre, la chronique de Bouyxou étant l'une des seuls dignes d'intérêt, ainsi que celle de Godin. Mettons cela sur le compte du rodage nécessaire et de l'improvisation et attendons la suite.

Je ne semble pas seul de cet avis : http://www.libelabo.fr/2008/09/11/sortie-de-sine/

(18 septembre 2008) : Je continue à être du même avis après le numéro 2, dont Serge Kaganski montre assez bien la médiocrité sur son blog,  que j'aime décidément plutôt, bien que je ne partage pas souvent ses goûts et opinions, et que je n'apprécie guère les Inrockuptibles (que je consulte tout de même régulièrement). Un autre exemple : son petit bilan de la "rentrée ciné", avec son très juste "Prix du corbillard sur lequel on n’a pas envie de tirer, dont l’odeur de navet est tellement puissante que tenter de le défendre malgré tout, c’est l’enfoncer encore plus".

(6 octobre 2008) : La médiocrité de Siné-Hebdo s'est confirmée dans les numéros suivants, certains appelant désormais à "sauver Siné", tel Marc-Edouard Nabe, « pas de l'accusation d'antisémitisme, mais de la bande de cons qui l'entoure et, pour se refaire une virginité de faux rebelles sur son dos de vieil anar, l'a poussé à lancer un journal de merde ».

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« ENVIE D'AIMER », À L'AVANCE ?

9 Septembre 2008, 20:59pm

Publié par Mister Arkadin

J’ai dit, dans « Les critiques auxiliaires du marketing », combien certaines pratiques me paraissaient susceptibles de déconsidérer la corporation des critiques de cinéma. L’une d’elles est l’utilisation, dans les placards publicitaires annonçant la sortie d’un film, d’extraits de critiques n’ayant pas encore paru. Il semble presque parfois que les distributeurs arrivent à se procurer les textes avant même qu’ils ne soient écrits !

Que Version femina soit convoqué dans le Journal du dimanche (7 septembre 2008, p.29), pour faire la réclame d’un film sortant le 17 septembre prochain, pourquoi pas, à la limite, puisqu’il s’agit de son supplément. Que les promoteurs de Parlez-moi de la pluie sachent déjà qu’il s’agirait du « coup de cœur de la rentrée » du Figaro, why not, ce quotidien ayant publié une page sur les films à venir. Le Nouvel Observateur a-t-il fait de même, pour que la pub lui fasse dire que serait « un film qui donne envie d’aimer » (les notes d’intention de Bacri/Jaoui et leur bande annonce donnent surtout envie de fuir !) ?

Si mes souvenirs sont bons, durant sa polémique contre la critique des années 1999-2000, Patrice Leconte (1) exprima le souhait qu’aucune critique négative ne paraisse avant la semaine suivant la sortie du film. Préalablement à la question de savoir si cette demande pourrait être recevable, il faudrait qu’aucune phrase de critique ne soit utilisée par la réclame avant même la sortie des films.


(1) J’aime bien Patrice Leconte, mais aller raconter, comme il le fait dans Le Parisien d’aujourd’hui, qu’il voyait les gens se tordre de rire dès qu’il pénétrait dans les salles projetant Les Bronzés 3, dont il assure la promotion pour son passage à la télévision, est un peu fort de café. Il avait au contraire été démontré qu’un film pouvait faire énormément d’entrées malgré un très mauvais bouche-à-oreille (ou alors, on pourrait parler d’un bon bouche-à-oreille y compris quand les gens en ont dit du mal, pour autant qu’ils soient nombreux à l’avoir fait, les publicitaires sachant bien qu’il importe par dessus tout que l’on parle le plus possible de leur produit, que ce soit en bien ou en mal).

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QU’EST-CE QUI FAIT ÉVÉNEMENT DANS L’HISTOIRE DE LA CRITIQUE ?

8 Septembre 2008, 23:05pm

Publié par Mister Arkadin

Décembre 1895 ; 23 novembre 1908 ; 23 novembre 1916 ; 14 janvier 1919 ; 1927 ; 1928 ; 1931 ; 1937 ; 21 octobre 1942 ; janvier 1954 ; mai 1997 ; 10 août 2005 ; 27 août 2008 ; 11 septembre 2008.

Cette suite ne constitue pas, avec retard, le quiz cinéphilique de l’été. Il s’agit juste de quelques dates essentielles de l’histoire de la critique, les premières qui me sont venues à l’esprit en me demandant ce qui avait fait événement dans ce domaine (les événements correspondant sont précisés à la fin de ce billet). Certaines sont incontestables, ou devraient l’être, d’autres plus subjectives. On pourrait certainement en trouver plusieurs autres. Tout cinéphile en trouverait sans doute qui n’ont d’importance que pour lui ou qui ont de l’importance pour tel ou tel groupe de cinéphiles seulement, qui ne concernent que tel ou tel pan du cinéma. Ainsi, aux yeux de Jean-Baptiste Thoret (« Mauvais genres », France Culture, 26 octobre 2007), la présence en une de Libération du film de George A. Romero Land of the Dead, le 10 août 2005, constitue-elle une date dans l’histoire du cinéma et de la critique, en tant que moment clé de basculement dans l’évolution de la reconnaissance d’un « mauvais genre », presque le signe quasi ultime de la légitimation intellectuelle du film d’horreur.

D’autres événements concernent la reconnaissance de la critique de cinéma elle-même (la première chaire universitaire de critique cinématographique, le premier mémoire universitaire consacré à un critique de cinéma, la première thèse, par exemple). J’en ai évoqué une dans la nécrologie de Pierre-André Boutang, au sujet de Serge Daney. Toujours à propos de ce dernier, j’ai consigné vendredi dernier un fait qui est sans doute passé assez inaperçu, alors même qu’il me paraît digne d’être considéré comme un événement dans l’histoire de la critique de cinéma en France. Il s’agit de la diffusion, ce jeudi 11 septembre 2008, dans le cadre d’« Une vie, une œuvre » (10h00 à 11h00 (1)), sur France Culture, d’une émission de Gilles Lyon-Caen (réalisée par Dominique Costa) sur « Serge Daney (1944-1992), le ciné-fils » (avec Serge Bozon, cinéaste, Emmanuel Burdeau, critique aux Cahiers du cinéma, Marie-Anne Guérin, écrivain et critique de cinéma, Noël Herpe, professeur à l’Université de Caen et critique de cinéma). Il est très rare qu’ « Une vie, une œuvre », émission historique de France Culture présentant des portraits d’artistes (des écrivains le plus souvent), consacre l’un de ses numéros à une personnalité de cinéma. Ce n’était arrivé que quatre fois depuis 2002 (d’après le site de la chaîne). Nul doute que Daney aurait apprécié la compagnie d'Andreï Tarkovski (16 mars 2003), de Jean Eustache (29 juin 2003),  de Rainer Maria Fassbinder (14 décembre 2003) et de John Ford (31 janvier 2008). Quatre cinéastes (2).   Sauf erreur (je n’ai pas vérifié dans les programmes antérieurs à 2002), c’est donc la première fois qu’un critique de cinéma fait l’objet d’une émission dans le cadre de la prestigieuse série « Une vie, une œuvre ». J’y vois une certaine forme de consécration du cinéma, reposant sur l’idée qu’une pensée riche et complexe peut s’élaborer à partir d’une réflexion sur le cinéma, Daney ayant écrit sur bien d’autres sujets, mais l’ayant toujours fait à partir de son expérience de cinéphile.

Ce 11 septembre là ne fera sans doute pas l’objet de rétrospective chaque année. Je prends le pari qu’il sera tout de même un jour considéré, dans le petit milieu de la cinéphilie et des études sur le cinéma, sinon comme un événement d’importance capitale, du moins comme un "marqueur" significatif de la reconnaissance du cinéma en France.


Note et compléments :

(1) La durée de l’émission a récemment été réduite d’une demi-heure, comme si une heure suffisait à faire le tour d’une œuvre… Si même France Culture ne fait plus confiance à la capacité d’attention de ses auditeurs, ne seront bientôt plus diffusés partout que des vignettes sonores, des clips ou des "tubes" (comme l’on dit sur Radio classique).

(2) Deux autres cinéastes, Jacques Demy et Robert Altman, ont fait l'objet d'une émission, depuis, respectivement par Simone Douek, le jeudi 6 octobre 2008, et par Virginie Bloch-Lainé et Gilles Davidas, le samedi 26 juillet 2009. Et, depuis que l'émission a pris le nom « Le Mardi des auteurs », Luchino Visconti a été honoré le 3 novembre 2009, Joseph L. Mankiewicz le 8 décembre 2009 et Jean Renoir le 23 février 2010. L'émission a ensuite repris le nom « Une vie, une œuvre » et elle continue à célébrer des cinéastes : « Carl Dreyer : De "Vampyr" à la résurrection, la passion du cinéma » (par Fabrice Midal et Céline Ters, le 30 janvier 2011), Ernest Lubitsch (par Christine Lecerf), Éric Rohmer (par Hélène Frappat, le 3 novembre 2012), Chris Marker (1er décembre 2012, par Véronique Bloch-Lainé), Yasujirô Ozu (9 mars 2013, par Michel Pomarède), Walt Disney (15 juin 2013, par Barbara Turquier), François Truffaut (13 janvier 2015, par Mathilde Wagman), Buster Keaton (23 janvier 2016, par Françoise Estèbe), Akira Kurosawa (27 février 2016, par Perrine Kervran). Les acteurs ne sont pas en reste : Simone Signoret (21 septembre 2013), Charles Trenet (18 janvier 2014).

Compléments : 

(16 novembre 2009) : j'apprends, grâce au merveilleux "groupe d'échanges sur les émissions de France Culture" (ANPR), qu'une émission avait été consacrée à Michelango Antonioni en 2001.

(1er avril 2013) : de 1984 à 1993, aucune émissions n'a été consacrée à un cinéaste, sinon Pier Paolo Pasolini (le 14 juin 1990, plus en raison de son oeuvre littéraire cependant)[merci à la liste ANPR pour cette précision].

P.S. : Serge Daney a longuement parlé de Nuit et Brouillard comme d’un des films qui l’ont fait entrer en cinéphilie. Le documentaire d’Alain Resnais aurait également provoqué l’entrée en politique de certains, tel Pierre Lellouche, d’après ce qu’il a déclaré au début du « Rendez-vous des politiques » (France Culture, samedi 6 septembre 2008).


Présentation de l’émission sur le site de France Culture :

« Le cinéma est le lieu du père, à condition qu’il n’y soit pas, même si on passe sa vie à le chercher dans le monde entier, dans toutes les langues et dans tous les films » (Serge Daney).

Serge Daney a été collaborateur des Cahiers du cinéma, avant d’en devenir rédacteur en chef dans les années 70, puis responsable des pages cinéma et éditorialiste de Libération. Auteur d’une production critique massive, il fut aussi le fondateur de la revue de cinéma Trafic, avant que la maladie ne l’emporte, en 1992.

À partir de 1968, Serge Daney s’éloigne de la salle de cinéma, et voyage, principalement dans le tiers-monde. Ces années-là, où Daney construit un dialogue tendu entre les films et le monde, marquent une période méconnue de l’œuvre. Avec cet homme de cinéma aux multiples formes d’écritures, s’est posé, dès son premier texte sur Rio Bravo écrit à 18 ans, la question du « comment vivre avec les images ». Qu’est-ce que le « je » du spectateur ?

Il s’agit ici de confronter sa cinéphilie - qui s’enroule autour du texte de Rivette sur Kapo de Pontecorvo et s’achève avec Shoah de Lanzmann -, à une réflexion globale, qu’il esquissa pendant trente ans, contribuant à faire de l’exercice journalistique, un véritable art littéraire. En écrivant pêle-mêle sur Carl Lewis ou les gays aux J.O. de 1984, le bassin de John Wayne ou la publicité (sans y souscrire), il a envisagé la critique non pas comme un métier, mais comme un sport. Pour lui, la cinéphilie mimait le tennis : les films le regardaient, il leur renvoyait des balles.

Le petit garçon qui s’identifiait à son petit frère de La Nuit du chasseur de Laughton ou du Moonfleet de Lang s’est inventé « un destin plus vaste », pour reprendre la formule de Thierry Jousse, par-delà la transmission d’un savoir. « Le cinéma, pour moi, c’est l’enchaînement, plus ou moins réussi, de trois moments : voir-parler-écrire ». Plus qu’un passeur, Serge Daney était un griot.

(Lecture par Emilie Transente)


Quelques dates de l’histoire de la critique française (ébauche de chronologie) :

Décembre 1895 : premiers comptes rendus de films dans la presse

23 novembre  1908 : compte rendu de l’Assassinat du duc de Guise, par Adolphe Brisson, dans le quotidien Le Temps

24 mars 1909 : publication du premier "manifeste" pour la critique cinématographique, signé Marc Mario, dans Kinéma

17 octobre 1913 : lancement de la première page spécialement consacrée au cinéma dans la presse française, dans Le Journal

23 novembre 1916 : lancement de la première chronique régulière de critique cinématographique indépendante, par Émile Vuillermoz, dans Le Temps

14 janvier 1919 : lancement par Louis Delluc de sa chronique quotidienne de critique cinématographique dans Paris-Midi

1927 : publication posthume d’un recueil de textes sur le cinéma du critique et théoricien Ricciotto Canudo, L’Usine aux images (textes réunis et présentés par Fernand Divoire, Genève / Paris, Office central d’édition / éd. Chiron)

1928 : création de l’Association amicale de la critique de cinéma pour soutenir Léon Moussinac, auquel l’industriel du cinéma Jean Sapène a intenté un procès pour avoir abusé, dans L’Humanité, du droit de critique

1931 : jugement dans le procès Moussinac-Sapène considéré comme fondamental dans la reconnaissance du droit de critique en matière de cinéma

1937 : création du prix Louis-Delluc par un groupe de critiques, en opposition au Grand Prix du cinéma français

21 octobre 1942 : « Le Tribunal de l’Actualité cinématographique » (ou « Le débat sur les films qu’on projette »), à la Radiodiffusion Nationale, première émission de débats critiques (réalisée par Robert Beauvais, dans le cadre de « L’Actualité cinématographique » avec la collaboration de Maurice Bessy) - parmi les participants : Lucien Rebatet et Émile Vuillermoz

Janvier 1954 : parution de l’article de François Truffaut « Une certaine tendance du cinéma français » dans le numéro 31 des Cahiers du cinéma

Mai 1997 : parution d’un ouvrage du syndicat français de la critique de cinéma sur son histoire, La Critique de cinéma en France. Histoire. Anthologie. Dictionnaire, dir. Michel Ciment / Jacques Zimmer (Ramsay Cinéma)

10 août 2005 : une de Libération sur le film de George A. Romero Land of the Dead

27 août – 1er décembre 2008 : « Le regard de Bazin », cycle de projections à la Cinémathèque française, dans le cadre de l’ « Histoire permanente du cinéma » - le cahiertocentrisme de la Cinémathèque s'est confirmée par la programmation d'un cycle « Serge Daney, 20 ans après » du 20 juin au 5 août 2012

11 septembre 2008 : émission « À voix nue » de France Culture sur le critique de cinéma Serge Daney

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POUR LE BIEN D’OLIVEIRA, DÉCONSEILLONS VIVEMENT SON FILM !

7 Septembre 2008, 23:09pm

Publié par Mister Arkadin

Dans son léger opuscule sur la critique de cinéma, paru en mai dernier dans la collection « Petits cahiers » des Cahiers du cinéma, Jean-Michel Frodon déplore, page 73, que ne se soit pas produit « un mouvement unanime [de la critique] assez puissant pour pallier la faiblesse de [l]a distribution en salles » du Premier venu. Il est malheureux que le dernier film de Jacques Doillon n’ait pas mieux marché et que l’un des derniers grands cinéastes français ait tant de mal à poursuivre son œuvre. Qu’aurait toutefois souhaité Frodon ? L’union sacrée de toute la profession des journalistes de cinéma pour sauver le soldat Doillon ? Etait-il du devoir de la critique de lui venir en aide (tous alignés en rang serré à l’appel du caporal Frodon, sans doute) ? Les coupures  reproduites pages 72 et 73 montrent que la presse est loin d’avoir ménagé sa peine et mégotté sur l’espace rédactionnel pour inciter ses lecteurs à aller voir le Doillon. Les Cahiers, Libération, Télérama, Le Monde et Les Inrocks l’ont mis en vedette, L’Express et Positif lui consacrant également un article relativement long et favorable. Excusez du peu ! Beaucoup de réalisateurs ne rêveraient-ils pas que leurs films fassent si peu l’unanimité ? Le seul hic : « une notule mitigée » dans Première et Studio. Frodon aurait voulu nous prouver que ces deux magazines ont bien plus d’influence que toute la critique "cinéphile" réunie qu’il ne s’y serait pas pris autrement ! Surtout, il oublie de préciser que Jacques Doillon et ses acteurs n’ont sans doute pas fait la tournée des plateaux télé, nécessaire aujourd’hui pour que le peuple de France, si éduqué et encadré pendant de plus en plus d’années par une armée d’instituteurs et de professeurs, s’intéresse à un film, voire en entende tout simplement parler. Ni Gérald Thomassin, ni Clémentine Beaugrand n’attirent non plus les téléobjectifs de Gala ou de Oops. Si Doillon et ses acteurs ne veulent pas un peu donner de leur personne, pourquoi irait-on déplorer leur manque d’exposition et de succès ?

Cela me rappelle que j’avais voulu voir en mai 2006 le film d’HPG, On ne devrait pas exister, qu’au moins un journal que l’on dit influent, Les Inrockuptibles, avait soutenu (1). Arrivé devant un cinéma du Quartier latin, je ne suis pas entré dans la salle et n’ai pu assister à la projection du film. Hésitation de dernière minute ? Non. Déjà complet ? Que nenni ! Au contraire, la projection fut annulée faute de spectateur ; j’étais le seul à m’être présenté. Une place me fut très aimablement offerte pour une prochaine séance, à laquelle je n’ai pu me rendre.

Je suis aussi allé voir en plein centre de Paris Christophe Colomb, l’énigme, mercredi dernier (jour de sa sortie), au cinéma de la place Saint-Michel. J’ai même cette fois-ci pu entrer dans la salle et rejoindre les trois personnes déjà présentes. Quatre spectateurs pour la première séance de l’après-midi du premier mercredi, cela augure des chiffres peu reluisants pour le dernier Manoel de Oliveira. La presse n’a pourtant pas lésiné là non plus sur les hommages au « centenaire toujours vert », comme l’a écrit Caroline Vié dans 20 minutes. Le métier des journalistes doit être bien difficile, pour qu’ils utilisent si souvent le même angle d’attaque afin de remplir tant bien que mal leur copie. Après Jean-Loup Dabadie permettant au cinéma de faire son entrée à l’Académie française et Valse avec Bachir « premier documentaire d'animation »,  fariboles servies par moult canards, voici du "plus-vieux-cinéaste-du-monde" ou du "phénomène de la nature et du cinéma réunis" (Antoine de Baecque, L’Histoire, n°334, septembre 2008, p.38) resservis à toutes les sauces, comme si cela tenait lieu d’analyse et comme si cela devait forcément inciter à l’indulgence. Car il en faut tout de même beaucoup pour taire l’ennui qui submerge au bout d’un quart d’heure de projection d’un film aussi indigent, pas tant dans les moyens que dans l’inspiration et la mise en scène.

J’ai pour ma part au moins deux raisons d’avoir un préjugé favorable à l’égard de Manoel de Oliveira : son prénom et son hommage, dans le documentaire de Maria de Medeiros sur la critique, au journaliste français qui soutint son premier film à l’orée des années 1930 et dont il se souvenait encore soixante-quinze ans après (Émile Vuillermoz). J’avoue néanmoins être estomaqué par la ferveur que suscite son cinéma, ayant quelque sympathie pour son Non ou la vaine gloire de commander (j’en explique la principale raison ici), mais, entre autres exemples, aucune pour son adaptation de Madame Bovary, puissamment soporifique. Un article délirant d’enthousiasme dans Les Inrocks, un entretien annoncé en une dans L’Humanité, un plus discret dans Paris Match, des articles très favorables dans Le Monde, Le Figaro, Libération, 20 minutes, L’Histoire, Marianne, L’Humanité Dimanche, les Cahiers du cinéma, un article et un entretien dans Télérama, une notule positive dans Le Journal du dimanche, des émissions de radio (« Culture vive » sur RFI, « Tout arrive » sur France Culture , « Le Masque et la Plume » et « On aura tout vu » sur France Inter), etc., ce fut pratiquement la totale pour le dernier Oliveira. Seuls Éric Libiot, dans le supplément « Style » de L’Express, et Didier Roth-Bettoni, dans Première (n°379, septembre 2008, p.74), semblent avoir pris leurs distances et oser affirmer que, « réalisé comme un film d’entreprise, ni fait ni à faire », « plus qu’à un film, Christophe Colomb ressemble à un spectre de film ». « Et son prestigieux auteur, au fantôme épuisé de l’artiste de l’épure qu’il fut. » On aimerait bien sûr que les magazines du cinéma fassent preuve d’autant d’indépendance critique vis-à-vis des films plus "populaires". Force est de constater cependant qu’à l’égard de quelques vieilles gloires, que la cinéphilie officielle, sinon institutionnelle, a transformées en véritables vaches sacrées, l’esprit critique trouve plus souvent refuge dans Première ou Studio que dans les Cahiers, Positif ou Télérama !

Vu le succès rencontré par bien des campagnes de presse pour certains films, comme les Premier venu et On ne devrait pas exister dont il a été question plus haut, je n’ai pas de raison de m’abstenir de déconseiller vivement Christophe Colomb, l’énigme. Peut-être suis-je en train de rendre service à Oliveira en lui faisant gagner un ou deux spectateurs (2).


Note et complément :

(1) Article disponible sur le site d'HPG : http://www.hpgnet.com/inrock2.htm

(2) (5 août 2009) La base Lumière m'informe que ma propagande pour Oliveira n'a guère été suivie d'effet, Christophe Colomb. L'Énigme ayant totalisé 14 195 entrées en France et  Cristóvão Colombo - O Enigma 5 577 au Portugal ("Nul n'est prophète..." !), aucun autre pays européen n'en ayant voulu...

 

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"ARTILLERIE LOURDE"

6 Septembre 2008, 23:01pm

Publié par Mister Arkadin

J'ai exprimé ici les réserves que m'avait inspirées le placard publicitaire que le mini multiplexe de Montreuil a fait paraître dans la presse pour sensibiliser l'opinion au sujet des attaques qu'il subit de la part d'UGC et de MK2. Je l'avais trouvé d'assez mauvais goût (quoique dénué de l'antisémitisme que Marin Karmitz se fit un devoir d'y voir). En la matière, MK2 n'est pas en reste, vu le placard qu'il a fait paraître le week-end dernier en dernière page du supplément "TV & Radio" du Monde. Le lundi suivant, une "artillerie lourde" similaire était employée dans Direct soir pour promouvoir des DVD. Pourtant, autant le premier placard ne m'a guère plu, autant le deuxième m'a curieusement séduit, malgré son agressive laideur. Le goût peut donc ne pas dépendre des couleurs (du rouge et du noir en l'occurrence). 

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